Hongrie : des jeunes Juifs restaurent les cimetières abandonnés pendant leurs vacances d’été

À travers la Hongrie, plus de 1 600 cimetières juifs témoignent de la longue histoire de la présence juive dans le pays. Mais hors des grandes villes, beaucoup de ces lieux saints, désertés depuis la Shoah et la disparition progressive des communautés locales, sont laissés à l’abandon. Herbes folles, stèles renversées, sépultures profanées par le temps ou par des animaux : les cicatrices de l’histoire se lisent encore dans ces champs de mémoire.

Cet été, un groupe de jeunes Juifs de Budapest a décidé d’agir. Encadrés par la branche hongroise du réseau international de jeunesse Habad – le C-TEEN, présent dans plus de 1 000 villes à travers 70 pays –, ils sillonnent villes et villages pour restaurer ces cimetières oubliés. Ils arrachent les mauvaises herbes, redressent les pierres tombales, vérifient l’intégrité des sépultures et veillent à ce que les défunts continuent de reposer dans la dignité.

L’initiative a été lancée par le rabbin Tsami (Tsemach David) Bousman, originaire de Chicago et installé en Hongrie depuis six ans. Avec une énergie communicative, il a su fédérer autour de lui une jeunesse juive avide à la fois de cadre social et d’ancrage spirituel. « Il est fréquent de voir des jeunes émus aux larmes en lisant les inscriptions des tombes, raconte-t-il. Ils comprennent qu’ils participent à une réparation historique, à une gémilout ‘hessed chel émet, une bonté véritable rendue à des morts qui ne peuvent pas les remercier. »

Depuis l’an dernier, le C-TEEN dispose à Budapest d’un siège flambant neuf, situé rue Pacsirtamező, au cœur du quartier juif. Lieu de rencontres, de jeux, d’études et d’échanges, il est devenu un centre de vie juive pour des dizaines d’adolescents et de jeunes adultes, qui y trouvent une identité partagée et un héritage à transmettre.

Le grand rabbin Slomo Köves, responsable de l’EMIH (Union des communautés juives orthodoxes de Hongrie), salue ce projet : « Restaurer les cimetières, c’est relier la jeunesse juive à son peuple de manière unique. Ils découvrent l’ampleur de la présence juive dans ce pays et comprennent que, malgré les vicissitudes de l’histoire, des générations entières ont choisi d’être enterrées en tant que Juifs. Cette prise de conscience les pousse à vouloir continuer la chaîne des générations. »

Dans un pays où la communauté juive renaît lentement mais sûrement, cette initiative symbolise une double victoire : sur l’oubli et sur l’assimilation. Car en nettoyant les pierres moussues, les jeunes Juifs de Hongrie se redécouvrent eux-mêmes, réinscrivant leur existence dans un continuum brisé mais jamais anéanti. Ce geste, à la fois simple et bouleversant, pourrait bien nourrir l’avenir du judaïsme hongrois.

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