Grande secousse au sein de la coalition : la loi sur la conscription prend un tournant, « la révolte ultra-orthodoxe se désagrège »

La coalition gouvernementale israélienne traverse l’un de ses moments les plus sensibles depuis le début de la législature. La nomination imminente du député Israël Eichler (Agoudat Israël) au poste de vice-ministre des Communications, initiative directement portée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, vise à stabiliser la majorité gouvernementale à l’approche du vote décisif sur la loi de conscription. Mais ce mouvement tactique suscite de vives critiques et ravive les tensions internes au sein du judaïsme ultra-orthodoxe.

Selon les informations disponibles, la nomination devrait être entérinée dans les prochains jours par une procédure accélérée, possiblement par vote téléphonique du gouvernement. Eichler deviendrait alors le seul représentant haredi occupant encore une fonction gouvernementale officielle, après la démission des autres ministres et vice-ministres de Yahadout HaTorah et du Shas, qui ont quitté le gouvernement pour protester contre la manière dont la loi sur la conscription est promue.

Cette nomination s’inscrit dans le cadre de la loi norvégienne, ce qui implique le retrait d’Eichler de la Knesset. Il serait remplacé par Yitzhak Pindrus, représentant de Degel HaTorah, un retour parlementaire susceptible de modifier l’équilibre interne du bloc ultra-orthodoxe et, plus largement, celui de la coalition.

Une manœuvre politique au cœur de la crise de la conscription

Le timing est particulièrement délicat. Le gouvernement doit faire avancer la loi sur la conscription, sujet explosif tant au sein de la société israélienne que dans les cercles rabbiniques et politiques haredim. Selon des sources proches du Premier ministre, la majorité nécessaire à l’adoption du texte n’est, à ce stade, pas assurée — notamment en raison des réticences persistantes au sein de la direction spirituelle d’Agoudat Israël.

D’après plusieurs responsables politiques, le choix d’un poste de vice-ministre — et non de ministre à part entière — relève de considérations purement procédurales et de calculs de coalition, sans lien direct avec les priorités du ministère des Communications. En parallèle, ce mécanisme permet de renforcer Degel HaTorah à la Knesset par le retour de Pindrus, perçu comme plus pragmatique et disposé à coopérer avec les initiatives gouvernementales.

En toile de fond, l’objectif central apparaît clairement : gérer la crise de la conscription par une ingénierie politique, fondée sur le maintien — voire l’accentuation — des divisions internes au sein d’Agoudat Israël. L’éviction d’Eichler du Parlement n’est pas anodine. Figure emblématique d’une opposition idéologique dure à la conscription, il ne représente, à la Knesset, qu’une voix. À l’inverse, Pindrus est identifié au courant plus modéré de Degel HaTorah, ce qui pourrait faciliter la survie de la coalition lors des votes clés.

Des critiques internes et le risque d’un effet boomerang

Toutefois, au sein même de la coalition, des voix s’élèvent contre cette stratégie. Des responsables politiques avertissent que la politique de fragmentation menée par l’entourage de Netanyahu pourrait produire l’effet inverse de celui recherché. Loin d’apaiser les tensions, la nomination d’Eichler risquerait d’aggraver la colère et la frustration dans des cercles centraux du hassidisme de Gour, sous l’autorité de l’Admour de Gour, toujours considéré comme la figure la plus influente d’Agoudat Israël.

Selon ces sources, le sentiment d’un contournement délibéré des pôles traditionnels de pouvoir pourrait durcir les positions plutôt que les assouplir. Dans un tel scénario, préviennent-elles, la réaction pourrait se traduire par une opposition encore plus déterminée à la loi sur la conscription, allant jusqu’à des tentatives actives de bloquer son adoption, même au prix d’un affrontement politique frontal avec le Premier ministre.

Ainsi, si Netanyahu espère obtenir un calme temporaire et une majorité technique pour les votes cruciaux, d’autres observateurs estiment qu’il s’agit d’un pari politique risqué : une manœuvre tactique susceptible d’offrir un gain immédiat, mais aussi d’approfondir la crise à moyen terme.

Une crise contenue… pour l’instant

Des commentateurs politiques soulignent que le Premier ministre gère la situation comme s’il n’y avait ni élections imminentes, ni loi de conscription, ni vote budgétaire — tout en se préparant à des élections comme s’il n’y avait plus de gouvernement. Le récent conseil des grands rabbins s’est achevé sans décision officielle, une absence de position qui a été perçue comme un succès tactique dans l’entourage de Netanyahu.

Mais l’histoire récente rappelle que le leadership de Gour a déjà réussi, par le passé, à imposer un ultimatum sur la loi de conscription, entraînant le retrait coordonné de l’ensemble des partis ultra-orthodoxes de la coalition. Cette fois-ci encore, bien que la révolte n’ait pas fait tomber le gouvernement, la réalité demeure inchangée : sans les partis haredim, aucune majorité stable n’est possible.

La nomination d’Israël Eichler apparaît donc moins comme un simple ajustement parlementaire que comme l’illustration d’une méthode : gérer l’un des dossiers les plus explosifs du mandat non par une décision tranchée, mais par un changement calculé des acteurs en jeu. Reste à savoir si cette stratégie permettra d’éviter la confrontation — ou si elle ne fait que la repousser.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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