En raison de l’antisémitisme : l’une des maisons Habad les plus connues et anciennes d’Asie de l’Est ferme ses portes

Un symbole majeur de la présence juive en Asie est contraint de tirer le rideau. La Maison Habad de Katmandou, au Népal, l’une des plus emblématiques et des plus anciennes de la région, va fermer ses portes et transférer ses activités vers un autre site encore inconnu. La décision a été prise dans un climat de plus en plus pesant, marqué par des pressions administratives, financières et symboliques que les responsables locaux qualifient sans détour d’antisémites.

La maison Habad de Katmandou est depuis des décennies un point d’ancrage central pour les voyageurs israéliens et juifs du monde entier. Chaque semaine, elle accueillait des centaines de personnes pour les repas de Chabbat, et plusieurs milliers lors de Pessa’h et des grandes fêtes juives. Pour beaucoup de jeunes Israéliens en voyage en Asie après leur service militaire, ce lieu était bien plus qu’un centre communautaire : un foyer, un refuge, un repère spirituel et humain.

Les responsables du centre, le rabbin Hezki Lipschitz et son épouse Hani Lipschitz, ont expliqué que la situation s’est progressivement dégradée ces derniers mois. Dans un entretien accordé au quotidien israélien Maariv, le rabbin Lipschitz a décrit une série de mesures de plus en plus contraignantes imposées par les autorités locales et par le propriétaire du bâtiment.

« Tout a commencé par des demandes de dissimulation de signes juifs visibles : inscriptions en hébreu, symboles religieux, panneaux identifiés comme israéliens », explique-t-il. « Ensuite sont venues des exigences financières de plus en plus lourdes, totalement disproportionnées, jusqu’à devenir intenables. Le message était clair : nous pousser à partir. »

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Selon le rabbin, la maison Habad a été entièrement vidée de son contenu et l’activité se poursuit temporairement depuis un hôtel, dans des conditions précaires. En parallèle, les émissaires recherchent un nouveau bâtiment, qu’ils espèrent « plus grand, plus beau et plus adapté », mais surtout un lieu où la présence juive ne sera pas perçue comme un problème.

La rabbanite Hani Lipschitz a livré un témoignage particulièrement poignant dans une publication sur les réseaux sociaux. « Les derniers jours ont été très durs. Non, disons-le franchement : des jours difficiles, sans fard », écrit-elle. « Nous sommes en pleine crise, mais nous n’abandonnons pas la mission. Nous restons à Katmandou, mais après tant d’années où ce bâtiment était notre œuvre de vie – un lieu de Chabbat, de fêtes, de larmes, d’embrassades et de conversations jusqu’au bout de la nuit – nous nous retrouvons à tout emballer dans des cartons et à recommencer à zéro. »

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Elle décrit une succession de pressions : retrait forcé des panneaux en hébreu « pour ne pas éveiller de soupçons », hausses répétées des exigences financières, restrictions arbitraires, jusqu’à une injonction claire de quitter les lieux. « Derrière tout cela, il y avait une sensation évidente d’antisémitisme, impossible à ignorer », écrit-elle. « On ne voulait plus que cet endroit soit une maison pour les Juifs. Notre présence dérangeait. »

Cette fermeture intervient dans un contexte mondial inquiétant. Ces dernières années, les institutions Habad ont été la cible de violences antisémites et d’attentats. En Inde, pays voisin du Népal, la maison Habad de Mumbai a été attaquée lors des attentats terroristes de 2008, coûtant la vie au rabbin Gavriel Holtzberg et à son épouse Rivka. Plus récemment, des émissaires Habad ont été assassinés à Dubaï, et une attaque meurtrière a visé une cérémonie de Hanoucca en Australie, à Bondi Beach, endeuillant la communauté juive locale.

La maison Habad de Katmandou avait également acquis une notoriété culturelle auprès du grand public israélien grâce à la série télévisée Katmandu, inspirée de la vie des émissaires et portée notamment par l’actrice Gal Gadot. Cette visibilité n’a cependant pas suffi à protéger le centre face à l’hostilité croissante.

Pour de nombreux observateurs, cette fermeture est un signal d’alarme supplémentaire. Elle illustre la fragilité de la présence juive, même dans des pays réputés pour leur tolérance culturelle, et souligne que l’antisémitisme peut prendre des formes administratives, économiques et insidieuses, sans violence directe mais avec un impact tout aussi destructeur.

Malgré tout, les émissaires Habad de Katmandou affirment ne pas renoncer. « Nous n’abandonnons pas la mission », insiste la rabbanite Lipschitz. « Nous reconstruirons. Ailleurs, autrement, mais avec la même âme. »


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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