De l’espion Eli Cohen au hissage du drapeau israĂ©lien en Egypte, le scout de France qui a tout vu

Yossef Hadas, nĂ© en Syrie, a rejoint le ministère des Affaires Ă©trangères en tant que jeune homme et a pris sa retraite plus de 40 ans plus tard en tant que directeur gĂ©nĂ©ral. Il est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  l’âge de 93 ans ce 29 janvier 2021.

En mai 1951, Yossef (Yossi) Hadas entre dans le dĂ©partement de recherche du ministère des Affaires Ă©trangères dans sa jeunesse, jusqu’Ă  ce qu’il retourne aux Ă©tudes d’ingĂ©nieur, qu’il entreprend Ă  Paris. Après 42 ans, il a pris sa retraite en tant que PDG de la sociĂ©tĂ©.

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Entre, pendant des dĂ©cennies, Hadas a Ă©tĂ© impliquĂ© dans des processus clĂ©s de la politique Ă©trangère d’IsraĂ«l, a reprĂ©sentĂ© l’État dans le monde entier, a tissĂ© des liens, a donnĂ© des rapports sur la sĂ©curitĂ© cruciaux et aussi a participĂ© Ă  des pourparlers de paix.

La semaine dernière, il est mort a 93 ans.

Hadas est nĂ© en 1928 Ă  Bolisa de Aharon Adas Ă  Alep, en Syrie, dans le cadre de l’une des plus anciennes communautĂ©s juives du monde. Le couple a Ă©levĂ© quatre enfants et a bien vĂ©cu : ils possĂ©daient un magasin de tapis et le père Ă©tait Ă©galement courtier immobilier. Ils vivaient dans une grande maison de deux Ă©tages, chaque enfant ayant sa propre chambre – et un puits d’eau dans la cour.

Ă€ l’âge de 4 Ă  6 ans, il Ă©tudie Ă  Kutab (Talmud Torah – AA) et plus tard Ă  l’Ă©cole de l’Alliance, et en mĂŞme temps est membre du mouvement « des Scouts de France ». Pendant les heures de classe, des professeurs privĂ©s de les matières gĂ©nĂ©rales, et les Ă©tudes religieuses, venaient au domicile familial.

Après avoir obtenu son diplĂ´me, il dĂ©cide de poursuivre des Ă©tudes universitaires Ă  Paris, et en 1947, il s’y rend et commence des Ă©tudes d’ingĂ©nieur. Le timing a Ă©tĂ© couronnĂ© de succès : un mois plus tard, Ă  la suite de la dĂ©cision de l’ONU sur la partition d’IsraĂ«l, la communautĂ© juive d’Alep a subi des Ă©meutes.

Le garçon Joseph, qui Ă©tait seul Ă  Paris, entretenait une correspondance constante avec sa famille. Cependant, lorsqu’il a cessĂ© de recevoir des lettres de son frère Mordechai, il a commencĂ© Ă  s’inquiĂ©ter. Quelques annĂ©es plus tĂ´t, en 1944, Mordechai avait immigrĂ© en IsraĂ«l avec l’immigration clandestine et s’Ă©tait enrĂ´lĂ© dans le Palmach.

En aoĂ»t 1948, il a reçu une lettre d’un ami d’enfance qui avait Ă©galement immigrĂ© en IsraĂ«l, l’informant que son frère Mordechai avait Ă©tĂ© tuĂ© en juin de cette annĂ©e-lĂ , lors de batailles Ă  Sha’ar HaGai. Après avoir reçu la nouvelle, Yossi a interrompu ses Ă©tudes et a immigrĂ© en IsraĂ«l. Il ne pouvait pas transmettre la mauvaise nouvelle Ă  ses parents, car les censeurs syriens liraient les lettres adressĂ©es Ă  ses citoyens juifs. Il est arrivĂ© en IsraĂ«l, s’est rendu sur la tombe de son frère Ă  Kiryat Anavim, et deux jours plus tard a Ă©tĂ© enrĂ´lĂ© dans l’armĂ©e israĂ©lienne.

Lorsqu’il a terminĂ© son service militaire, il Ă©tait convaincu qu’il retournerait Ă  Paris pour terminer ses Ă©tudes, mais comme il lui reste six mois avant l’annĂ©e scolaire suivante, il a commencĂ© un emploi temporaire au ministère des Affaires Ă©trangères.

Entre deux guerres
Hadas a ensuite reportĂ© la date de son retour Ă  Paris, prolongeant la pĂ©riode de travail au ministère des Affaires Ă©trangères. Il a changĂ© le nom de famille de Madas en Hadas, comme on avait demandĂ© aux employĂ©s de bureau de le faire. Entre temps, il a Ă©galement rencontrĂ© Stella et les deux se sont mariĂ©s en 1955, lorsque le ministre des Affaires Ă©trangères de l’Ă©poque, Moshe Sharett, a Ă©galement assistĂ© au mariage du jeune employĂ©. Le couple a eu trois fils au fil des ans : Roni, Merom et Ilan.

Il Ă©tait douĂ© de bonnes capacitĂ©s d’analyse et dès le dĂ©but de sa carrière dans le dĂ©partement, en 1955, il a reconnu une tendance croissante Ă  l’implication russe en Syrie et en Égypte, et a dĂ©clarĂ© que le soutien de Moscou Ă  ces pays ne serait pas seulement politique et public, mais aussi militaire. Son opĂ©ration a Ă©tĂ© reportĂ©e, mais il est vite devenu clair qu’il avait raison. Ce sujet le passionna et plus tard, dans les annĂ©es 1970, il rĂ©digea une thèse de doctorat Ă  la Sorbonne sur la politique soviĂ©tique au Moyen-Orient entre 1967 et 1947.

Son nom et ses compĂ©tences l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. « Un homme comme Yossi a une archive de mĂ©moire, de bonnes connexions et aussi une sorte de sixième sens qui lui permet, en s’appuyant sur des donnĂ©es partielles ou mĂŞme un rapport dans une presse Ă©trangère, de remarquer très tĂ´t le courant, dans tout changement de politique d’un des pays qu’il suit « , a Ă©crit le journaliste Edwin Eitan, » Cette particularitĂ© fait de lui l’un des meilleurs experts du monde arabe en IsraĂ«l ou ailleurs « .

En 1960, il part en mission avec sa famille en Afrique, d’abord comme deuxième secrĂ©taire et consul adjoint au SĂ©nĂ©gal, puis placĂ© dans des ambassades au SĂ©nĂ©gal et au Niger. Ă€ ce moment-lĂ , il a commencĂ© Ă  identifier la montĂ©e de l’islam en Afrique de l’Ouest et a rĂ©digĂ© des rapports Ă  ce sujet au ministère des Affaires Ă©trangères, mais ses affirmations n’ont pas Ă©tĂ© traitĂ©es de manière adĂ©quate. En effet, au fil des annĂ©es, cette tendance s’est intensifiĂ©e, portĂ©e par les radicaux.

Trois ans plus tard, en 1963, Hadas a Ă©tĂ© nommĂ© premier secrĂ©taire Ă  l’ambassade Ă  Paris et a ensuite Ă©tĂ© conseiller pour les affaires du Moyen-Orient. Il a nouĂ© de bonnes relations avec les responsables du ministère français des Affaires Ă©trangères et a reçu divers rapports provenant de missions françaises dans divers pays, et les rapports qu’il a ensuite transmis ont aidĂ© IsraĂ«l Ă  Ă©valuer la situation avant la guerre des Six jours.

« Hadas a rencontrĂ© des responsables du ministère français des Affaires Ă©trangères et a entendu parler d’eux des rĂ©unions de l’ambassadeur de France au Caire avec le ministre Ă©gyptien des Affaires Ă©trangères. Les choses Ă©taient difficiles et particulièrement dangereuses », a dĂ©crit le gĂ©nĂ©ral de brigade Israel Lior, secrĂ©taire militaire du Premier ministre Ă  l’Ă©poque.

Catastrophe à Damas, célébration au Caire
Pendant son sĂ©jour Ă  l’ambassade Ă  Paris, l’espion Eli Cohen a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© Ă  Damas et Hadas a Ă©tĂ© nommĂ© pour coordonner les efforts de dĂ©fense de Cohen, notamment avec l’avocat français Jacques Marseille. Mais l’effort a Ă©tĂ© vain : quatre mois plus tard, Eli Cohen a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©.

« J’ai du mal Ă  dĂ©crire ce qui m’est arrivĂ©. Tristesse profonde. Se sentir frustrĂ© et impuissant », a Ă©crit Hadas dans son livre autobiographique « Du lait Ă  JĂ©rusalem. » Aujourd’hui, je suis accompagnĂ© d’une photo d’Eli Cohen, le hĂ©ros d’IsraĂ«l « .

En 1967, il est retournĂ© en IsraĂ«l et a Ă©tĂ© nommĂ© directeur adjoint du dĂ©partement Afrique au ministère des Affaires Ă©trangères et a ensuite Ă©tĂ© nommĂ© Ă  la tĂŞte du dĂ©partement de la recherche oĂą il a fait ses premiers pas. En 1971, il est retournĂ© Ă  l’ambassade Ă  Paris en tant que dĂ©lĂ©guĂ©.

Son expĂ©rience l’a conduit Ă  des postes clĂ©s en première ligne de la diplomatie israĂ©lienne dans les annĂ©es suivantes. Au dĂ©but des pourparlers de paix avec l’Égypte, Hadas a Ă©tĂ© chargĂ© par le ministre des Affaires Ă©trangères Moshe Dayan de prĂ©parer un document recommandant l’instauration de l’autonomie dans les territoires, et a ensuite Ă©tĂ© nommĂ© en charge de la mise en Ĺ“uvre des accords de paix avec l’Égypte.

En rĂ©alitĂ©, Hadas a Ă©tĂ© le premier diplomate israĂ©lien en Égypte et a Ă©tĂ© chargĂ© de prĂ©parer et d’ouvrir l’ambassade au Caire. Le 18 fĂ©vrier 1980, il a hissĂ© le drapeau israĂ©lien sur le toit du bâtiment de l’ambassade, dĂ©clarant : « C’est un moment historique. IsraĂ«l a une maison en Egypte, et dans quelques jours l’Egypte aura Ă©galement une maison en IsraĂ«l. » Lorsqu’il a terminĂ© son travail au ministère des Affaires Ă©trangères, il a dit que cette Ă©vènement l’avait plus Ă©mu que toute autre. «Nous Ă©tions comme des rĂŞveurs», a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  propos de ces jours historiques.

Au Caire Ă©galement, il a tissĂ© des liens chaleureux et «a rĂ©ussi Ă  faire tomber les barrières», comme l’Ă©crivait alors le journaliste Smadar Perry Ă  son sujet.   « Une personnalitĂ© sympathique et un sourire prĂŞt qui ont aidĂ© Ă  briser la glace avec des fonctionnaires, une connaissance de l’arabe, de la culture Ă©gyptienne et 29 ans dans le service extĂ©rieur – tous se sont tenus Ă  ses cĂ´tĂ©s au Caire, et le Dr Hadas a pu recevoir des invitations dans des foyers Ă©gyptiens. de tous horizons » a-t-il dĂ©crit. L’ambassade est revenue en IsraĂ«l et a Ă©tĂ© nommĂ© directeur adjoint du ministère chargĂ© des relations avec l’Égypte.

Au dĂ©but des annĂ©es 80, il a Ă©tĂ© nommĂ© ambassadeur au Danemark et plus tard en Belgique, au Luxembourg et dans l’Union europĂ©enne. En 1987, il est nommĂ© vice-prĂ©sident pour l’Afrique, l’Asie et l’OcĂ©anie, puis comme vice-prĂ©sident en charge de l’Europe occidentale et de l’AmĂ©rique latine.

Après de nombreuses années au service du Ministère des affaires étrangères, en 1991, il a été nommé Ministre des affaires étrangères David Levy au poste de directeur général du Ministère, et il faisait également partie de la délégation israélienne à la Conférence de Madrid. Il était ministre au sein du ministère, et a pris sa retraite en 1993. Deux ans plus tard, il est revenu de sa retraite et a répondu à une demande de Peres de diriger la délégation israélienne pour des entretiens sur les déplacés de 1967.

Hadas a Ă©tĂ© enterrĂ© dimanche dans le cimetière de Kiryat Anavim, près de la section militaire oĂą se trouve la tombe de son frère Mordechai, dont la chute dans les batailles de la guerre d’indĂ©pendance a changĂ© le cours de sa vie.