États-Unis : l’épouse du patron du FBI poursuit un ex-agent qui l’accuse d’être une espionne israélienne

Un procès au parfum de scandale secoue Washington. Alexis Wilkins, chanteuse country de 26 ans et compagne de Kash Patel, actuel directeur du FBI et proche de Donald Trump, réclame 5 millions de dollars de dommages-intérêts à Kyle Seraphin, ex-agent de l’agence fédérale devenu animateur de podcast. Elle l’accuse d’avoir diffusé sciemment de fausses informations la présentant comme une « agente du Mossad » impliquée dans une « honey trap » (piège de séduction) destinée à compromettre son mari et à servir les intérêts israéliens.

La plainte, déposée devant un tribunal d’Austin (Texas), décrit Seraphin comme un ancien officier antiterroriste exploitant son passé pour crédibiliser ses accusations. Il aurait affirmé, lors d’une émission en ligne, que Wilkins n’avait choisi Patel, 45 ans, que pour « des objectifs étrangers », insinuant qu’elle travaillait pour les services israéliens. Dans le même temps, il aurait multiplié les remarques à caractère racial, raillant le physique et les origines indiennes de Patel.

Les avocats de Wilkins insistent : leur cliente n’est pas juive, n’a jamais séjourné en Israël et n’a jamais eu le moindre lien avec une agence de renseignement. Ils la décrivent comme une « patriote américaine, chanteuse chrétienne conservatrice », engagée au sein de l’organisation médiatique PragerU. « Ces allégations sont un mensonge malveillant, destiné à générer de l’audience, des dons et des contrats publicitaires », soutient la plainte, qui accuse Seraphin de construire sa carrière médiatique sur des diffamations.

Seraphin, suivi par plus de 200 000 abonnés sur X (ex-Twitter), a répliqué qu’il n’avait pas explicitement cité Wilkins, tout en admettant que ses propos pouvaient être interprétés en ce sens. Il affirme que de telles rumeurs circulaient déjà sur les réseaux sociaux. Mais pour la plaignante, l’intention était claire : associer son nom à une trahison nationale, l’une des accusations les plus graves du code pénal américain.

L’affaire dépasse le simple contentieux personnel. Elle révèle une fracture au sein même du camp conservateur américain. Patel, avocat et fidèle de Trump, est identifié à la droite pro-israélienne traditionnelle. À l’inverse, Seraphin et certaines figures du « nouveau conservatisme » (comme Tucker Carlson ou Marjorie Taylor Greene) utilisent de plus en plus souvent Israël et le Mossad comme repoussoir rhétorique, alimentant des théories conspirationnistes et une défiance envers l’alliance américano-israélienne【Wikipédia : Mossad】.

Depuis l’affaire Jonathan Pollard dans les années 1980 jusqu’aux débats sur l’accord nucléaire iranien, les soupçons d’« allégeance double » n’ont cessé d’être instrumentalisés aux États-Unis. Aujourd’hui encore, le nom du Mossad sert d’arme politique, évoqué aussi bien pour discréditer des adversaires que pour nourrir des récits complotistes. Mais cette fois, les conséquences juridiques pourraient être lourdes : si Wilkins obtient gain de cause, ce sera une condamnation exemplaire contre l’utilisation calomnieuse du spectre israélien dans les batailles internes du camp conservateur.

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