« En prison au Venezuela, il a appris la naissance de sa petite-fille : le gardien le plus cruel lui a arraché sa photo »

AprĂšs plus d’un an de dĂ©tention dans une prison vĂ©nĂ©zuĂ©lienne, Yaakov Harari, 72 ans, a atterri mardi en IsraĂ«l et a enfin retrouvĂ© sa famille. Citoyen israĂ©lo-argentin et homme d’affaires actif depuis de longues annĂ©es en AmĂ©rique du Sud, il avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© au Venezuela, accusĂ© par les autoritĂ©s locales d’« activitĂ©s terroristes ». Sa libĂ©ration est le rĂ©sultat d’efforts diplomatiques discrets menĂ©s sur plusieurs fronts.

« Je pensais que cela prendrait plus de temps, mais j’ai toujours su qu’on viendrait me sortir de lĂ  », confie-t-il. « Je croyais mĂȘme que ce serait peut-ĂȘtre une opĂ©ration physique. J’ai toujours eu confiance : l’État s’occupe de ses citoyens. » Cette certitude, raconte sa fille YaĂ«l, a Ă©tĂ© le fil conducteur qui a permis Ă  la famille de tenir pendant de longs mois sans le moindre contact direct.

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ArrĂȘtĂ© au dĂ©but d’octobre 2024 lors d’un dĂ©placement au Venezuela, Harari a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© d’un Ă©tablissement pĂ©nitentiaire Ă  l’autre avant d’ĂȘtre jugĂ© sans avocat ni procĂ©dure rĂ©guliĂšre. Dans le pays alors dirigĂ© par NicolĂĄs Maduro, les autoritĂ©s ont affirmĂ© qu’il Ă©tait venu former des opposants au rĂ©gime. Selon sa fille, l’accusation s’est notamment appuyĂ©e sur des photos trouvĂ©es sur son tĂ©lĂ©phone : on y voyait son gendre en service de rĂ©serve dans l’armĂ©e israĂ©lienne. « Ils ont dĂ©cidĂ© qu’il Ă©tait un mercenaire », explique-t-elle. Des dizaines d’étrangers ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s sur des bases similaires.

AprĂšs sept mois de dĂ©tention provisoire, Harari a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  25 ans de prison — une peine « rĂ©duite » en raison de son Ăąge, alors que d’autres dĂ©tenus Ă©trangers Ă©copaient de 30 ans. Il a Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ© avec des prisonniers politiques de diffĂ©rentes nationalitĂ©s. « C’est un systĂšme absurde et gĂ©nĂ©ralisĂ© », rĂ©sume sa famille.

Les conditions de dĂ©tention Ă©taient extrĂȘmement dures. Trois repas par jour, toujours identiques — Ɠuf, fromage et saucisse laissĂ©s des heures Ă  l’air libre —, moins d’une heure d’eau quotidienne pour se laver, et des sanitaires improvisĂ©s dans le mĂȘme espace que la douche. « Parfois je ne mangeais pas », raconte-t-il. « Il y a des limites Ă  ce qu’on peut avaler. » Les fĂȘtes juives passaient sans qu’il sache mĂȘme quel jour on Ă©tait. À un moment, son codĂ©tenu a tentĂ© de se suicider ; Harari affirme l’avoir sauvĂ© in extremis. À la suite de cet incident, les couvertures ont Ă©tĂ© confisquĂ©es : « Nous dormions avec une demi-serviette. »

Sur le plan mĂ©dical, la situation n’était guĂšre meilleure. Des analyses de sang demandĂ©es avec insistance n’ont jamais Ă©tĂ© rĂ©ellement effectuĂ©es. « Un infirmier m’a dit que les Ă©prouvettes avaient Ă©tĂ© jetĂ©es », rapporte-t-il. MalgrĂ© tout, des gestes de solidaritĂ© existaient entre dĂ©tenus : des compagnons de cellule ont par exemple rĂ©parĂ© la monture de ses lunettes avec des fils improvisĂ©s.

L’épreuve la plus cruelle est survenue lorsqu’il a appris, en prison, la naissance de sa petite-fille. Par l’intermĂ©diaire d’un rare contact consulaire obtenu grĂące Ă  des canaux europĂ©ens, une photo lui a Ă©tĂ© montrĂ©e pendant exactement deux minutes. « Ils ont envoyĂ© le gardien le plus cruel pour ça », raconte la famille. « Il a arrachĂ© la photo et l’a emportĂ©e. » Les pressions psychologiques Ă©taient constantes : on lui a affirmĂ© que sa famille s’était suicidĂ©e ou que des avions israĂ©liens avaient Ă©tĂ© abattus, le tout accompagnĂ© de scĂšnes de jubilation destinĂ©es Ă  le briser moralement.

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Durant sa dĂ©tention, Harari dit avoir entendu les bombardements lors des frappes amĂ©ricaines sur Caracas. « J’ai cru que Maduro Ă©tait tombĂ©. J’espĂšre que ce pays, rempli de gens brillants, pourra enfin se reconstruire. »

De retour en IsraĂ«l, il s’installe provisoirement Ă  Beer-Sheva avec ses filles. Il a rencontrĂ© pour la premiĂšre fois sa petite-fille, ĂągĂ©e d’un an et deux mois. « Ce matin, il s’est prĂ©parĂ© un vrai petit-dĂ©jeuner », sourit l’une d’elles. « Il dit que des draps, une couverture, du sel et du poivre, c’est le luxe absolu aprĂšs ce qu’il a vĂ©cu. »

La famille tient Ă  remercier les autoritĂ©s et diplomates impliquĂ©s — israĂ©liens, amĂ©ricains, allemands, autrichiens et d’autres — qui ont ƓuvrĂ© en coulisses. « Nous avons menĂ© ce combat dans le silence pendant une annĂ©e entiĂšre. Aujourd’hui, nous sommes simplement heureux d’avoir rĂ©ussi. »