L’actuel mouvement de contestation en Iran ne constitue pas un simple épisode supplémentaire dans la longue série de protestations qui secouent la République islamique depuis des années. Il s’inscrit dans un processus profond et durable de délitement interne, révélateur d’un régime qui peine de plus en plus à répondre aux besoins fondamentaux de sa population. Les réactions contrastées du guide suprême Ali Khamenei et du président Massoud Pezeshkian illustrent avec clarté la fracture grandissante au sommet du pouvoir iranien.
Comme à son habitude, Ali Khamenei a choisi de nier les causes structurelles de la colère populaire. S’il a reconnu du bout des lèvres la légitimité de certaines revendications économiques, notamment liées à la crise monétaire, il a immédiatement rejeté la responsabilité sur des « agents manipulés » et des forces hostiles à l’islam et à la République islamique. Cette rhétorique n’est pas nouvelle. Elle a déjà été utilisée lors des grandes vagues de contestation de 2017, 2019 et après la mort de Mahsa Amini, lorsque le régime accusait les États-Unis et l’Europe d’orchestrer les troubles de l’intérieur.
À l’inverse, le président Pezeshkian a tenté une approche plus pragmatique. Il a rencontré des représentants des manifestants, proposé des mesures économiques limitées et reconnu, au moins partiellement, l’ampleur de la crise sociale. Ses propositions restent largement insuffisantes face à l’effondrement du pouvoir d’achat, à la pénurie de ressources et à la perte de confiance généralisée, mais elles témoignent d’une prise de conscience absente du discours du guide suprême.
Depuis la guerre de juin dernier, les cercles pragmatiques du régime – parmi lesquels l’ancien président Hassan Rohani – plaident pour un changement stratégique profond. Ils estiment que la survie de l’Iran passe par des réformes internes majeures et par une ouverture contrôlée vers l’Occident. Pezeshkian a d’ailleurs affirmé publiquement que le dialogue avec les ennemis n’équivaut pas à une capitulation. Mais ces appels restent lettre morte. Khamenei persiste dans sa doctrine de la « résistance », convaincu que toute concession serait perçue comme une faiblesse existentielle.
Sur le terrain, la réalité sociale contredit pourtant cette posture idéologique. Même le sursaut nationaliste observé pendant la guerre s’est rapidement dissipé, laissant place à une détresse économique aggravée. De plus en plus d’Iraniens ne protestent plus pour des questions de mœurs ou de libertés individuelles, mais pour des raisons beaucoup plus élémentaires : la faim, le chômage, l’effondrement des services publics. Comme l’a confié une jeune Iranienne à un média réformiste, « aujourd’hui, ce ne sont plus les voiles qui brûlent, mais les ventres vides ».
Dans ce contexte, trois scénarios principaux se dessinent pour l’avenir du régime. Le premier est celui du statu quo prolongé jusqu’au décès de Khamenei, âgé de près de 87 ans. Ce scénario impliquerait une poursuite de la dégradation économique, une crise de légitimité accrue, une corruption endémique et une incapacité chronique à prendre des décisions structurantes, rappelant les dernières années de l’Union soviétique avant son effondrement.
Le second scénario est celui d’une révolution populaire menant à la chute brutale du régime. Bien que cette hypothèse ne puisse être exclue, rien n’indique à ce stade une menace immédiate pour la stabilité du pouvoir. L’appareil sécuritaire reste puissant et la contestation, bien que persistante, demeure fragmentée.
Le troisième scénario, peut-être le plus plausible à moyen terme, serait une prise de contrôle accrue par l’élite sécuritaire, en particulier les Gardiens de la Révolution. Cette évolution pourrait passer par l’éviction du guide suprême ou par l’installation d’une figure symbolique faible, sous contrôle militaire. Un tel régime ne serait pas nécessairement plus modéré ; il pourrait au contraire se révéler encore plus autoritaire et agressif, même s’il agirait davantage par calcul stratégique que par idéologie révolutionnaire.
Face à cette dynamique, Israël doit faire preuve d’une extrême prudence stratégique. Toute action susceptible de renforcer artificiellement le régime iranien – notamment un accord nucléaire qui allégerait les sanctions sans garanties durables – pourrait servir de bouée de sauvetage à un pouvoir affaibli. Dans le même temps, Israël ne peut se permettre de relâcher sa vigilance face au risque nucléaire et balistique.
La ligne la plus réaliste reste celle d’un « management du conflit » : maintenir des capacités de dissuasion, de sabotage ciblé et de pression internationale, tout en évitant une escalade militaire qui offrirait au régime iranien l’ennemi extérieur dont il a besoin pour ressouder sa population. L’objectif n’est pas de provoquer l’effondrement, mais de ne pas l’empêcher.
L’Iran s’approche clairement d’un tournant historique. La forme exacte que prendra ce changement reste incertaine, mais une chose est désormais acquise : la République islamique, dans sa configuration actuelle, est engagée dans un processus de déclin irréversible. Pour Israël, la patience stratégique et la lucidité seront des atouts décisifs dans les années à venir.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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