Comme cela s’est produit Ă plusieurs reprises au cours des 15 dernières annĂ©es, IsraĂ«l est en danger de mener une guerre oĂą il «gagne» tactiquement, mais rĂ©ussit beaucoup moins stratĂ©giquement. Si IsraĂ«l utilise le mĂŞme manuel que par le passĂ©, pourquoi devrait-il s’attendre Ă un rĂ©sultat diffĂ©rent avec le Hamas ?
Dans les guerres avec le Hezbollah et le Hamas – en 2006, 2008-09, 2012 et 2014 – chaque fois que Tsahal a tuĂ© beaucoup plus de «hauts commandants» et de combattants de l’autre cĂ´tĂ© que du cĂ´tĂ© israĂ©lien. Les chiffres n’Ă©taient mĂŞme pas comparables. Mais dans tous les cas, l’Ă©crasante force supĂ©rieure de Tsahal Ă©tait insuffisante pour empĂŞcher le Hezbollah ou le Hamas de tirer des roquettes de manière intensive sur tout le front intĂ©rieur civil.
L’une des raisons Ă©tait que le cabinet et l’armĂ©e israĂ©lienne ne se sont jamais fixĂ©s d’objectifs clairs concernant les guerres autres que de restaurer vaguement la «dissuasion». Bien que la guerre de 2006 ait Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e Ă l’Ă©poque comme la moins rĂ©ussie, divers facteurs ont fait en sorte que le Hezbollah a Ă©tĂ© suffisamment dissuadĂ© d’une autre guerre. Et comme la guerre civile syrienne qui occupait le Hezbollah est terminĂ©e depuis longtemps, il est clair qu’il y a une rĂ©elle dissuasion d’IsraĂ«l.
Cela a Ă©tĂ© moins vrai avec le Hamas. Bien que la dernière grande guerre ait eu lieu en 2014, il y a eu de nombreuses poussĂ©es, y compris peu de temps avant la vague de coronavirus, et s’il s’agit d’une guerre, alors quatre guerres en 12 ans ne peuvent pas ĂŞtre considĂ©rĂ©es comme un succès de dissuasion.
Alors, quel devrait ĂŞtre l’objectif d’IsraĂ«l, pour ĂŞtre plus prĂ©cis que la «dissuasion»?
En 2014, IsraĂ«l a semblĂ© essayer d’amener le Hamas Ă cesser de tirer des roquettes pendant environ une semaine en utilisant les bombardements. Il a d’abord bombardĂ© les «meilleures» cibles du Hamas. Lorsque tous ceux-ci ont Ă©tĂ© bombardĂ©s, il a continuĂ© Ă bombarder des «centres de commandement» et des «centres de renseignement». Mais après avoir bombardĂ© beaucoup d’entre eux et que les tirs de roquettes se sont poursuivis, il est devenu clair Ă un moment donnĂ© qu’aucune des cibles bombardĂ©es n’arrĂŞterait les roquettes.
Ensuite, l’armĂ©e israĂ©lienne a Ă©tĂ© entraĂ®nĂ©e dans une invasion terrestre Ă Gaza, mais c’Ă©tait une invasion très limitĂ©e de quelques kilomètres. Lorsque mĂŞme l’invasion limitĂ©e n’a pas arrĂŞtĂ© les tirs de roquettes, le cabinet et l’armĂ©e israĂ©lienne ont cherchĂ© un nouvel objectif qu’ils pourraient prĂ©senter au public comme une mesure de sauvetage pour mettre fin Ă l’opĂ©ration – dĂ©truire les tunnels d’attaque du Hamas.
Pourtant, si les tunnels d’attaque Ă©taient importants, leur destruction n’a pas changĂ© l’impasse de base avec le Hamas. La destruction globale de Gaza a dissuadĂ© le Hamas pendant quelques annĂ©es. Mais le cabinet n’a jamais dĂ©cidĂ© d’aller jusqu’Ă une solution diplomatique plus large consistant Ă accorder au Hamas plus d’espace Ă©conomique – comme un port artificiel suggĂ©rĂ© par certains anciens chefs de la sĂ©curitĂ© israĂ©lienne – ou Ă conclure un nouvel accord de paix avec l’AutoritĂ© palestinienne en JudĂ©e Samarie.
Il n’a Ă©galement jamais autorisĂ© l’armĂ©e israĂ©lienne Ă porter un coup plus profond au Hamas, ce qui nĂ©cessiterait une invasion plus complète et des pertes potentielles de 500 Ă 1000 soldats, contre la perte d’environ 60 soldats en 2014.
Le playbook actuel semble ĂŞtre plus de 2014. Chaque jour, Tsahal intensifie ses bombardements, mais rien n’indique que le Hamas ralentit avec ses roquettes. On parle davantage d’une invasion terrestre, mais on ne parle pas de ce qu’elle accomplirait, de la profondeur Ă laquelle elle devrait aller et du coĂ»t en vies des soldats de Tsahal qui serait nĂ©cessaire pour rĂ©ellement faire une diffĂ©rence.
Il n’est toujours pas question non plus de mĂ©langer une invasion plus importante avec une poussĂ©e diplomatique majeure par la suite. Si le cabinet et la politique de Tsahal sont Ă©laborĂ©s sans aucune comprĂ©hension Ă long terme de la direction des choses entre IsraĂ«l, Gaza et l’AutoritĂ© palestinienne – et s’ils ne dĂ©crivent pas clairement et honnĂŞtement ces objectifs au public, on ne sait pas pourquoi tout le monde se bat ou se cache dans les abris anti-bombes.
Cela sera vrai quel que soit le nombre de frappes réussies menées par Tsahal.





