Il existe aujourd’hui en Israël un consensus presque total sur un point fondamental : le Hamas ne peut pas rester au pouvoir à Gaza. Après les massacres, les enlèvements et l’idéologie explicitement génocidaire de l’organisation, plus aucun responsable sérieux ne défend l’idée d’un « Hamas réformé » ou d’une simple dissuasion à long terme. La ligne est claire : Gaza devra être dirigée, le jour d’après, par des acteurs explicitement anti-Hamas, capables non seulement de gouverner, mais aussi de s’opposer idéologiquement et politiquement à cette organisation terroriste.
C’est précisément pour cette raison que de nombreux Israéliens butent sur une contradiction qui devient de plus en plus difficile à justifier. Pourquoi ce principe, présenté comme non négociable à Gaza, devient-il soudain flexible à l’intérieur même de la politique israélienne ? Pourquoi existe-t-il, dans l’arène politique nationale, des responsables prêts à coopérer avec des partis arabes israéliens qui refusent de condamner le Hamas, ne le reconnaissent pas comme une organisation terroriste, ou, dans certains cas, justifient ouvertement sa « résistance » ?
La question n’est ni théorique ni marginale. Elle touche au cœur de la cohérence morale, sécuritaire et démocratique de l’État d’Israël.
L’argument le plus souvent avancé pour expliquer cette situation repose sur une distinction artificielle entre l’ennemi extérieur et le jeu politique intérieur. Le Hamas serait un acteur militaire étranger, tandis que les partis arabes israéliens relèveraient du pluralisme démocratique interne, protégés par les règles du système parlementaire. Cette séparation permet d’éviter une confrontation frontale avec une réalité inconfortable : lorsqu’une idéologie soutient ou justifie la violence terroriste contre des civils israéliens, elle ne devient pas acceptable simplement parce qu’elle s’exprime à la Knesset plutôt que depuis Gaza.
En pratique, cette distinction sert surtout à repousser le débat. Car reconnaître que le refus de condamner le Hamas constitue une ligne rouge impliquerait de poser une question explosive : peut-on être un acteur politique légitime dans l’État d’Israël tout en soutenant, même indirectement, une organisation qui cherche explicitement sa destruction ?
À cette esquive s’ajoute un second facteur, beaucoup plus prosaïque : le calcul politique. Depuis plusieurs années, la politique israélienne fonctionne selon une logique de blocs instables, où chaque mandat compte. Dans ce contexte, certains responsables ont choisi de hiérarchiser leurs priorités : battre un adversaire politique interne, former une coalition ou empêcher le retour d’un rival au pouvoir est parfois jugé plus urgent que de fixer des lignes rouges idéologiques claires.
Ce choix n’est pas neutre. Il envoie un message implicite selon lequel la condamnation du terrorisme n’est pas une condition préalable à la participation politique, mais une option discursive parmi d’autres. Ce message est perçu non seulement par l’opinion publique israélienne, mais aussi par les acteurs régionaux, qui observent avec attention ces contradictions.
Un troisième élément explique cette tolérance : la peur de l’accusation de discrimination ou de racisme. Une partie de l’establishment politique, juridique et médiatique redoute qu’en exigeant des partis arabes israéliens une condamnation claire et sans ambiguïté du Hamas, on ouvre la porte à des accusations d’exclusion fondée sur l’identité. Pourtant, cette crainte repose sur une confusion volontaire : il ne s’agit pas d’exiger une loyauté ethnique ou religieuse, mais de fixer un critère politique et sécuritaire universel. Dans n’importe quel État démocratique, le soutien à une organisation terroriste constitue une ligne rouge, indépendamment de l’identité de celui qui l’exprime.
Le paradoxe devient encore plus frappant lorsqu’on observe le discours tenu à l’égard des Gazaouis. On leur demande non seulement de rejeter le Hamas par la force, mais aussi de produire une alternative idéologique crédible, sans quoi aucune reconstruction, aucune normalisation et aucune aide internationale durable ne seraient possibles. Pourquoi ce niveau d’exigence disparaît-il lorsqu’il s’agit de partenaires politiques à Jérusalem ou à Tel-Aviv ?
Cette incohérence a un coût. Elle alimente un sentiment croissant de cynisme et de méfiance envers la classe politique. Beaucoup de citoyens ont le sentiment que les principes invoqués dans le discours sécuritaire ne sont appliqués qu’à sens unique. Lorsque l’État exige de ses ennemis extérieurs des positions morales claires, mais accepte de ses partenaires intérieurs une ambiguïté dangereuse, il affaiblit sa propre crédibilité.
Il ne s’agit pas de nier la complexité de la société israélienne ni le droit des citoyens arabes à une représentation politique pleine et entière. Il s’agit de poser une question simple, mais essentielle : le rejet du terrorisme est-il une condition minimale de participation au jeu démocratique ? Si la réponse est oui à Gaza, elle ne peut pas être non à la Knesset sans créer une fracture morale profonde.
À long terme, cette contradiction fragilise également la position internationale d’Israël. Comment exiger du monde qu’il fasse la différence entre civils et terroristes, entre population et organisation armée, si cette distinction devient floue dans le discours politique interne ? Comment demander à des acteurs palestiniens de rompre avec le Hamas lorsque l’ambiguïté est tolérée chez des partenaires politiques israéliens ?
La cohérence n’est pas un luxe idéologique ; c’est un impératif stratégique. Si le Hamas est unanimement reconnu comme une organisation terroriste qui ne doit avoir aucun avenir politique, alors le refus de le condamner doit constituer une ligne rouge, partout et pour tous. Non par esprit d’exclusion, mais par respect pour les victimes, pour la sécurité des citoyens et pour la crédibilité même de l’État.
Continuer à éluder cette question peut faciliter certaines alliances à court terme. Mais à long terme, cela mine la confiance, brouille les repères moraux et affaiblit la capacité d’Israël à défendre un message clair, tant envers ses citoyens qu’envers le monde.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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