Ariel Lubliner, tombé à Gaza : le parcours d’un immigrant brésilien devenu soldat israélien

Il rêvait de devenir pleinement israélien, il y a laissé sa vie. Le sergent-chef de réserve Ariel Lubliner, 34 ans, originaire de Kiryat Bialik, est tombé cette semaine à Gaza, touché par des tirs lors d’une opération militaire. Son nom s’ajoute à la liste des 900 victimes israéliennes depuis le début de la guerre du 7 octobre. Mais derrière les chiffres, reste l’histoire singulière d’un jeune homme venu du Brésil, qui avait choisi Israël pour patrie.

Dix ans plus tôt, Ariel avait fait son aliyah. Installé d’abord dans un kibboutz, il y avait rencontré Barbara, Espagnole elle-même immigrée en Israël. De cette rencontre est née une famille : un mariage célébré il y a sept ans, un premier enfant aujourd’hui âgé de neuf mois, une vie nouvelle dans le quartier Nayot Afek, à Kiryat Bialik, obtenue grâce au programme de logements « Prix pour l’occupant ». Le destin lui a donné une maison, un foyer, un pays à défendre.

Depuis l’attaque barbare du 7 octobre, Ariel avait été rappelé à plusieurs reprises sous les drapeaux, dans une unité logistique de la division 36. Ce dernier mois devait être son ultime période de réserve avant de retrouver Barbara et leur fils. Ils avaient prévu un voyage au Brésil pour présenter l’enfant à la famille restée là-bas. Le billet était réservé, les valises presque prêtes. La guerre en a décidé autrement.

Sa compagne Dana Shtoy, interviewée par Kan Reshet Bet, a dressé le portrait d’un homme volontaire, résolu à s’intégrer : « C’est dur d’arriver ici en tant qu’immigrant. Il faut de la force pour s’adapter, trouver un travail, se construire une place. Ariel avait cette force. Il voulait vraiment être israélien. » Les mots tremblent, mais le message reste : à ceux qui viennent seuls, Israël doit offrir une communauté. « Aujourd’hui, c’est notre devoir, en tant qu’Israéliens, d’entourer sa famille, de la prendre dans nos bras », a-t-elle insisté.

La brutalité de l’annonce a bouleversé ses proches. Dana raconte le moment où son visage est apparu à l’écran, sous la mention « autorisé à publication » : « Le cœur s’est brisé. C’est tellement injuste, après tout le chemin qu’il avait parcouru. »

Lubliner laisse derrière lui l’image d’un homme travailleur, attaché à sa terre d’adoption, engagé dans sa communauté. À Neve Tsedek, où il avait longtemps fait du bénévolat, son absence se fera durement sentir. Le contraste est douloureux : là où il avait semé du lien, il ne reste que le silence d’un deuil de guerre.

En Israël, son histoire trouve un écho particulier. Dans ce pays construit par des vagues successives d’immigration, l’intégration d’Ariel symbolisait l’idéal sioniste : faire d’étrangers venus d’horizons divers une seule nation. La balle qui l’a fauché rappelle le prix payé par ceux qui, hier encore, n’avaient pas grandi ici mais qui ont choisi de défendre cette terre comme la leur.

Son souvenir, désormais, s’inscrit dans la mémoire collective d’Israël. Et dans l’appel lancé par Dana : ne pas laisser seuls ceux qui restent. Parce que derrière chaque uniforme tombé, il y a une famille, un rêve, une nouvelle génération à protéger.

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