Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a haussé le ton ce lundi matin face à la situation au Liban. Dans une déclaration publiée alors que le pays digérait encore l’annonce de la mort du sergent Nehoray Laïzer, 19 ans, tué par un drone explosif du Hezbollah dans le sud du Liban quelques heures plus tôt, Ben Gvir a exigé un changement radical de posture militaire : « Il ne faut pas normaliser la réalité des drones explosifs. Il est temps que le Premier ministre frappe du poing sur la table de Trump et annonce le retour à la guerre au Liban. »
Le ministre a ensuite détaillé ses exigences : couper l’alimentation électrique du Liban, conquérir la ligne du Zahrani — le fleuve qui constitue la limite nord de la zone d’opérations actuelles de Tsahal au Liban — et « reprendre une guerre intensive ».
Une déclaration sur fond de deuil national
Les mots de Ben Gvir résonnent dans un contexte de tension montante. Ce dimanche, un drone explosif du Hezbollah a frappé un blindé de génie de Tsahal dans le village de Debl, dans le sud du Liban. Nehoray Laïzer, 19 ans, originaire d’Eilat et servant dans le 601e bataillon du génie de combat de la brigade 401, a été tué dans l’impact. Un autre soldat a été grièvement blessé. C’est le onzième soldat tué depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu dans le nord.
La mort de Nehoray Laïzer illustre précisément ce que Ben Gvir dénonce : malgré un cessez-le-feu théorique, les drones du Hezbollah continuent de frapper avec une régularité mortelle, en exploitant des techniques de pilotage par fibre optique qui résistent à la guerre électronique israélienne.
Le Zahrani, ligne de fracture symbolique
La mention du Zahrani n’est pas anodine. Ce fleuve, qui coupe le Liban en direction de la mer Méditerranée au nord de Saïda, avait été désigné par Tsahal dès le début de l’opération « Rugissement du Lion » comme la ligne d’évacuation imposée aux civils libanais dans le sud. L’armée israélienne avait à plusieurs reprises appelé les habitants à se réfugier au nord du Zahrani. Pour Ben Gvir, faire de cette ligne une ligne de contrôle militaire plutôt qu’une simple limite d’évacuation civile constituerait un changement stratégique majeur — une extension significative de la profondeur d’opération de Tsahal au Liban.
La coupure d’électricité, une arme de pression maximale
La demande de couper l’électricité au Liban s’inscrit dans une logique de pression maximale sur les infrastructures du pays pour contraindre Beyrouth à agir contre le Hezbollah. Cette option, qui avait déjà été évoquée dans des cercles politiques israéliens de droite, reste pour l’heure écartée par le cabinet de sécurité en raison de ses implications humanitaires et diplomatiques — notamment pour un Liban dont le gouvernement tente de s’affranchir de l’influence du Hezbollah.
Trump dans l’équation
La référence explicite à Donald Trump dans la déclaration de Ben Gvir est révélatrice du rapport de force politique actuel. Les discussions en cours sur un accord pour mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, et le désir de Washington de voir le calme s’installer au Liban dans ce cadre, constituent un frein aux velléités offensives d’une partie du gouvernement israélien. Ben Gvir, en demandant à Netanyahu de « frapper du poing sur la table de Trump », signale qu’il refuse de laisser les négociations américano-iraniennes dicter le rythme militaire au Liban.
Pour Netanyahu, la pression vient donc des deux côtés : celle de Washington, qui souhaite la désescalade régionale, et celle de Ben Gvir, qui exige l’intensification. C’est dans cet espace étroit que se joue, en ce lundi de deuil, la stratégie israélienne au Nord.
Pour approfondir le contexte des opérations de Tsahal au Liban, vous pouvez lire ces articles publiés sur notre site : Pas seulement la fibre optique : les méthodes russes de pilotage de drones qui inquiètent Tsahal au Nord et Le risque dont on ne parle pas : le commando du Hezbollah se prépare à la frontière.






