La présence en Israël de Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro, ne relève pas d’un simple déplacement personnel ou spirituel. En publiant une vidéo tournée sur le sol israélien, accompagnée d’un message fortement chargé de références religieuses et idéologiques, le candidat déclaré à l’élection présidentielle brésilienne de 2026 envoie un signal politique clair, à destination de son électorat comme de ses adversaires. Le message est explicite : la foi, la filiation politique et le combat national sont indissociables.
Dans sa publication, Flávio Bolsonaro affirme « suivre une nouvelle fois les pas de son père », exprimant l’espoir que ses propres filles feront un jour de même. Il lie cette continuité familiale à une vision quasi messianique de l’avenir du Brésil, affirmant qu’« il n’existe pas de chemin possible pour sauver le Brésil en dehors de Dieu ». Cette déclaration, loin d’être anodine, s’inscrit dans une tradition politique bien établie au Brésil, où la religion – et en particulier l’évangélisme – joue un rôle central dans la mobilisation électorale.
Le choix d’Israël comme décor de cette mise en scène est tout sauf fortuit. Depuis plusieurs années, Israël occupe une place symbolique majeure dans l’imaginaire politique de la droite conservatrice et évangélique brésilienne. Sous la présidence de Jair Bolsonaro, les relations entre Brasilia et Jérusalem avaient été étroitement mises en avant, notamment à travers un discours pro-israélien assumé, une proximité idéologique avec les milieux évangéliques sionistes et des références bibliques récurrentes dans la rhétorique présidentielle. Flávio Bolsonaro s’inscrit clairement dans cette continuité.
En se montrant en Israël, Flávio Bolsonaro parle d’abord à une base électorale précise : des millions de Brésiliens évangéliques pour qui Israël n’est pas seulement un État, mais un symbole spirituel et eschatologique. Pour cette frange de l’électorat, soutenir Israël revient à affirmer une fidélité aux Écritures et à un ordre moral perçu comme menacé par le progressisme, le sécularisme et les idéologies de gauche. Le message « il n’y a pas de salut pour le Brésil en dehors de Dieu » est donc un slogan politique autant qu’un credo religieux.
Cette stratégie n’est pas nouvelle. Jair Bolsonaro lui-même avait largement instrumentalisé la foi durant ses campagnes et son mandat, se présentant comme un dirigeant « choisi » pour restaurer les valeurs traditionnelles, l’ordre et l’autorité. Flávio Bolsonaro, en quête de la nomination officielle de son parti et bénéficiant déjà de l’aval explicite de son père, cherche à capter cet héritage sans ambiguïté. La référence aux « pas du père » n’est pas seulement affective : elle est un acte de transmission politique assumé.
Mais cette communication vise également l’extérieur du Brésil. En s’affichant en Israël, Flávio Bolsonaro envoie un message aux réseaux conservateurs internationaux, notamment aux cercles évangéliques américains et aux mouvements nationalistes de droite qui voient en Israël un modèle de fermeté sécuritaire et d’identité nationale affirmée. Dans un contexte mondial marqué par la montée des discours souverainistes et religieux, cette image renforce son positionnement comme candidat appartenant à un courant idéologique transnational.
Il faut aussi lire cette visite à la lumière de la campagne présidentielle de 2026, qui s’annonce extrêmement polarisée. Face à un camp progressiste et à des institutions souvent perçues par ses partisans comme hostiles, Flávio Bolsonaro construit une narration de combat et de sacrifice. Son message évoque « ceux qui marchent avec de grands sacrifices vers la libération du Brésil », une formule qui suggère une lutte morale et quasi spirituelle contre des forces présentées implicitement comme corruptrices ou antinationales. Là encore, la rhétorique rappelle celle utilisée par son père, qui n’hésitait pas à dépeindre ses opposants comme des ennemis de la nation et de Dieu.
Cette instrumentalisation de la foi soulève toutefois des interrogations profondes sur l’avenir démocratique du Brésil. En liant explicitement le salut national à une vision religieuse unique, Flávio Bolsonaro exclut de facto une large partie de la population brésilienne, qu’elle soit catholique non pratiquante, adepte d’autres confessions ou simplement attachée à la laïcité. La politique devient alors non plus un espace de compromis, mais un champ de bataille moral où l’adversaire est disqualifié sur le plan spirituel.
Sur le plan intérieur, cette posture pourrait renforcer la mobilisation de sa base, mais elle comporte aussi des risques. Le Brésil est un pays profondément divers, et l’usage intensif du registre religieux a déjà montré ses limites, notamment lorsqu’il se heurte aux réalités économiques, sociales et institutionnelles. Flávio Bolsonaro devra, au-delà des symboles, démontrer sa capacité à gouverner un pays complexe, fracturé et confronté à des défis majeurs, de la sécurité à l’économie en passant par les relations internationales.
En définitive, la vidéo publiée en Israël n’est pas un simple message de foi personnelle. Elle constitue un acte politique calculé, destiné à consolider une identité, mobiliser une base et inscrire la candidature de Flávio Bolsonaro dans une lignée idéologique claire. À deux ans de l’élection présidentielle, ce type de communication donne un avant-goût de la campagne à venir : émotionnelle, polarisante, profondément marquée par l’entrelacement du religieux et du politique. Une stratégie qui a déjà porté Jair Bolsonaro au pouvoir, mais dont l’efficacité, dans un Brésil transformé et éprouvé par les crises récentes, reste à éprouver.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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