Israël a extradé vers les États-Unis Michael Fine, 47 ans, homme d’affaires américain et hassid de Gour, soupçonné d’avoir orchestré une fraude bancaire et une fraude aux communications d’un montant global d’environ 28 millions de dollars. Fine a atterri jeudi à New York avant d’être transféré à Saint-Louis, dans l’État du Missouri, où il doit comparaître pour la première fois devant un tribunal fédéral.
Fine avait été arrêté en Israël en juillet 2023 à la demande des autorités américaines. Son arrestation avait été coordonnée et effectuée en collaboration avec le département de coordination opérationnelle de la division renseignement de la police israélienne et la cellule Interpol du quartier général national. Le dossier a été traité par Me Hanna Lib du département international du bureau du procureur général de l’État, et c’est le juge Ohad Gordon du tribunal de district de Jérusalem qui avait déclaré Michael Fine « extradable » dès avril 2024, sans ménager ses critiques sur la manière dont le suspect avait conduit la procédure.
Le juge Gordon avait relevé que les multiples demandes de reports, les querelles successives autour de la représentation juridique et le défaut de présentation de documents qu’il avait pourtant promis de produire depuis l’étranger avaient laissé une « impression nette, d’un homme qui cherchait à empêcher l’examen de la demande d’extradition ». Malgré cette décision d’avril 2024, plus d’un an s’est encore écoulé avant que Fine monte effectivement dans un avion. Durant la procédure devant le tribunal de Jérusalem, il a été établi qu’en trois ans, entre les dates des faits reprochés et son arrestation, il était entré et sorti d’Israël à 117 reprises.
Une fraude immobilière montée sur trois ans
Aux États-Unis, les poursuites avaient été lancées dès août 2020, après qu’un grand jury fédéral avait mis en examen Fine. Selon l’acte d’accusation, entre 2016 et 2019, il aurait soumis à répétition des documents falsifiés à des banques et des organismes de financement pour obtenir des prêts et refinancer des emprunts en faveur de complexes d’appartements gérés par sa société immobilière T.E.H. Management et des entités associées.
Les méthodes employées étaient systématiques : Fine aurait artificiellement gonflé les taux d’occupation des immeubles, falsifié des données de revenus et de budgets, et présenté des informations mensongères dans ses demandes de financement. Parmi les transactions visées figurent un prêt de 2,8 millions de dollars pour l’acquisition d’un complexe résidentiel à Saint-Louis, un refinancement de 12,5 millions de dollars pour un projet à Kansas City, et un prêt de 7,7 millions de dollars pour un immeuble à Tulsa, Oklahoma. Une tentative supplémentaire d’obtenir un prêt de 5,2 millions de dollars en 2019 avait échoué après le rejet de la demande.
L’acte d’accusation mentionne également qu’en mars 2020, le gouvernement fédéral avait suspendu les subventions publiques aux complexes de logement de la société, à la suite de nombreuses plaintes de locataires relatives à des conditions d’habitation dégradées. Une grande partie de ces locataires étant éligibles à l’aide au logement, ils avaient reçu des bons leur permettant de se reloger ailleurs.
Chacune des charges retenues contre Fine est passible aux États-Unis d’une peine maximale de trente ans d’emprisonnement. La justice demande en outre la confiscation d’au moins 23 millions de dollars, présentés comme les produits des infractions.
L’aval politique et le message du FBI
L’extradition a été officiellement autorisée le 14 mai par le ministre du Patrimoine Amichai Eliyahu, qui assurait à ce moment l’intérim du ministre de la Justice. Le procureur fédéral du district est du Missouri, Thomas Albus, a salué le retour de Fine à Saint-Louis et s’est dit « très satisfait » que le suspect doive désormais répondre de ses actes devant la justice. Le directeur du bureau du FBI à Saint-Louis a quant à lui souligné que la fuite à l’étranger d’un suspect recherché ne constituait pas un obstacle : le FBI et ses partenaires poursuivent leur traque jusqu’à ce que le fugitif soit traduit en justice, quel que soit le pays où il s’est réfugié. Fine conteste l’ensemble des accusations portées contre lui.
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