Des documents officiels et des photographies accessibles au public révèlent que des systèmes d’armement israéliens de pointe ont été vendus au Qatar et à l’Arabie saoudite — deux États avec lesquels Israël n’entretient aucune relation diplomatique officielle. Ces ventes incluent notamment des systèmes de défense antimissile et des composants destinés aux avions de combat F15 avancés de ces deux pays du Golfe.
La société israélienne Elbit Systems est au cœur de ces révélations. Selon les informations publiées, son système C-MUSIC — connu sous le nom commercial « Bouclier du ciel » — a été installé sur au moins trois avions de la flotte royale qatarie : deux Boeing 747 et un Airbus 345. Les installations ont été réalisées entre 2020 et 2022, lors des passages de ces appareils en maintenance à Bâle. Ce système détecte les tirs de missiles sol-air guidés à chaleur, puis émet un faisceau infrarouge qui perturbe le verrouillage du missile sur sa cible. Il est particulièrement efficace contre les missiles portables de type MANPAD. La technologie est née en réponse à une attaque menée en 2002 contre un avion israélien décollant de Mombasa, au Kenya.
Des casques à deux cents mille dollars pièce
Les sociétés israéliennes participent également au programme F15 qatarien à travers plusieurs contrats de sous-traitance conclus avec Boeing, l’avionneur américain qui a décroché en 2017 un contrat de plusieurs milliards de dollars pour livrer 36 appareils F15QA « Ababil » à l’armée de l’air qatarie. Des filiales d’Elbit — Elbit America et Cyclone de Carmiel, spécialisée dans les structures d’avions — ont remporté plusieurs de ces contrats. Collins-Elbit, une coentreprise avec RTX, a fourni des casques de combat avancés de type JHMCS qui projettent les données de vol sur le viseur et permettent au pilote de verrouiller une cible et d’y diriger un tir sans avoir à orienter son appareil vers elle. Chaque casque est estimé à environ deux cent mille dollars. Le Qatar en a acquis cent soixante, pour une valeur d’environ trente-cinq millions de dollars. Elbit a également fourni des lunettes de vision nocturne de type AN/AVS-9, composant critique du même programme.
La division aviation de l’industrie aéronautique israélienne (IAI), spécialisée dans l’intégration de systèmes avioniques, figure également parmi les bénéficiaires de ces contrats, aux côtés de deux autres sociétés israéliennes.
L’Arabie saoudite, cliente indirecte
L’Arabie saoudite est également client indirect de ces entreprises israéliennes. Dans le cadre d’un vaste contrat signé avec Boeing portant sur des dizaines de F15SA de nouvelle génération, une annonce du ministère américain de la Défense fait état de la fourniture de 462 casques JHMCS avancés et de 462 lunettes de vision nocturne — des modèles identiques à ceux livrés au Qatar. Des documentations disponibles sur internet confirment que ces équipements sont effectivement utilisés par les pilotes de chasse saoudiens.
Le coût total des revenus générés par Collins-Elbit sur les seuls casques est estimé à environ cent millions de dollars. Il convient de rappeler que contrairement aux États membres des accords d’Abraham — Émirats arabes unis, Bahreïn et Maroc — avec lesquels Israël entretient une coopération sécuritaire formelle et étendue, le Qatar et l’Arabie saoudite ne sont liés à Israël par aucune relation diplomatique officielle.
Le Premier ministre Netanyahou avait approuvé des contrats avec le Qatar évalués à plus de cent millions de dollars, selon des informations publiées l’an dernier. Des enquêtes distinctes ont par ailleurs mis en cause des intermédiaires ayant touché des commissions sur certaines de ces ventes.
Pour en savoir plus sur l’industrie de défense israélienne et ses exportations :
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