« DĂ©sengagement complet » de Gaza et pression sur le Qatar : la vision de l’ancien chef du Mossad

L’ancien chef du Mossad, Yossi Cohen, a dĂ©clarĂ© ce matin (jeudi) Ă  la chaĂ®ne B que si IsraĂ«l veut poursuivre la guerre Ă  Gaza, il doit Ă©couter les États-Unis et poursuivre son aide humanitaire aux citoyens de la bande de Gaza.
« C’est avec grand regret que je soutiens l’entrĂ©e de fournitures aux citoyens de la bande de Gaza, de manière Ă  garantir que nous ne nous retrouverons pas dans une catastrophe humanitaire », a-t-il dĂ©clarĂ© dans une interview avec Rina Mashil et Akiva Novik.
« La considĂ©ration gĂ©nĂ©rale d’en haut est qu’il faut gagner du temps au niveau international. Si nous voulons continuer le combat, nous devons Ă©couter les États-Unis, qui font pression Ă  leur manière pour s’assurer que nous ne nous approchons pas d’une catastrophe humanitaire. Il s’agit de mesures prĂ©ventives. »
Il Ă©met toutefois une rĂ©serve : « Il ne doit pas s’agir d’une aide illimitĂ©e. Il faut le conditionner. C’est toute la bande qui a provoquĂ© le dĂ©sastre. »

Selon celui qui Ă©tait Ă  la tĂŞte du Mossad jusqu’il y a deux ans, « la bande de Gaza s’est prĂ©parĂ©e de manière extraordinaire au cours des dernières dĂ©cennies Ă  cette guerre prĂ©cise. Les terroristes ont une supĂ©rioritĂ© sur l’armĂ©e israĂ©lienne dans la bande. J’ai le sentiment que les tunnels sont bien plus qu’un mĂ©tro de plusieurs centaines de kilomètres, mais une ville souterraine, avec des bunkers profonds et longs, avec une configuration logistique qui permet une vie souterraine plus grande qu’on ne le pensait. Il y a une sorte de surprise face Ă  la puissance de cette ville souterraine. Nous nous battons en haut et eux restent en bas. »

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Concernant le rĂ´le qu’il a jouĂ© dans les annĂ©es qui ont prĂ©cĂ©dĂ© l’attaque du Hamas, Cohen a dĂ©clarĂ© : « J’Ă©tais le chef du Mossad et du MLA. Pendant des annĂ©es, j’ai dit que transfĂ©rer de l’argent vers Gaza Ă©tait une erreur. C’Ă©tait la conception de la politique gouvernementale que j’ai menĂ©e selon les instructions du gouvernement. Si je devais exprimer ma position aujourd’hui, je dirais qu’un dĂ©sengagement complet de la bande de Gaza est nĂ©cessaire. Je m’attendrais Ă  des murs plus hauts et plus solides, qui nous protĂ©geraient mieux. » Cohen a soulignĂ© que dĂ©sormais les combats dans la bande de Gaza ne devraient pas ĂŞtre arrĂŞtĂ©s, car « si nous ne poursuivons pas l’effort de guerre qui se dĂ©veloppe Ă  Gaza, nous n’atteindrons pas la prise d’otage ». 

Concernant le sort de la bande de Gaza au lendemain de la guerre, sujet dont, selon certaines publications, le Premier ministre Netanyahu refuse de discuter, Cohen a dĂ©clarĂ© que « nous devons y faire face et dire ce que nous voulons qu’il se passe ensuite. construire quelque chose dont l’État d’IsraĂ«l n’est pas entièrement responsable. » Il ne propose pas d’assumer la responsabilitĂ© de la bande de Gaza, « une population de plus de deux millions d’habitants, affamĂ©s, sans emploi, malades, blessĂ©s et en partie ignorants ».

L’ancien chef du Mossad a prĂ©sentĂ© sa vision selon laquelle : « Nous devons construire une sorte de coalition interarabe, puis une coalition internationale plus large, qui assumera la responsabilitĂ©, comme ils l’ont fait avec d’autres pays de rĂ©fugiĂ©s et zones de guerre. Pas l’ONU. Ce n’est pas un fantasme. Sinon, nous nous retrouverons seuls responsables de la bande de Gaza. Il n’est pas souhaitable qu’une organisation faible accepte seule la responsabilitĂ© de la bande de Gaza. »

« Il y a des pays qui doivent ĂŞtre encouragĂ©s dans cette dĂ©marche, qui y voient une certaine responsabilité », a poursuivi Cohen. « Si nous voulons Ă©couter les pays qui nous appellent pour Ă©viter un dĂ©sastre humanitaire – asseyons-nous dans la mĂŞme pièce que les États-Unis, le Japon, l’Inde, la Chine, les Émirats, l’Égypte, l’Arabie saoudite et bien d’autres et disons-leur – chers amis, nous annonçons que nous allons nous dĂ©sengager de ce territoire, et cette fois sĂ©rieusement. Tout en mettant un astĂ©risque indiquant que nous avons le droit d’entrer et de nous dĂ©barrasser des terroristes si nous savons que de telles activitĂ©s continuent d’exister. »

« La décision de la campagne au Liban pourrait être plus douloureuse »

Concernant le secteur nord, il a dĂ©clarĂ© que nous devrions continuer Ă  donner une chance Ă  un règlement politique et Ă©viter d’ouvrir un deuxième front, alors que le Hezbollah est prĂ©parĂ© et prĂŞt Ă  la guerre. Si tel est le cas, il a soulignĂ© que la situation actuelle est dĂ©jĂ  celle d’une guerre. « Il est vrai que nous n’avons pas dĂ©clarĂ© la guerre au Hezbollah et qu’il ne nous a pas dĂ©clarĂ© la guerre, mais c’est une sorte de guerre d’usure offensive. » Cependant, selon lui, « nous devons donner Ă  l’arène libanaise une opportunitĂ© de règlement politique Ă  l’heure actuelle, ne serait-ce que pour Ă©viter d’ouvrir un deuxième front en mĂŞme temps. Ce n’est pas que je pense que Tsahal ne peut pas gĂ©rer ces problèmes de deux arènes en mĂŞme temps. Nous y sommes prĂ©parĂ©s, cette chose sera pratiquĂ©e. Mais je suis contre pour le moment. Pour le moment, je ne ferais rien dans le Nord. Je ne suis pas responsable de savoir qui peut retourner chez lui dans le Nord et qui ne le peut pas. Je suggĂ©rerais d’Ă©couter les instructions du commandement du front intĂ©rieur. Nous sommes extrĂŞmement prudents, mais ce n’est pas excessif. »

Cohen offre une « surprise ». Il a expliquĂ© : « Dès que vous surprenez, vous avez le dessus. Nous l’avons vu, Ă  notre grand regret, lors de ce Black Sabbath. Je suggère la mĂŞme pratique en ce qui nous concerne pour la frontière nord. Quand le Hezbollah est prĂŞt , prĂŞts et attendant nos forces de peur que nous n’entrions au Liban, dĂ©cidant que la campagne lĂ -bas pourrait ĂŞtre plus douloureuse qu’une initiative, offensive et sophistiquĂ©e contre le Hezbollah lorsque les vents se calmeront.

« Pour le moment, je ne proposerais pas de mener des opérations secrètes sur le sol du Qatar, car je suis pratiquement le seul intermédiaire pratique »

L’ancien chef du Mossad a exprimĂ© son soutien aux assassinats ciblĂ©s de hauts dirigeants des organisations terroristes ou de leurs capacitĂ©s. Il a soulignĂ© que les dirigeants du Hamas se dĂ©placent librement et que leur emplacement est connu, mais qu’il s’agit d’une dĂ©cision politique puisque la capacitĂ© opĂ©rationnelle existe. « MĂŞme sans directive publique, je serais heureux de le voir. J’ai Ă©tĂ© Ă  la tĂŞte de l’organisation pendant près de six ans et je n’ai eu besoin d’aucune directive publique pour me dĂ©barrasser de quelqu’un selon une publication Ă©trangère ou pour rĂ©duire une capacitĂ© ou une installation qui, Ă  notre avis, met en danger la sĂ©curitĂ© future de l’État d’IsraĂ«l. C’est ainsi que j’ai agi. »

MalgrĂ© cela, Cohen a dĂ©clarĂ© : « Pour le moment, je ne suggĂ©rerais pas d’Ă©liminer ou de mener des opĂ©rations secrètes sur les terres du Qatar, car elle est presque la seule mĂ©diatrice pratique qui pourrait encore Ă©ventuellement aboutir Ă  un accord d’otages. »

Sur une note personnelle, Cohen a dĂ©clarĂ© : « Je n’ai pas encore dĂ©cidĂ© si je devais me lancer en politique. Je veux me retrouver dans un leadership civil, je n’ai pas encore dĂ©cidĂ© si je devais faire de la politique. »Â