InquiĂ©tant : une peste mortelle a anĂ©anti tous les oursins noirs du golfe d’Eilat

Toute la population d’oursins noirs du golfe d’Eilat a Ă©tĂ© complètement anĂ©antie, Ă  cause d’un parasite pathogène unicellulaire qui s’est dĂ©placĂ© de la mer MĂ©diterranĂ©e Ă  la mer Rouge – ce qui pourrait entraĂ®ner la destruction de l’ensemble du rĂ©cif corallien d’IsraĂ«l. C’est ce que rĂ©vèle une sĂ©rie de nouvelles Ă©tudes alarmantes de l’UniversitĂ© de Tel-Aviv.

La tendance meurtrière, qui a entraĂ®nĂ© la mort de milliers d’oursins sur la cĂ´te nord du golfe en quelques mois seulement, est si grave qu’une mortalitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e se produit Ă©galement actuellement dans d’autres pays de la rĂ©gion, notamment l’Égypte, l’Arabie saoudite, Grèce et Turquie.

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Les chercheurs soulignent que les oursins en gĂ©nĂ©ral, et le hareng Ă  longues Ă©pines en particulier, sont considĂ©rĂ©s comme des espèces clĂ©s essentielles au bon fonctionnement du rĂ©cif corallien. Selon l’Ă©quipe de chercheurs, « il faut comprendre que le niveau des menaces pesant sur les rĂ©cifs coralliens est dĂ©jĂ  Ă  un niveau record, et maintenant une nouvelle variable a Ă©tĂ© ajoutĂ©e – il n’y a jamais eu une telle situation dans l’histoire enregistrĂ©e du golfe d’Eilat. »

Un oursin mort, dans le golfe d’Eilat, photo : UniversitĂ© de Tel Aviv

Selon l’Ă©valuation des chercheurs, la source de la peste mortelle est un parasite pathogène unicellulaire de la famille des ciliĂ©s qui s’est dĂ©placĂ© de la mer MĂ©diterranĂ©e Ă  la mer Rouge. À la suite des recherches, un rapport a Ă©tĂ© soumis Ă  l’AutoritĂ© de la nature et des parcs faisant le point sur la situation actuelle, et ces jours-ci, les mesures d’urgence Ă  prendre pour sauver le rĂ©cif corallien d’IsraĂ«l sont Ă  l’Ă©tude.

La recherche a Ă©tĂ© menĂ©e sous la direction du Dr Omri Bronstein et des doctorants Rotem Zirler, Lisa Maria-Schmidt, Lahan Roth et Gal Avitar de l’École de zoologie et du MusĂ©e Steinhardt de la nature de l’UniversitĂ© de Tel Aviv. la revue Frontiers in Marine Science et dans la Royal Society Open Science.

Le Dr Bronstein et un oursin du golfe d’Eilat // Photo : UniversitĂ© de Tel Aviv

Pas la première fois

Le Dr Bronstein souligne : « En raison de l’intensitĂ© de la mortalitĂ©, nous avons d’abord pensĂ© qu’il s’agissait d’une pollution, d’un dĂ©versement chimique local ou d’un empoisonnement de l’industrie et des hĂ´tels du nord du Golfe, mais après nous avons vĂ©rifiĂ© d’autres sites Ă  Eilat, en Jordanie et au SinaĂŻ , nous avons rĂ©alisĂ© que ce n’Ă©tait pas un Ă©vĂ©nement local. Tous les signes pointent vers une Ă©pidĂ©mie qui se propage rapidement. »

Le Dr Bronstein a ajoutĂ© que « les oursins sont considĂ©rĂ©s comme des espèces clĂ©s essentielles au bon fonctionnement du rĂ©cif corallien. Les oursins sont les « jardiniers » du rĂ©cif : ils se nourrissent des algues et les empĂŞchent de prendre le dessus et d’Ă©touffer les coraux qui leur font concurrence pour la lumière du soleil. Malheureusement, ces oursins n’existent plus dans le golfe d’Eilat, et il en va de mĂŞme au sud de lĂ , dans des parties toujours plus Ă©tendues de la mer Rouge. »

La mortalitĂ© massive a rappelĂ© aux chercheurs l’histoire de la disparition des oursins des CaraĂŻbes. Jusqu’en 1983, le rĂ©cif corallien des CaraĂŻbes Ă©tait un rĂ©cif tropical qui ressemblait au rĂ©cif corallien du golfe d’Eilat. Mais une mystĂ©rieuse maladie anĂ©antit la majeure partie de la population d’oursins. Lorsque les oursins ont disparu, les algues se sont multipliĂ©es, cachant la lumière du soleil aux coraux, et tout le rĂ©cif a subi une transformation irrĂ©versible – d’un rĂ©cif corallien Ă  des champs d’algues.

« L’annĂ©e dernière, la maladie est revenue et a Ă©clatĂ© dans les CaraĂŻbes, tuant les populations et les individus survivants », explique le Dr Bronstein, qui note qu' »un groupe de chercheurs de l’UniversitĂ© Cornell a identifiĂ© le mois dernier la cause du dĂ©cès dans les CaraĂŻbes : une parasite pathogène de la famille des ciliĂ©s. La pathologie que nous reconnaissons chez les oursins qui meurent en Grèce et en Turquie est la mĂŞme que la pathologie des oursins des CaraĂŻbes, et c’est aussi la pathologie des oursins qui meurent ici en mer Rouge. Il faut comprendre la gravitĂ© de la situation : la mortalitĂ© en Mer Rouge progresse Ă  une vitesse vertigineuse. En arrière-plan, il y a encore un grand mystère : qu’est-ce qui tue les hĂ©rissons ? Est-ce l’agent pathogène des CaraĂŻbes ou un facteur nouveau et inconnu ? »

Selon lui, un noyau reproducteur de ces oursins devrait ĂŞtre constituĂ© le plus tĂ´t possible, afin que nous puissions, si nĂ©cessaire, les remettre dans la nature Ă  l’avenir. « Comme pour le virus corona, personne ne sait ce qui se passera – si cette Ă©pidĂ©mie passera d’elle-mĂŞme, ou si elle restera ici pendant de nombreuses annĂ©es et entraĂ®nera un changement dramatique dans le rĂ©cif corallien », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Par consĂ©quent, nous devons investir tous les efforts dans la prĂ©vention. Malheureusement, la fenĂŞtre d’opportunitĂ© pour prĂ©server une population saine de cette espèce Ă  Eilat s’est dĂ©jĂ  fermĂ©e. Si nous voulons Ă©tablir un noyau reproducteur, nous devons agir aujourd’hui et prĂ©server des individus sains de la MĂ©diterranĂ©e israĂ©lienne – avant que la maladie n’y atteigne aussi. »

L’Ă©quipe de chercheurs, photo : UniversitĂ© de Tel Aviv

Le Dr Dror Tsurel, du Centre scientifique de surveillance et de recherche marines du ministère de la Protection de l’environnement, a rĂ©pondu : « La taille de la population d’oursins Ă  Eilat, et en particulier l’espèce commune Diadema Setosum, est en baisse depuis 2016, ce qui est mesurĂ©e dans le cadre de la surveillance nationale dans le golfe d’Eilat menĂ©e par le ministère. Elle est causĂ©e par diverses raisons, telles que le rĂ©chauffement de l’eau de mer et l’effet de l’augmentation des tempĂŞtes hivernales. Au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e, cette population, dĂ©jĂ  en situation difficile, a subi une autre blessure, suspectĂ©e d’ĂŞtre l’Ă©closion d’un agent pathogène transportĂ© dans l’eau de mer.

Afin d’empĂŞcher l’entrĂ©e de nouveaux agents pathogènes dans le golfe d’Eilat, le ministère de la protection de l’environnement a commencĂ© Ă  exiger des installations qui rejettent de l’eau dans la mer, telles que les entreprises d’aquaculture et l’observatoire sous-marin, qu’elles dĂ©sinfectent l’eau avant de la rejeter dans la mer. MalgrĂ© la diminution de la population d’oursins, aucune prolifĂ©ration d’algues menaçant le rĂ©cif corallien n’a Ă©tĂ© observĂ©e. La surveillance nationale indique que les poissons de rĂ©cif vĂ©gĂ©tariens parviennent actuellement Ă  faire face aux algues qui menacent le rĂ©cif, bien que leur population se remette encore de l’Ă©vĂ©nement de mortalitĂ© massive survenu en aoĂ»t 2018. La disparition des oursins souligne la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger les poissons de rĂ©cif et renforce la recommandation des scientifiques chargĂ©s de la surveillance d’interdire la pĂŞche dans le golfe d’Eilat.

Le cas de la mort des oursins illustre Ă  quel point la barrière de corail d’Eilat est sensible. Le programme national de surveillance continue de surveiller l’Ă©tat de la flore et de la faune dans le golfe d’Eilat, y compris les oursins. »