Israël ne pourra pas « faire ce qu’il veut » — et le Hamas est toujours là : désarmement ? Pas pour bientôt. Un nouveau chef — oui

Plus d’un an et demi après le 7 octobre, le Hamas n’a pas disparu. Ses hommes continuent d’administrer la majeure partie de la bande de Gaza. Ses dirigeants voyagent, négocient et tiennent des réunions au Caire avec les représentants du Conseil de la paix mis en place par Donald Trump. L’organisation, décimée par des dizaines de liquidations ciblées tout au long de la guerre, est sur le point d’annoncer un nouveau chef permanent — et la question du désarmement, présentée pendant des mois comme une condition sine qua non à toute sortie de crise, semble plus lointaine que jamais.

Le désarmement : une ligne rouge qui reste rouge

Ces dernières semaines, les dirigeants du Hamas ont tenu plusieurs réunions avec Nikolaï Mladanov, le responsable du Conseil de la paix pour Gaza mandaté par Trump, afin de tenter de s’entendre sur les modalités d’un passage à la phase suivante dans la bande de Gaza — avant même que le « plan en 20 points » du président américain ne soit officiellement activé. Le Hamas a maintenu sa position avec une constance qui n’a pas varié depuis des mois : Israël doit d’abord remplir les conditions de la première phase de l’accord de cessez-le-feu, et ce n’est qu’ensuite que l’organisation acceptera de discuter de la suite.

Sur la question des armes — le nœud gordien de toute la négociation — le Hamas a transmis à Mladanov un document dont le contenu, rapporté par le quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, est sans ambiguïté : le traitement du dossier des armes sera conditionné aux droits du peuple palestinien, entendez par là — à la création d’un État palestinien et à la fin de l’occupation. Une position posée il y a de nombreux mois, et dont l’organisation ne s’est pas écartée d’un millimètre.

Bassem Naïm, cadre du Hamas, a résumé la position de l’organisation dans une interview accordée à la chaîne libanaise Al-Mayadeen : « Nous traversons une demi-guerre à Gaza, bien que nous respections l’accord de cessez-le-feu. L’avenir de la bande de Gaza et de la cause palestinienne est une affaire palestinienne. Jusqu’à présent, la résistance a rempli tout ce qui lui était demandé par les médiateurs — pendant que les tueries israéliennes se poursuivent. »

Washington met le frein

Du côté israélien, le cabinet politico-sécuritaire doit se réunir prochainement pour évoquer, entre autres, la situation à Gaza et l’éventualité d’une reprise des combats face au refus persistant du Hamas de se désarmer. Mais cette reprise se heurte à un obstacle de taille : les États-Unis. Selon les estimations qui circulent à Jérusalem, Washington ne donnera pas son feu vert à Israël pour mener une offensive de grande envergure à Gaza — tout comme les Américains ont limité la marge de manœuvre d’Israël au Liban. La formule qui revient dans les couloirs israéliens est sans détour : les États-Unis n’autoriseront pas Israël à « faire ce qu’il veut » à Gaza.

S’y ajoute une contrainte opérationnelle : Tsahal est déjà surchargé sur le front nord, et une offensive intense à Gaza simultanément poserait des problèmes logistiques considérables. Les évaluations internes pointent vers une capacité limitée à mener deux guerres de haute intensité en même temps. Sans compter la possibilité d’une reprise des hostilités avec l’Iran, qui drainerait l’essentiel de l’attention militaire. Dans ce contexte, les opérations à Gaza resteraient vraisemblablement dans un format chirurgical — ce que les militaires appellent « tondre l’herbe ».

Un responsable du Conseil de la paix a résumé l’équation ainsi : les plans ne pourront aboutir que si le Hamas est complètement désarmé — par accord ou par la guerre. Sans désarmement complet, il ne peut y avoir ni reconstruction ni investissements dans la bande de Gaza.

Khaled Meshal wiki

La succession : Mechaal ou Al-Hayya ?

Pendant ce temps, le Hamas avance sur un autre front : l’élection de son prochain chef permanent. Depuis la mort de Yahya Sinouar en octobre 2024, l’organisation est dirigée par un conseil de cinq membres à titre provisoire, dans l’attente d’un choix définitif. Ce processus, interrompu au moment de l’éclatement du conflit avec l’Iran en raison de « désaccords organisationnels internes », a repris ces derniers jours. Selon la chaîne qatarie Al-Arabi, Gaza a déjà achevé son tour de vote interne, et les branches extérieures — en exil et en Cisjordanie — devraient boucler le processus très prochainement. L’annonce du nouveau chef de bureau politique pourrait intervenir dans la semaine.

Deux noms dominent la course. Khalil al-Hayya, né à Gaza, ancien numéro deux de Sinouar, négociateur en chef du Hamas pour les accords de cessez-le-feu — il est considéré comme le candidat de l’intérieur, celui qui bénéficie du soutien des membres du Hamas restés dans le territoire. Il est identifié à l’axe iranien et avait participé aux funérailles d’Ismail Haniyeh à Téhéran. Selon le New York Times, al-Hayya faisait partie du « conseil militaire restreint » convoqué par Sinouar pendant deux ans pour planifier l’attaque du 7 octobre, et était l’émissaire des discussions secrètes avec l’Iran et le Hezbollah.

En face, Khaled Mechaal : figure historique du mouvement, chef du bureau politique pendant 21 ans de 1996 à 2017, puis réélu à la tête du Hamas en exil en 2021. Il vit au Qatar dans un confort ostentatoire — sa fortune a été évaluée, par le passé, entre quatre et cinq milliards de dollars — et a été mis en accusation aux États-Unis l’an dernier pour sa participation aux événements du 7 octobre. Mechaal est davantage associé à l’axe des Frères musulmans — Qatar et Turquie — et se distingue par ses désaccords passés avec Sinouar sur la relation avec l’Iran. En 1997, il avait survécu à une tentative d’assassinat par le Mossad en Jordanie.

La fermeture programmée du quartier général américain à Kiriat Gat — le CMCC, le Centre de coordination civilo-militaire —, annoncée par des sources proches du dossier à l’agence Reuters, même si le Conseil de la paix a démenti, illustre les difficultés de Washington à maintenir une présence opérationnelle significative sur le terrain, alors qu’Israël continue d’étendre son contrôle sur des zones supplémentaires de la bande et que le Hamas consolide à nouveau sa position.


Le contexte de la succession à la tête du Hamas s’éclaire à la lumière de l’élimination de Khalil al-Hayya lors de la frappe israélienne sur Doha, documentée ici : 🔴 Frappe israélienne à Doha : « Opération Sommet de Feu », Khalil al-Hayya tué, Israël revendique. Sur les mécanismes de financement qui ont alimenté le Hamas dans les mois précédant le 7 octobre : Israël s’est adressée au Qatar à la veille du 7 octobre pour augmenter le transfert de fonds vers le Hamas.

 


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