Le Premier ministre français Edouard Philippe a dĂ©clarĂ© ce week-end Ă l’hebdomadaire français « Journal du Dimanche » qu’il ne s’opposait pas Ă la réédition de trois pamphlets antisĂ©mites rĂ©digĂ©s dans les annĂ©es 1930 par Louis-Ferdinand CĂ©line.
Les œuvres de Céline ont influencé de nombreuses figures littéraires du 20ème siècle, en France et dans le monde anglophone, et ailleurs dans le monde occidental, y compris Samuel Beckett, Jean Genet, Robbe-Grillet, Charles Bukowski, Henry Miller, Jack Kerouac et Joseph Heller. Vonnegut Jr., William S. Burroughs, Edward Abbey et Ken Kesey.
Cependant, le soutien de CĂ©line pendant la Seconde Guerre mondiale et ses brochures antisĂ©mites lui ont valu une place d’honneur dans le panthĂ©on littĂ©raire français. A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de CĂ©line, en 2011, le ministre français de la Culture, FrĂ©dĂ©ric Mitterrand a annoncĂ© que CĂ©line serait exclue de la liste des 500 icĂ´nes culturelles françaises Ă honorer cette annĂ©e Ă cause de ses Ă©crits antisĂ©mites.
Pendant des dĂ©cennies, les pamphlets antisĂ©mites de CĂ©line des annĂ©es 1930 n’avaient pas Ă©tĂ© rĂ©imprimĂ©s car la femme de CĂ©line en avait interdit la publication. Mais en 2017, la veuve de 105 ans a autorisĂ© Gallimard Ă les publier.
Le chasseur nazi et expert de la Shoah, Serge Klarsfeld demande Ă la maison d’Ă©dition Gallimard de ne pas ĂŞtre autorisĂ© Ă publier une anthologie en mai sous le titre « Ecrits polĂ©miques », rassemblant les textes antisĂ©mites et racistes de CĂ©line: « Trivia for a massacre, «  » L’Ă©cole des Morts « , et » Les draps fins « .
FrĂ©dĂ©ric Potier, prĂ©fet interministĂ©riel sur la lutte contre le racisme, l’antisĂ©mitisme et la haine anti-LGBT, a prĂ©venu Ă Gallimard les risques de réédition des pamphlets antisĂ©mites: «Il s’agit d’Ĺ“uvres purement antisĂ©mites et racistes. La nuit dernière, j’ai lu une partie de «L’Ă©cole des morts», qui date de 1937. Ce n’est pas une version douce comme «Le voyage au bout de la nuit», mais une incitation Ă la haine pure.
« Ce que je ne veux pas, c’est un best-seller antisĂ©mite », a dĂ©clarĂ© M. Potier Ă l’AFP, insistant sur le fait que « en France, le racisme n’est pas une opinion. C’est un crime.  »
« En termes simples, ces [brochures] ne sont pas de la littĂ©rature. Ce sont des appels Ă la haine. Le risque est qu’il renforce les prĂ©jugĂ©s, qu’il renforce les choses que vous pouvez dĂ©jĂ voir sur Internet – et en particulier parmi les extrĂ©mistes de droite.  »
Le Premier ministre Philippe, qui ne s’oppose pas Ă la republication, souligne que le recueil «doit ĂŞtre soigneusement accompagné», commentant «qu’il y a de très bonnes raisons de dĂ©tester l’homme lui-mĂŞme, mais on ne peut nier la place centrale de l’Ă©crivain dans la littĂ©rature française».
Il est intĂ©ressant de noter qu’en 1938, avant la catastrophe imminente de la Shoah, les critiques refusaient de prendre au sĂ©rieux des Ĺ“uvres telles que «Trivia for a Massacre» en tant qu’expression antisĂ©mite sans rĂ©serve. Jules Rivet, journaliste au Canard enchaĂ®nĂ©, Ă©crivait: «VoilĂ une belle haine, propre violente avec des manches relevĂ©es, des bras courts, des pavĂ©s relevĂ©s jusqu’aux biceps pleins! […] C’est une barricade individuelle, avec, au sommet, un homme libre qui crie, magnifiquement …  »
AndrĂ© Gide Ă©crit dans « The New French Review » d’avril 1938: «Quand CĂ©line vient parler d’une sorte de conspiration du silence, d’une coalition pour empĂŞcher la vente de ses livres, il est Ă©vident qu’il veut rire. Et quand il rend le juif responsable de son Ă©chec, il va sans dire que c’est une blague.  »
Mais Georges Bernanos, un critique du défaitisme français contre les nazis, a écrit : « Cette fois, Céline a choisi le mauvais urinoir. »




