Selon des témoignages concordants en provenance d’Iran, le pays a connu, il y a environ une semaine, les plus vastes manifestations depuis la révolution islamique de 1979. Ces rassemblements, d’une ampleur inédite, ont été suivis d’une répression d’une brutalité extrême, laissant derrière elle des milliers de morts, des arrestations massives et un sentiment de désespoir profond au sein de la population perse.
Les informations, relayées notamment par Iran International, s’appuient sur les récits directs de trois sources internes : un journaliste basé à Téhéran, un chef d’entreprise de la capitale et un ingénieur originaire d’Ispahan. Tous trois sont des militants politiques de longue date, familiers des précédentes vagues de contestation qui ont traversé l’Iran ces dernières années. Leurs témoignages reposent à la fois sur leurs observations personnelles et sur des échanges constants avec des proches, des collègues et des contacts disséminés dans de nombreuses villes et localités du pays.
Des manifestations d’une ampleur jamais vue
Les trois témoins s’accordent sur un point central : la mobilisation du 8 janvier a dépassé tout ce qu’ils avaient connu auparavant. L’un d’eux estime que plusieurs millions de personnes sont descendues dans les rues à travers l’Iran, un chiffre corroboré par des évaluations issues de cercles diplomatiques et d’analyses de l’opposition.
Un diplomate européen cité par les sources évoque près d’un demi-million de manifestants à Téhéran, encore présents dans la capitale le vendredi suivant, malgré les tirs nourris des forces de sécurité. Selon l’évaluation interne d’Iran International, au moins cinq millions de personnes auraient participé aux manifestations à l’échelle nationale sur deux jours consécutifs, jeudi et vendredi.
Cette mobilisation s’est construite dans un contexte de dégradation économique continue, marquée par l’inflation, le chômage et l’érosion du pouvoir d’achat. « L’économie est en chute libre depuis presque dix ans », explique l’un des témoins. « Avant, il y avait des hauts et des bas. Aujourd’hui, tout va dans le même sens : vers le bas. »
Le tournant : la parole du guide suprême
Le point de bascule, selon les témoins, a été le discours prononcé par le guide suprême iranien, Ali Khamenei, le vendredi suivant le début des manifestations. Dans cette allocution, il a présenté les protestations comme une manipulation orchestrée par des agents étrangers, rejetant toute légitimité aux revendications populaires.
À partir de ce moment, le ton a radicalement changé. Les forces de sécurité ont été massivement déployées avant même la tombée de la nuit. Des hommes armés occupaient les rues, là où, la veille encore, les rassemblements s’étaient formés presque spontanément.
« C’était un massacre », raconte l’ingénieur d’Ispahan. « Un massacre sans précédent dans l’histoire moderne de l’Iran. » Le chef d’entreprise ajoute : « Chaque personne que vous croisez connaît quelqu’un qui a été tué, blessé ou qui a disparu. »
Des chiffres qui glacent
Iran International a rapporté cette semaine qu’au moins 12 000 personnes auraient été tuées lors de la répression. Ce chiffre, d’après le média, aurait fuité depuis le bureau présidentiel iranien et le Conseil suprême de sécurité nationale, signe que l’ampleur des pertes aurait choqué jusque dans certains cercles du pouvoir.
« C’est le même système qui a aidé à tuer des centaines de milliers de personnes en Syrie pour maintenir Bachar el-Assad au pouvoir », souligne le chef d’entreprise. « Combien pensez-vous qu’il soit prêt à tuer pour assurer sa propre survie ? »
Arrestations massives et traque numérique
La répression ne s’est pas arrêtée avec la dispersion des foules. Les témoins décrivent une campagne d’arrestations systématiques qui se poursuit encore. Dans plusieurs quartiers, un couvre-feu non officiel est appliqué : sortir après la tombée de la nuit suffit à s’exposer à un contrôle, une fouille ou une détention.
Avant les manifestations, de nombreux Iraniens avaient publié sur Instagram des appels à rejoindre les rassemblements. Des commerces avaient annoncé leur fermeture en signe de soutien, et des médecins avaient diffusé des conseils de premiers secours. Aujourd’hui, alors que l’accès à Internet est sévèrement restreint, ces publications servent de preuves à charge : les forces de sécurité les utilisent pour identifier et arrêter leurs auteurs.
« Ils frappent aux portes maintenant », explique le journaliste. « Surtout celles des gens qui ont publié des appels au tout début, quand l’enthousiasme était à son comble. » L’ingénieur confirme que même des étudiants qui n’avaient pas manifesté physiquement, mais exprimé une sympathie en ligne, ont été convoqués et inculpés.
Soutien à Reza Pahlavi et rejet du récit officiel
Avant l’intervention violente des forces de sécurité, de nombreux slogans de soutien à Reza Pahlavi ont retenti sur les places et dans les avenues. Les témoins insistent sur le fait que les manifestants n’étaient ni des « terroristes » ni des agents étrangers, contrairement au discours de Téhéran, mais des citoyens ordinaires, étranglés par la crise économique et sociale.
Dans l’usine de l’ingénieur, la majorité des employés avaient participé aux protestations. L’un a été grièvement blessé, un autre est toujours porté disparu. Beaucoup d’entre eux, souligne-t-il, avaient pourtant voté pour le président Massoud Pezeshkian seulement un an auparavant, preuve d’un désenchantement rapide et profond.
Une société en deuil et un désespoir assumé
Aujourd’hui, les trois témoins décrivent une atmosphère lourde, presque irréelle. « La ville sent la mort », confie l’ingénieur. « Comme si des cendres humaines avaient été dispersées sur tout l’Iran. »
Aucun d’entre eux ne se dit favorable à une intervention militaire étrangère. Pourtant, tous constatent un changement radical dans les conversations quotidiennes : de plus en plus d’Iraniens expriment ouvertement le souhait d’une frappe américaine, convaincus qu’aucune évolution n’est possible en s’appuyant uniquement sur des forces internes.
« C’est clairement le sentiment dominant », affirme le journaliste. L’ingénieur parle même d’un soutien quasi unanime parmi ses ouvriers. « C’est tragique à tous les niveaux », conclut-il. « Un désespoir total et absolu. »
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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