De violents affrontements ont eu lieu aujourd’hui (jeudi) entre des manifestants et les forces de sĂ©curitĂ© en Iran , dans la ville de Kharaj dans la banlieue de la capitale TĂ©hĂ©ran, et selon les rapports et documents distribuĂ©s Ă partir de lĂ , il semble que les manifestants et les forces de sĂ©curitĂ© militaires ont Ă©tĂ© touchĂ©s par des coups de feu, des coups de couteau ou des jets de pierres.
Des tĂ©moins oculaires ont dĂ©clarĂ© que les forces de sĂ©curitĂ© ont ouvert le feu sur les manifestants, qui se dĂ©plaçaient en grand cortège sur une autoroute de la rĂ©gion, afin de rejoindre un cimetière oĂą s’est tenu un Ă©vĂ©nement Ă la mĂ©moire d’une jeune femme qui a Ă©tĂ© tuĂ©e lors d’une manifestation qui secoue la RĂ©publique islamique depuis sept semaines.
Les affrontements Ă Karaj, situĂ© Ă environ 10 km Ă l’ouest de TĂ©hĂ©ran, auraient commencĂ© après que les forces de sĂ©curitĂ© ont tentĂ© d’empĂŞcher les manifestants de marquer 40 jours depuis la mort de Hadis Najafi, une femme de 22 ans connue pour ses vidĂ©os TikTok, et qui, selon sa famille, a Ă©tĂ© abattue par les forces de sĂ©curitĂ© alors qu’elle participait Ă une manifestation Ă Karaj au dĂ©but de la contestation, le 21 septembre.
Dans le courant chiite de l’islam, la pratique consistant Ă organiser un Ă©vĂ©nement commĂ©moratif pour une personne 40 jours après sa mort est d’une grande importance, et sur la base de l’expĂ©rience passĂ©e, il semble que les autoritĂ©s craignaient que l’Ă©vĂ©nement prĂ©vu aujourd’hui au cimetière de Karaj ne se transforme en une autre manifestation gĂ©nĂ©ralisĂ©e contre la police.
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La marche sur la route, et une femme qui a levĂ© le poing en signe de soutien. La manifestation d’aujourd’hui Ă Karaj
La BBC a rapporté que pour empêcher un grand rassemblement au cimetière, les autorités ont menacé les membres de la famille de Najafi, et une vidéo publiée par sa sœur appelant le public à assister à la cérémonie a été retirée du réseau social Instagram.
Dans la matinĂ©e, l’accès au cimetière a Ă©tĂ© bloquĂ©, mais malgrĂ© cela, des foules ont contournĂ© les barrières et ont marchĂ© sur une autoroute qui y mène. Un certain nombre de vidĂ©os ont circulĂ© sur le cortège et les affrontements qui se sont dĂ©roulĂ©s au cours de celui-ci, et dans l’une d’elles, on voit les marcheurs crier : « C’est l’annĂ©e du sang. Seyed Ali (faisant rĂ©fĂ©rence au guide suprĂŞme Ali Khamenei ) sera renversĂ©.  » Dans une autre vidĂ©o, on les a entendus crier « mort au dictateur », dans une autre rĂ©fĂ©rence Ă Khamenei. D’autres criaient : « C’est vous la crasse, c’est vous l’immorale, je suis une femme libre », et « Chaque manifestant tuĂ© sera remplacĂ© par 1 000 autres ».
Des tĂ©moins oculaires ont dĂ©clarĂ© Ă la chaĂ®ne BBC que pendant la manifestation, les forces de sĂ©curitĂ© avaient ouvert le feu sur les manifestants. « Ils ont poignardĂ© un manifestant avec une machette après qu’il soit tombĂ© au sol et qu’il ait dĂ©jĂ Ă©tĂ© touchĂ© par une balle », a dĂ©clarĂ© l’un des tĂ©moins oculaires sur les lieux.
Le rĂ©seau de la BBC en langue persane, qui n’est pas autorisĂ© Ă opĂ©rer en Iran mais continue d’y rapporter, a publiĂ© une vidĂ©o dans laquelle une personne identifiĂ©e par elle comme membre des forces de sĂ©curitĂ© est vue en train d’ouvrir le feu devant les voitures sur le route, mais d’après la vidĂ©o partielle, il semble qu’il tire en l’air. Un autre tĂ©moin a dĂ©clarĂ© qu’une des balles avait touchĂ© la fenĂŞtre de la maison de son voisin. « Les gens crient ‘mort au dictateur’ dans la rue principale. Des gaz lacrymogènes sont tirĂ©s. Ils se rĂ©pandent dans le quartier. Ma gorge brĂ»le », a-t-il dĂ©clarĂ©. « J’ai essayĂ© de prendre une vidĂ©o depuis la fenĂŞtre, mais maintenant ils tournent… J’ai peur. Nous avons tirĂ© les rideaux. »
Dans les vidĂ©os diffusĂ©es, on pouvait Ă©galement voir un hĂ©licoptère survoler les manifestants et leur lancer des grenades assourdissantes. L’un des manifestants a pris une photo de l’hĂ©licoptère et l’a pointĂ© du doigt. Plus tard, le mĂŞme hĂ©licoptère a atterri au milieu de l’autoroute, et des militants soutenant le rĂ©gime iranien ont affirmĂ© sur les rĂ©seaux sociaux qu’il l’avait fait afin de venir en aide aux policiers blessĂ©s. L’agence de presse Ă©tatique IRNA a rapportĂ© que selon les services de secours de Karaj, deux personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et plusieurs autres blessĂ©es dans les affrontements, sans prĂ©ciser si les morts et les blessĂ©s appartenaient aux forces de sĂ©curitĂ© ou aux manifestants.

Un triple doigt vers l’hĂ©licoptère qui a larguĂ© des grenades assourdissantes sur les manifestants, et les images après son atterrissage sur la route

Le sang et les blessĂ©s Ă l’intĂ©rieur du fourgon de police. D’après l’un des documents distribuĂ©s depuis Karaj

Hadis Najafi, le jeune Iranien qui a mis en ligne des vidéos Tiktok et a été tué à Karaj au début de la manifestation
Bien que ce ne soit pas encore tout Ă fait clair, il semble que deux personnes soient mortes dans l’incident oĂą un fourgon de police est entrĂ© en collision avec une barrière en bĂ©ton sur la mĂŞme autoroute. On ne sait pas ce qui a causĂ© la collision, mais dans les vidĂ©os qui ont circulĂ©, on a vu des manifestants jeter des pierres sur la camionnette et quelqu’un tirer dans la zone. Trois personnes blessĂ©es ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es Ă l’intĂ©rieur de la camionnette, et deux d’entre elles semblaient sans vie. L’agence de presse iranienne Tasnim a rapportĂ© que trois policiers avaient Ă©tĂ© grièvement blessĂ©s lors d’une attaque par des hommes armĂ©s contre eux, et elle a publiĂ© une vidĂ©o de la mĂŞme camionnette après la collision.
Une organisation d’opposition appelĂ©e 1500tasvir, qui a publiĂ© la vidĂ©o originale distribuĂ©e par une agence iranienne, a rejetĂ© ses affirmations et a dĂ©clarĂ© que la police avait d’abord tirĂ© sur les manifestants – et qu’ils les avaient pourchassĂ©s et avaient jetĂ© des pierres sur leur camionnette.
L’agence de presse Tasnim a Ă©galement rapportĂ© que les manifestants Ă Karaj ont incendiĂ© un vĂ©hicule de police ainsi qu’une cabine tĂ©lĂ©phonique de la police. Une autre agence iranienne, Fars, a rapportĂ© que l’un des membres de la force volontaire des gardiens de la rĂ©volution, le Basij, a Ă©tĂ© poignardĂ© Ă mort lors d’affrontements lĂ -bas. L’agence de presse AP souligne que l’Iran limite sĂ©vèrement la capacitĂ© de couvrir la manifestation et qu’il continue de limiter l’accès aux services Internet – il est donc très difficile de vĂ©rifier les informations provenant de Karaj.
Au moins 277 morts dans la manifestation
Comme mentionnĂ©, les cĂ©rĂ©monies marquant les 40 jours après la mort ont une grande importance dans la culture locale, et elles contribuent maintenant à « alimenter » la protestation au cours de laquelle des centaines de manifestants ont Ă©tĂ© tuĂ©s. La semaine dernière Ă©galement, des affrontements gĂ©nĂ©ralisĂ©s ont Ă©clatĂ© lorsque les manifestants ont marquĂ© 40 jours depuis la mort de la jeune femme irano-kurde Mehsa Amini – dont la mort en septembre a dĂ©clenchĂ© la manifestation.
L’Iran s’efforce de rĂ©primer la manifestation avec une main lourde , et plus d’une fois, il a Ă©tĂ© signalĂ© que des hommes ou des policiers du Basij ont ouvert le feu sur les manifestants. MĂŞme une multitude de menaces profĂ©rĂ©es par les hauts dirigeants du rĂ©gime, du guide suprĂŞme Ali Khamenei au commandant des gardiens de la rĂ©volution Hussein Salami, n’ont pas dissuadĂ© les manifestants de descendre dans la rue. Selon les organisations de dĂ©fense des droits de l’homme, au moins 277 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es en Iran depuis le dĂ©but des Ă©meutes, dont 40 adolescents et enfants et 24 femmes. Des centaines d’autres ont Ă©tĂ© blessĂ©s et environ 14 000 ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s.