Tsahal et le Shin Bet ont confirmé samedi avoir visé une figure centrale du Hamas dans la bande de Gaza. Selon plusieurs sources israéliennes, la frappe aurait eu pour objectif Abu Obeida, le célèbre porte-parole masqué de la branche armée du mouvement islamiste. L’opération, menée à l’aide de munitions de précision et après de longues observations, illustre la volonté d’Israël d’affaiblir le leadership militaire et symbolique du Hamas, alors que les combats s’intensifient dans la ville de Gaza.
L’armée a souligné que « de nombreuses précautions ont été prises afin de réduire le risque pour les civils, notamment l’usage d’armes guidées, de renseignements ciblés et de surveillances aériennes ». La frappe s’est déroulée dans le quartier d’al-Rimal, à l’ouest de la ville, zone densément peuplée et considérée comme bastion du Hamas. L’AFP a rapporté de nombreux morts et blessés, sans confirmer la présence d’Abu Obeida parmi eux.
Hamas, de son côté, a dénoncé une attaque contre « un immeuble résidentiel rempli de civils », accusant Israël de mener « une guerre d’extermination » et appelant la communauté internationale à « intervenir immédiatement ». Dans son communiqué, le mouvement terroriste affirme que les frappes « visent à détruire Gaza et à provoquer l’exode forcé de sa population », reprenant la rhétorique classique de « crimes de guerre » attribués à Israël.
La tentative d’élimination intervient quelques heures seulement après un discours menaçant d’Abu Obeida, qui avait juré de faire payer Israël « le prix du sang de ses soldats » et averti que toute opération visant à reprendre Gaza mettrait en péril les otages toujours détenus. Dans ses apparitions, souvent relayées par Al-Jazeera, le porte-parole masqué joue un rôle central dans la guerre psychologique de Hamas. Tsahal avait révélé son identité dès octobre 2023 : il s’agit de Hudhayfa Kahlout, présenté par Israël comme « un homme qui se cache derrière une keffieh rouge comme Hamas se cache derrière ses civils ».
Ce n’est pas la première fois qu’Israël tente de l’atteindre. Déjà en mai, après l’élimination de Mohammed Sinwar, frère du chef du Hamas Yahya Sinwar, les renseignements israéliens avaient estimé qu’Abu Obeida se trouvait dans son entourage immédiat. Depuis l’opération « Bordure protectrice » de 2014, Israël a à plusieurs reprises diffusé des images de lui à visage découvert, exhortant les Gazaouis à « ne pas croire ses mensonges ».
Pour Israël, neutraliser Abu Obeida représente plus qu’un succès militaire : c’est frapper au cœur de la machine de propagande du Hamas. Dans un conflit où l’image et la guerre psychologique comptent presque autant que les missiles, atteindre celui qui personnifie la voix de la « résistance » aurait une portée symbolique considérable.
Mais en frappant au cœur de Gaza, Israël expose aussi ses choix opérationnels aux critiques internationales, notamment de l’ONU et des ONG, qui dénoncent la densité urbaine et les pertes civiles. À Jérusalem, les responsables de la Défense rétorquent que « l’ennemi exploite systématiquement les civils comme boucliers humains », une stratégie documentée depuis des années et condamnée même par certains alliés occidentaux【Wikipédia : Hamas】.
Si l’élimination d’Abu Obeida venait à être confirmée, elle constituerait un coup dur pour l’appareil communicationnel du Hamas, déjà fragilisé par la perte de plusieurs commandants opérationnels. Dans le cas contraire, cette tentative rappelle au porte-parole qu’il reste en permanence sur la ligne de mire, et envoie à l’opinion publique israélienne un message de détermination : aucun symbole du Hamas n’est intouchable.
Dans un Moyen-Orient où chaque frappe nourrit à la fois l’escalade militaire et la bataille narrative, l’issue de ce duel entre Israël et Abu Obeida dépassera le simple champ de Gaza. Elle pèsera sur la capacité du Hamas à mobiliser ses soutiens régionaux, mais aussi sur la manière dont Israël construit son rapport de force face à l’axe pro-iranien.
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