Dans la « Suisse du Moyen-Orient », il y a maintenant une file d’attente pour le pain (Parfois aussi avec un fusil et un couteau)

Au Liban, pays qui se vantait autrefois du surnom de « Suisse du Moyen-Orient » en raison du secteur bancaire qui y a prospĂ©rĂ© jusqu’Ă  la crise Ă©conomique de 2019 , le manque de pain – Ă©lĂ©ment clĂ© de l’alimentation locale  est dĂ©sormais un coup dur. Le Liban a dĂ©clarĂ© l’insolvabilitĂ© en 2020 et la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur sur le marchĂ© noir. La Banque mondiale a dĂ©fini la crise Ă©conomique dans ce pays comme l’une des plus graves au monde depuis le XIXe siècle, et les Nations Unies estiment qu’environ quatre Libanais sur cinq vivent en dessous du seuil de pauvretĂ©.

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Un homme tient un sac de pain pita après avoir atteint la tête de file dans une boulangerie à Beyrouth

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4 Libanais sur 5 vivent en dessous du seuil de pauvreté. Un habitant de Beyrouth avec un sac de pain pita dans une boulangerie
( Photo : AFP )

Le Liban lutte contre une crise économique à Beyrouth

( Photo : AFP )
Face aux demandes des prĂŞteurs internationaux pour des rĂ©formes Ă©conomiques douloureuses en Ă©change de l’aide, le gouvernement libanais a Ă©tĂ© contraint d’annuler la subvention pour la plupart des produits de base, mĂŞme si pour l’instant le blĂ© reste subventionnĂ©. Le prix du pain subventionnĂ© a augmentĂ© et les boulangeries ont commencĂ© Ă  budgĂ©tiser le produit. Un sac de pain pita est vendu 13 000 livres libanaises, soit environ un shekel et demi, et sur le marchĂ© noir le prix peut mĂŞme grimper jusqu’Ă  30 000 livres.

 

Khalil Mansour, un citoyen libanais de 48 ans qui a rĂ©cemment attendu devant une boulangerie Ă  Beyrouth, a dĂ©clarĂ© : « La semaine dernière, je suis restĂ© trois jours sans pain parce que je ne pouvais pas me permettre de payer 30 000 livres. Pour Mansour et la plupart des citoyens libanais, acheter du pain signifie faire la queue devant les boulangeries pendant de longues heures, et dans certains cas, lorsque son tour arrive, le pain est dĂ©jĂ  Ă©puisĂ©. « Aujourd’hui, j’ai fait la queue pendant trois heures, hier pendant deux heures et demie. Et après ? Je dois nourrir ma famille. Que puis-je faire d’autre ? », a demandĂ© Mansour, qui gagne 170 shekels par mois en travaillant dans une pâtisserie.

Le Liban lutte contre une crise économique à Beyrouth

Au marché noir, le pain peut coûter 30 000 livres. acheteur « chanceux »
( Photo: EPA )

Étagères vides dans une boulangerie à Beyrouth, Liban

Le gouvernement et la mafia s’accusent mutuellement. Étagères vides dans une boulangerie Ă  Beyrouth
( Photo : Reuters )

Le Liban lutte contre une crise économique à Beyrouth

Ils vendent du pain pita dans la capitale libanaise
( Photo : Reuters )
La plupart des boulangeries limitent la vente de pain à un ou deux sacs par client, chaque sac contenant six pitas. Le pain subventionné est généralement acheté en vrac et revendu au marché noir par des vendeurs avides.
« Les files d’attente se sont allongĂ©es ces deux dernières semaines », explique le propriĂ©taire de la boulangerie, Muhammad Mehdi, 49 ans. « Nous sommes confrontĂ©s Ă  une Ă©norme pĂ©nurie. » Selon lui, le mĂ©tier de boulanger est devenu une sorte de « Far West ». « Certains clients viennent armĂ©s de fusils et de couteaux », dit-il. Les mĂ©dias libanais rapportent souvent des bagarres qui Ă©clatent Ă  l’extĂ©rieur des boulangeries, et parfois mĂŞme des clients qui tirent et rĂ©clament plus de pain.

Le Liban lutte contre une crise économique à Beyrouth

( Photo : AFP )
Dans le village de Taalbia, dans l’est du pays, l’un des clients a attaquĂ© mardi dernier un employĂ© de la boulangerie et a volĂ© la marchandise, selon des informations, car il Ă©tait en colère de ne pas avoir Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  acheter plus de pain. Les militaires ont dĂ» intervenir pour l’arrĂŞter. « Ce qui se passe est une insulte, et c’est encore plus difficile que la pĂ©nurie de carburant », explique Mehdi, Ă©voquant la pĂ©nurie qui sĂ©vit dans le pays depuis l’an dernier .
Selon les donnĂ©es officielles, 80 % du blĂ© consommĂ© par le Liban est importĂ© d’Ukraine, qui fait face Ă  l’invasion russe de son territoire et, par consĂ©quent, a maintenant du mal Ă  exporter des cĂ©rĂ©ales comme avant. En plus de cela, la capacitĂ© de stockage de blĂ© libanais a Ă©tĂ© endommagĂ©e par l’ explosion mortelle survenue dans le port de Beyrouth en aoĂ»t 2020, et qui a causĂ© de lourds dommages aux principales rĂ©serves de cĂ©rĂ©ales du Liban. Le gouvernement et les boulangeries s’accusent mutuellement de la pĂ©nurie de pain : les boulangeries prĂ©tendent que le gouvernement appauvri ne leur fournit pas une quantitĂ© adĂ©quate de farine subventionnĂ©e, tandis que le ministre de l’Économie prĂ©tend que les boulangeries accumulent de la farine subventionnĂ©e pour une utilisation non produits subventionnĂ©s, tels que les sucreries. En outre, le gouvernement affirme que le million de rĂ©fugiĂ©s au Liban, après avoir fui la Syrie dĂ©chirĂ©e par la guerre , porte Ă©galement une part de responsabilitĂ© dans la crise Ă©conomique.

Crise économique au Liban Files d'attente dans les stations-service

« Pire que le manque de carburant. » Comme la station-service l’annĂ©e dernière
( Photo : Reuters )

Un fils de réfugiés syriens dans un camp de personnes déplacées au Liban. Ils sont aussi sur la cible

Un fils de réfugiés syriens dans un camp de personnes déplacées au Liban. Ils sont aussi sur la cible
( Photo : Reuters )
Certains citoyens libanais ont mĂŞme accusĂ© les rĂ©fugiĂ©s syriens d’acheter du pain subventionnĂ© pour le revendre au marchĂ© noir, ce qui a provoquĂ© du ressentiment Ă  leur encontre et des appels Ă  les renvoyer chez eux. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s n’est pas restĂ© indiffĂ©rent au phĂ©nomène, et a prĂ©venu vendredi que « le Liban connaĂ®t une recrudescence des tensions et des incitations entre diffĂ©rentes communautĂ©s, ce qui entraĂ®ne des bagarres de rue et des violences contre les rĂ©fugiĂ©s ».