Face à l’antisémitisme en France, l’instruction du « Yanouka » à la communauté juive : qui doit monter en Israël – et qui ne doit pas partir

Dans un contexte de montée continue de l’antisémitisme en Europe et en France, une question lourde de conséquences traverse aujourd’hui la communauté juive française : faut-il quitter la France et faire son alyah, ou au contraire rester et renforcer les communautés locales ? C’est précisément sur cette interrogation existentielle que s’est penché le Rabbi Shlomo Senior, l’un des rabbins les plus influents de la communauté juive de Paris.

Ces derniers jours, le rav Senior s’est rendu en Israël pour consulter le HaYanouka, figure rabbinique de premier plan, afin d’obtenir une décision claire et argumentée sur l’avenir des communautés juives de France. La rencontre s’est tenue à Rishon LeZion, après la prière de Cha’harit dans la maison d’étude du rav.

Une question vitale pour l’avenir des Juifs de France

Le rav Senior a exposé au Yanouka le dilemme qui agite aujourd’hui des milliers de familles juives en France :
d’un côté, le désir profond de monter en Israël, nourri par l’insécurité croissante, les agressions verbales et physiques, et le sentiment d’isolement ; de l’autre, la réalité communautaire, où nombre de Juifs ne monteront pas et risquent de se retrouver affaiblis, dispersés et sans structures solides si une partie significative de la communauté quitte le pays.

La question posée était donc double :
– faut-il encourager une alyah collective et organisée ?
– ou faut-il, au contraire, maintenir et renforcer la présence juive en France malgré les dangers ?

La réponse nuancée – et surprenante – du Yanouka

La réponse du Yanouka s’est voulue claire, équilibrée et profondément communautaire. Il a tout d’abord souligné la grandeur immense de l’alyah lorsqu’elle est faite à titre individuel :

« Il y a une valeur inestimable pour chaque Juif qui souhaite monter en Israël, s’attacher à la terre sainte et y construire sa vie. »

Cependant, lorsqu’il s’agit d’une décision communautaire globale, sa recommandation est tout autre. Le Yanouka a explicitement déconseillé une alyah massive et organisée des communautés françaises, expliquant que dans la pratique, tout le monde ne montera pas. Le résultat, selon lui, serait dramatique :
les Juifs qui resteraient sur place se retrouveraient abandonnés, affaiblis et exposés, sans le soutien d’une grande communauté structurée.

« Une communauté forte protège ses membres »

Le Yanouka a insisté sur un point central : la force du nombre et de la structure communautaire.
Tant qu’une communauté est grande, visible et organisée, elle offre une protection sociale, spirituelle et morale à ses membres. En revanche, une communauté fragmentée devient vulnérable.

« Aujourd’hui, la communauté est grande et forte – cela donne de la puissance à tous.
Si une partie part et qu’il ne reste que quelques-uns, ceux-là se retrouvent dans une situation dangereuse. »

Il a donc appelé à ne pas céder à la peur, mais à renforcer la vie juive locale, les institutions, l’étude de la Torah et la cohésion interne.

Un message de courage et de responsabilité

Le Yanouka a formulé un message sans ambiguïté à destination des Juifs de France :

« Il faut rester, renforcer la communauté, lutter sans peur. Peu importe ce qui arrive. »

Pour étayer ses propos, il a cité l’exemple historique du Rabbi Meir Simcha of Dvinsk – l’« Or Saméa’h » – qui choisit de rester auprès de sa communauté durant la Première Guerre mondiale, malgré la certitude d’un danger imminent.

Un conseil spirituel face aux épreuves

Enfin, le Yanouka a adressé un message spirituel fort aux communautés juives de France. Selon lui, la meilleure protection face aux persécutions et aux décrets difficiles n’est pas seulement matérielle ou sécuritaire, mais aussi morale et spirituelle :

« Qu’ils fassent très attention au lachon hara.
C’est la protection la plus puissante contre toutes les épreuves et tous les malheurs. »

Il a conclu en bénissant le rav Senior dans sa mission de renforcer la Torah en France, ajoutant :
« Que vos sources se répandent à l’extérieur. »

Une décision qui fera débat

Cette prise de position, nuancée mais ferme, risque de faire débat au sein des communautés juives françaises. Elle rappelle que l’alyah, si centrale dans l’identité juive, ne peut être pensée uniquement à l’échelle individuelle, mais doit aussi intégrer la responsabilité collective envers ceux qui restent.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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