Mise à jour : Un tribunal parisien a condamné la dirigeante d’extrême droite française Marine Le Pen pour détournement de fonds électoraux du Parlement européen.
Un tribunal de Paris rendra ce matin (lundi) son verdict dans le procès de Marine Le Pen, chef du parti d’extrême droite Rassemblement National en France, accusée avec des membres de son parti d’avoir détourné des fonds de l’Union européenne.
Le jugement pourrait avoir des conséquences majeures sur la scène politique française, si les juges suivent la requête du parquet d’interdire à Le Pen, actuellement en tête des sondages pour l’élection présidentielle de 2027, de se présenter à un poste public pendant cinq ans. Le parquet a demandé que cette disqualification soit immédiate et reste en vigueur même si Le Pen fait appel du verdict.
Un détournement de plusieurs millions d’euros
Le Pen et 24 autres accusés – fonctionnaires, anciens députés et conseillers parlementaires – sont soupçonnés d’avoir détourné au moins 3 millions d’euros de fonds de l’UE entre 2004 et 2016. Selon le parquet français, Le Pen et ses associés auraient détourné ces fonds, initialement destinés au paiement du personnel parlementaire à Bruxelles, pour couvrir les salaires de membres de son parti en France – y compris des agents de sécurité, des graphistes et des secrétaires.
Les dons sont la bienvenue en cette situation particulièrement difficile :
Les procureurs affirment que Le Pen et ses alliés ont utilisé l’UE comme une « vache à lait » pour financer leur parti, et Bruxelles estime que la somme détournée s’élève à environ 4,5 millions d’euros.
Au cours du procès, qui s’est déroulé pendant neuf semaines à la fin de l’année dernière, Le Pen a nié toute malversation et a déclaré que l’utilisation des fonds pour les besoins des députés du parti était une pratique courante. « Je ne me sens absolument pas coupable d’irrégularités, pas même d’un acte illégal mineur », a-t-elle affirmé à la barre. Toutefois, elle a semblé consciente du risque de condamnation, déclarant aux juges : « Je sens que nous n’avons pas réussi à vous convaincre. »
Une disqualification électorale immédiate ?
En France, une condamnation pour détournement de fonds publics entraîne normalement une interdiction automatique de se présenter à des élections publiques. Cependant, en novembre dernier, le parquet a surpris en demandant que cette interdiction prenne effet immédiatement et reste en vigueur pendant cinq ans, même en cas d’appel.
Le parquet a également requis une peine de deux ans de prison, convertible en travaux d’intérêt général, ainsi qu’une amende de 300 000 euros.
Le Pen et ses partisans dénoncent un « procès politique » et estiment que la demande d’interdiction immédiate en est la preuve. « Le parquet veut ma mort politique », a déclaré Le Pen pendant le procès.
Dans une interview publiée samedi par La Tribune, elle a exprimé sa confiance quant au rejet de cette demande par les juges. « Personnellement, je ne suis pas inquiète, mais je peux comprendre pourquoi certains le pensent. Les juges ont le pouvoir de vie ou de mort sur notre mouvement. Mais je ne pense pas qu’ils iront aussi loin. »
Un séisme politique en cas d’inéligibilité
Marine Le Pen, 56 ans, est la fille de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National (ancien nom du Rassemblement National). Depuis qu’elle a succédé à son père en 2011, elle a tenté d’adoucir l’image du parti et de l’éloigner des accusations d’antisémitisme qui l’entouraient à l’époque. En 2018, elle a rebaptisé le parti en Rassemblement National.
Dans un contexte de crise migratoire et d’attentats islamistes qui renforcent l’extrême droite en Europe, la popularité de Le Pen n’a cessé d’augmenter. En 2017, elle a atteint le second tour de la présidentielle face à Emmanuel Macron, perdant avec un écart de 33 %. En 2022, elle a de nouveau affronté Macron, réduisant cette fois l’écart à 17 %, notamment grâce au soutien des partis modérés à Macron.
Lors des élections législatives de 2023, le Rassemblement National est devenu le plus grand parti de l’Assemblée nationale, mais n’a pas réussi à obtenir une majorité suffisante pour gouverner.
Aujourd’hui, Marine Le Pen est la favorite pour l’élection présidentielle de 2027, qui devrait être sa dernière. Selon un sondage publié hier, elle arrive en tête du premier tour avec au moins 34 % des intentions de vote. Emmanuel Macron, quant à lui, ne peut pas briguer un troisième mandat.
Si Le Pen est disqualifiée, son remplaçant probable en tant que candidat du Rassemblement National serait Jordan Bardella, 29 ans, que Le Pen a désigné comme son successeur en 2021 en le nommant président du parti. Bardella, qui était le candidat du RN pour le poste de Premier ministre en 2023, est même légèrement plus populaire que Le Pen selon certains sondages.
Une disqualification qui pourrait renforcer l’extrême droite
Une exclusion immédiate de Le Pen provoquerait un séisme politique en France. Certains craignent que, par représailles, son parti ne s’allie avec la gauche pour renverser le gouvernement minoritaire du Premier ministre François Bayrou, ce qui aggraverait l’instabilité politique depuis les élections de 2023, où aucun bloc n’a obtenu de majorité.
Même ses adversaires politiques s’inquiètent d’une disqualification immédiate, estimant qu’elle pourrait renforcer le soutien à Le Pen et à l’extrême droite. « Le sort de Le Pen est entre les mains de la justice. Une condamnation pour un acte répréhensible est normale. Mais l’empêcher de se présenter à la présidentielle, c’est autre chose », a écrit le chroniqueur Franz-Olivier Giesbert.
Bruno Jeudy, rédacteur en chef de La Tribune, a averti que donner aux juges le pouvoir de décider qui peut ou non se présenter serait « très dangereux ». Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite en France, a également mis en garde contre une telle décision : « Les électeurs du RN se sentent déjà exclus par l’élite. Une disqualification ne ferait que renforcer ce sentiment. »
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