Un message bref, publié puis rapidement effacé, a suffi à provoquer une onde de choc dans l’espace informationnel iranien. Lundi soir, le compte du Mossad en langue persane sur le réseau X a affirmé que des milliers de membres des forces de sécurité iraniennes avaient quitté leurs fonctions, sur fond de manifestations croissantes à travers le pays. Une déclaration exceptionnelle, tant par son contenu que par son origine.
Selon le texte publié, « des rapports et des indications fiables » feraient état d’un décrochage massif au sein des forces de sécurité et des unités du Bassidj, pilier de la répression intérieure du régime. Le message allait plus loin, saluant ceux qui auraient refusé de retourner leurs armes contre la population. « Vous serez rappelés par l’Histoire comme les véritables soldats de l’Iran, les défenseurs de la nation et du peuple iranien », pouvait-on lire.
Quelques minutes plus tard, le tweet disparaissait sans explication. Ni confirmation officielle, ni démenti. Ce silence a immédiatement alimenté les spéculations, aussi bien en Iran qu’en Israël et dans les chancelleries occidentales.
Sur le fond, la question centrale reste celle de la véracité de l’affirmation. Depuis plusieurs semaines, l’Iran est secoué par une vague de protestations persistantes, nourries par la crise économique, la lassitude face à la répression et les divisions internes au sein du pouvoir. Des témoignages diffusés sur les réseaux sociaux font état de refus d’obéir, de désertions ponctuelles et de tensions croissantes entre unités de sécurité et manifestants. Toutefois, l’ampleur évoquée par le tweet du Mossad – « des milliers » – n’a, à ce stade, pas été confirmée par des sources indépendantes.
La publication de ce message s’inscrit dans une série de communications provocatrices attribuées ces derniers mois au compte persan du Mossad. Ces prises de parole, inhabituelles pour un service de renseignement, semblent viser à saper la confiance du régime iranien dans ses propres forces et à encourager les fissures internes.
Mais cette stratégie divise les analystes. Pour certains, il s’agit d’une guerre psychologique efficace, exploitant les failles d’un régime sous pression et amplifiant le sentiment d’isolement au sein de ses forces armées. Pour d’autres, ces interventions publiques risquent au contraire de servir la propagande de Téhéran.
Les médias proches du régime n’ont d’ailleurs pas tardé à réagir. Plusieurs journaux ont affirmé que les troubles actuels seraient orchestrés par un « axe hostile » composé des États-Unis, d’Israël et de l’opposition iranienne en exil. Selon cette lecture, les tweets attribués au Mossad constitueraient la preuve d’une ingérence étrangère visant à raviver un mouvement de contestation prétendument à bout de souffle.
Ce discours permet au pouvoir iranien de délégitimer les protestations en les présentant comme une manipulation externe plutôt que comme une révolte populaire contre un régime autoritaire. Dans ce contexte, toute prise de parole israélienne publique, même symbolique, devient une arme à double tranchant.
En Israël même, plusieurs commentateurs estiment que le retrait rapide du tweet pourrait traduire une prise de conscience de ce risque. À ce stade sensible, alors que l’Iran traverse une période de tension extrême, le silence pourrait être plus stratégique que la provocation ouverte. Laisser le régime s’enliser dans ses propres contradictions, sans lui offrir de prétexte commode, apparaît à certains comme l’option la plus efficace.
Qu’il s’agisse d’une information fondée, d’un signal psychologique ou d’un mélange des deux, cet épisode illustre une chose : la bataille autour de l’Iran ne se joue pas uniquement dans la rue ou dans les casernes, mais aussi sur le terrain de la perception, de l’information et du doute. Et dans ce domaine, chaque mot, publié ou effacé, peut avoir des conséquences majeures.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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