
La scène judiciaire française offre aujourd’hui un contraste saisissant, pour ne pas dire troublant. D’un côté, les autorités judiciaires ouvrent avec célérité une enquête pour « complicité et incitation au génocide » visant deux militantes israélo-françaises de droite, coupables d’avoir manifesté contre l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza. De l’autre, la France avance avec une prudence extrême – voire un silence pesant – lorsqu’il s’agit de juger des crimes antisémites d’une violence extrême commis sur son propre sol, ou de nommer clairement le terrorisme islamiste à l’œuvre depuis le 7 octobre.
Les personnes visées par cette enquête sont Nili Kupfer-Naouri, avocate et fondatrice du mouvement Israel Netzach, et Rachel Touitou, porte-parole de Tzav 9. Leur « faute » : avoir participé à des actions de protestation contre les convois d’aide destinés à Gaza et avoir tenu des propos politiques jugés excessifs par des organisations pro-palestiniennes, lesquelles ont déposé plainte en France.
Soyons clairs : il ne s’agit pas ici de mandats d’arrêt internationaux, mais de convocations judiciaires. Pourtant, la qualification retenue – « incitation au génocide » – est d’une gravité extrême. Elle est habituellement réservée à des discours appelant explicitement à l’extermination d’un peuple. L’appliquer à des militantes exprimant une opposition politique à une politique humanitaire, aussi discutable soit-elle, relève d’un glissement juridique inquiétant. Ce n’est plus le droit qui éclaire la justice, mais l’idéologie qui oriente le droit.
Cette sévérité tranche brutalement avec l’attitude de la justice française dans d’autres dossiers. À Lyon, s’est ouvert ces jours-ci le procès d’un homme musulman ayant assassiné son voisin juif de 89 ans en le jetant du 17ᵉ étage de son immeuble. Trois années se sont écoulées entre le crime et le jugement. Trois années de silence, de lenteur, de débats sur la santé mentale de l’accusé, et surtout d’hésitations à qualifier clairement le mobile antisémite, pourtant central aux yeux de la famille et de la communauté juive.
Ce parallèle n’est pas anecdotique. Il révèle une hiérarchie implicite des indignations. En France, des militantes juives peuvent être accusées en quelques semaines de « génocide » pour avoir bloqué des camions d’aide. Mais lorsqu’un Juif est assassiné en raison de son identité, la justice avance prudemment, presque à reculons, comme si nommer l’antisémitisme constituait un risque politique.
Cette asymétrie devient encore plus criante lorsqu’on élargit le regard au contexte international. Depuis le 7 octobre, date du massacre perpétré par le Hamas contre des civils israéliens, la France a multiplié les appels à la retenue d’Israël, les mises en garde morales et les rappels au droit international. En revanche, la condamnation explicite, constante et sans ambiguïté du terrorisme islamiste et de ses soutiens idéologiques reste étonnamment timide dans certains cercles politiques et judiciaires.
Dans le même temps, Paris se montre remarquablement discrète face aux crimes massifs commis par le régime iranien : exécutions, répression sanglante des manifestations, pendaisons publiques, persécutions des minorités. Là encore, l’indignation officielle est mesurée, prudente, souvent reléguée à des communiqués diplomatiques sans portée réelle. Aucun zèle judiciaire, aucune rhétorique de « génocide », aucune mobilisation comparable à celle déclenchée contre deux femmes accusées d’avoir protesté contre une politique humanitaire.
Ce deux poids deux mesures nourrit un sentiment profond d’injustice au sein des communautés juives en France et en Europe. Il donne l’impression que la justice française est plus prompte à poursuivre des Juifs pour des paroles ou des actes politiques que des antisémites pour des crimes réels. Plus rapide à entendre des plaintes militantes pro-palestiniennes qu’à protéger efficacement ses citoyens juifs.
Le danger est évident. En instrumentalisant des notions juridiques extrêmes comme le « génocide » à des fins politiques, la France banalise ces concepts et affaiblit leur portée morale. Pire encore, elle envoie un signal glaçant : l’activisme juif est suspect par nature, tandis que la violence antisémite bénéficie d’un traitement prudent, presque embarrassé.
Cette affaire dépasse donc largement le cas de Nili Kupfer-Naouri et Rachel Touitou. Elle pose une question fondamentale : la justice française est-elle encore capable d’appliquer les mêmes standards à tous, ou est-elle devenue un champ de bataille idéologique où certains sont présumés coupables et d’autres systématiquement excusés ?
À force de vouloir être « du bon côté de l’histoire », la France risque de perdre le sens même de la justice.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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