Comment un pays peut-il organiser des célébrations officielles, des défilés et des feux d’artifice alors que des dizaines de milliers de manifestants auraient perdu la vie lors de la répression des récentes contestations ? Cette question revient avec insistance après les commémorations du 47ᵉ anniversaire de la révolution islamique de 1979 en Iran.
Les autorités ont mis en scène des rassemblements massifs à Téhéran et dans d’autres grandes villes. Les médias d’État ont diffusé des images de foules brandissant des portraits du guide suprême Ali Khamenei et de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, fondateur de la République islamique. Des missiles ont été exposés, les slogans traditionnels contre les États-Unis et Israël ont été scandés, et le président Massoud Pezeshkian a appelé à l’unité nationale face aux « menaces extérieures ».
Dans le même temps, des organisations et des sources d’opposition évoquent un bilan extrêmement lourd des manifestations récentes, parlant de milliers – voire de dizaines de milliers – de morts. Même si ces chiffres font l’objet de débats et de fortes contestations selon les sources, la perception d’une répression massive est ancrée dans une partie de l’opinion internationale.
Alors comment expliquer que des foules puissent encore descendre dans la rue pour célébrer le régime ?
La première clé de lecture tient à la nature même du système politique iranien. La République islamique repose sur un appareil sécuritaire et idéologique structuré, dans lequel les Gardiens de la Révolution et les forces de sécurité jouent un rôle central. Les grandes célébrations nationales sont souvent organisées avec une forte mobilisation institutionnelle : fonctionnaires, étudiants, membres d’organisations affiliées au pouvoir et réseaux locaux sont encouragés – parfois fortement – à participer. Cela ne signifie pas que tous les participants sont contraints, mais l’environnement n’est pas celui d’une mobilisation spontanée classique.
Deuxième élément : la société iranienne n’est pas monolithique. L’Iran compte environ 85 millions d’habitants. Une partie de la population reste attachée au régime, par conviction religieuse, idéologique ou par intérêt économique et institutionnel. Les forces de sécurité, les familles liées au pouvoir, certains milieux conservateurs ou ruraux continuent de voir dans la révolution islamique un rempart contre l’ingérence étrangère et un symbole d’indépendance nationale.
Il faut également intégrer le facteur du nationalisme. Face aux pressions extérieures, notamment celles exercées par les États-Unis et sous la présidence de Donald Trump, une partie de la population peut se rallier au drapeau, même sans adhérer pleinement à toutes les politiques internes du régime. Dans des contextes de tension géopolitique, la critique interne peut temporairement céder la place à un réflexe d’unité nationale.
Mais cette image d’unité affichée contraste avec d’autres signaux. La veille des célébrations, des vidéos relayées par des agences internationales ont montré des habitants criant « Mort au dictateur ! » depuis les toits de certains quartiers de Téhéran, alors que des feux d’artifice illuminaient le ciel. Ce décalage illustre une société profondément fracturée : d’un côté, des manifestations officielles encadrées ; de l’autre, une contestation diffuse, parfois silencieuse, parfois réprimée.
La peur joue aussi un rôle. Après une répression sévère, le coût individuel de la contestation devient extrêmement élevé. Arrestations massives, procédures judiciaires, pressions sur les familles : dans un tel contexte, descendre dans la rue pour protester peut devenir presque impossible pour beaucoup. L’absence de manifestations visibles ne signifie pas nécessairement l’adhésion.
Enfin, il existe une dimension psychologique et sociale : la vie continue, même après des événements tragiques. Les célébrations officielles peuvent aussi être vécues par certains comme des moments de respiration collective, détachés – au moins en apparence – des drames récents.
La question centrale n’est donc pas seulement « comment peuvent-ils célébrer ? », mais « qui célèbre, dans quelles conditions, et avec quelle marge de liberté ? ». Les images de foules ne disent pas tout d’un pays. Elles montrent une réalité, mais pas nécessairement toute la réalité.
Ce 47ᵉ anniversaire agit ainsi comme un révélateur : un régime capable d’organiser des démonstrations de force massives, mais confronté à une contestation profonde ; une société où coexistent loyauté, peur, résignation et colère ; un État qui projette une image de stabilité alors que le débat sur sa légitimité reste ouvert.
L’Iran d’aujourd’hui apparaît donc à la fois solide dans sa structure institutionnelle et fragile dans son tissu social. Les célébrations n’effacent ni les tensions internes ni les interrogations sur l’avenir. Elles les recouvrent momentanément, sous des drapeaux et des feux d’artifice, sans pour autant les résoudre.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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