À l’entrée de la Knesset, une flamme de feu s’élève au-dessus d’un bassin d’eau. Une œuvre sobre, presque silencieuse, dédiée aux soldats tombés de Tsahal. Les visiteurs étrangers posent souvent la même question : s’agit-il de la tombe du soldat inconnu ? Et chaque fois, la réponse surprend. En Israël, cette notion n’existe pas. Il n’y a pas de soldat anonyme, pas de mort sans nom, pas de corps abandonné à l’oubli. L’État, l’armée et la société entière se sont construits autour d’un principe non négociable : tout soldat doit être identifié, ramené et enterré en terre d’Israël.
Cette exigence n’est pas symbolique. Elle est existentielle. Elle traverse l’histoire du pays, façonne sa doctrine militaire et explique des décisions qui, vues de l’extérieur, paraissent parfois irrationnelles. Des opérations risquées, longues, coûteuses, mobilisant des centaines voire des milliers de soldats, sont menées pour une seule raison : refuser que l’un des leurs disparaisse dans l’anonymat. Ce refus absolu de l’oubli est devenu l’un des fondements moraux de l’armée israélienne.
Pendant des années, des dirigeants étrangers ont exprimé leur incompréhension, parfois leur étonnement, face à cette obsession israélienne. Même le président des États-Unis Donald Trump a reconnu à plusieurs reprises sa stupéfaction devant la détermination des familles endeuillées à voir leurs proches ramenés en Israël pour y être enterrés, quelles que soient les circonstances. Pour une société forgée par la Shoah, les guerres existentielles et la disparition massive de vies juives sans sépulture, la question n’est pas seulement militaire ou nationale. Elle est profondément identitaire.
Le retour du dernier soldat tombé à Gaza vient refermer une plaie ouverte depuis le 7 octobre. Son corps a été récupéré lors d’une opération d’une ampleur exceptionnelle, menée au cœur d’un cimetière, en plein territoire ennemi, dans ce que beaucoup de soldats décrivent comme un véritable enfer opérationnel. Des centaines de combattants ont été engagés, des moyens considérables mobilisés, pour une mission qui, sur le plan strictement stratégique, n’apportait aucun gain territorial ou militaire immédiat. Mais sur le plan moral, elle était incontournable.
Ce choix éclaire une différence fondamentale entre Israël et ses ennemis. Là où les organisations terroristes glorifient la mort anonyme et instrumentalisent les corps comme des outils de propagande, Israël s’acharne à rendre un nom, une identité et une tombe à chacun de ses morts. Le soldat n’est jamais réduit à un chiffre ou à une photo floue sur une affiche. Il est un fils, une fille, un frère, une sœur, et l’État assume la responsabilité de le ramener chez lui.
La flamme qui brûle devant la Knesset porte une phrase de la poétesse Leah Goldberg : « Dans leur sang, le matin se lèvera. » Cette ligne, gravée dans la pierre, résonne aujourd’hui avec une intensité particulière. Le « matin » du 7 octobre a été l’un des plus sombres de l’histoire israélienne. Un matin de massacre, de chaos, de sidération. Pendant des mois, ce matin n’a pas pris fin. Il s’est prolongé dans l’angoisse des familles d’otages, dans l’incertitude, dans l’attente insupportable de nouvelles.
La récupération du dernier corps marque symboliquement la fin de ce matin interminable. Non pas parce que la douleur disparaît, ni parce que la guerre est effacée, mais parce qu’Israël a tenu sa promesse la plus élémentaire. Celle faite à ses soldats : personne ne restera derrière. Cette promesse ne protège pas des échecs, elle n’efface pas les erreurs, mais elle fixe une ligne morale que l’État refuse de franchir, même sous la pression internationale, même face aux accusations, même au prix de lourds sacrifices.
Ce principe explique aussi pourquoi les théories complotistes affirmant qu’un soldat aurait été volontairement abandonné à Gaza ont suscité une indignation aussi vive. Elles ne sont pas seulement fausses ou infondées ; elles heurtent le cœur même du pacte entre l’armée et la société. Accuser Israël d’avoir laissé l’un des siens pour des calculs politiques revient à nier ce qui distingue fondamentalement Tsahal de ses adversaires.
Il n’y a donc pas de soldat inconnu en Israël, parce que l’anonymat est considéré comme une seconde mort. La flamme devant la Knesset ne représente pas l’absence de nom, mais la mémoire collective de noms connus, aimés, pleurés. Chaque soldat tombé y est présent, non pas comme une abstraction, mais comme une histoire singulière intégrée à l’histoire nationale.
En ramenant le dernier soldat tombé de Gaza, Israël n’a pas seulement accompli une mission militaire. Il a réaffirmé une vérité dérangeante pour ses ennemis et parfois incomprise par ses alliés : la vie et la mort ne sont pas des outils politiques, et la dignité des morts n’est pas négociable. Ce choix, coûteux et risqué, dit plus sur la nature de l’État hébreu que n’importe quel discours diplomatique.
Le matin du 7 octobre est terminé. Pas parce que la nuit est oubliée, mais parce qu’Israël a fait ce qu’il estime juste. Dans le feu et dans l’eau, au seuil du Parlement, la flamme continue de brûler. Elle rappelle que tant qu’un soldat manque à l’appel, le jour ne peut réellement se lever.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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