Ce matin, la première rĂ©union de la Cour internationale de Justice a commencĂ© Ă La Haye sur la revendication de l’Afrique du Sud , qui accuse IsraĂ«l d’avoir commis un gĂ©nocide contre le peuple palestinien. Lors de l’audience, les avocats sud-africains ont demandĂ© aux juges de rendre une dĂ©cision exigeant qu’IsraĂ«l mette immĂ©diatement fin Ă sa campagne militaire dans la bande de Gaza.
La prĂ©sidente de la Cour internationale de Justice, Joan E. Donoghue, a dĂ©clarĂ© avant l’audience que l’Afrique du Sud soutient que les actions d’IsraĂ«l depuis les attaques du Hamas du 7 octobre « sont gĂ©nocidaires » et qu’IsraĂ«l « n’a pas rĂ©ussi Ă empĂŞcher le gĂ©nocide et est en train de commettre un gĂ©nocide ». Elle a ajoutĂ© que le procès affirme qu’IsraĂ«l viole « d’autres obligations fondamentales au titre de la Convention des Nations Unies sur le gĂ©nocide ».
Le reprĂ©sentant de l’Afrique du Sud a soulignĂ© qu’IsraĂ«l a commis des actes de gĂ©nocide pendant des dĂ©cennies et imposĂ© un blocus sur la bande de Gaza, et qu’il impose Ă©galement un rĂ©gime d’apartheid au peuple palestinien. Il a soulignĂ© que l’avenir des Palestiniens dĂ©pend de la dĂ©cision du Cour internationale.
Dans son discours, il a insistĂ© sur le fait que la violence contre le peuple palestinien et la division de la nation n’ont pas commencĂ© après le 7 octobre, mais bien avant. « Dans la bande de Gaza, depuis au moins 2004, IsraĂ«l continue d’exercer un contrĂ´le sur l’espace aĂ©rien, les eaux territoriales, les centres de transport terrestre, l’eau, l’électricitĂ© et les infrastructures civiles », a dĂ©clarĂ© le ministre.
« La rĂ©ponse d’IsraĂ«l Ă l’attaque du 7 octobre 2023 a franchi cette ligne et aboutit Ă des violations de la convention », a-t-il dĂ©clarĂ© au tribunal.
Une équipe d’avocats sud-africains a présenté au tribunal des « preuves » selon lesquelles Israël a bombardé les couloirs de sécurité par lesquels les réfugiés étaient évacués, commis des massacres de Palestiniens et que des centaines de familles dans la bande de Gaza ont été complètement détruites à la suite des attaques israéliennes.
Dans une soumission de 84 pages à la Cour internationale de Justice, l’Afrique du Sud a présenté des preuves qui, selon elle, démontraient qu’Israël commettait un génocide en tuant des Palestiniens dans la bande de Gaza, en leur infligeant de graves dommages mentaux et physiques, en forçant des évacuations, en provoquant une famine généralisée et en créant des conditions « calculé pour provoquer leur destruction physique.
Adila Hassim, l’une des militantes des droits de l’homme reprĂ©sentant l’Afrique du Sud, a dĂ©clarĂ© que les Palestiniens de Gaza « étaient tuĂ©s s’ils ne parvenaient pas Ă Ă©vacuer, dans les endroits oĂą ils avaient fui, et mĂŞme lorsqu’ils tentaient de fuir par des itinĂ©raires sĂ»rs dĂ©clarĂ©s par IsraĂ«l ».
Le tribunal a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© Ă des citations de discours de dirigeants israĂ©liens, notamment du Premier ministre Netanyahu et du prĂ©sident Herzog, qui, selon les avocats sud-africains, traduisaient clairement une intention gĂ©nocidaire. Des vidĂ©os de soldats de Tsahal cĂ©lĂ©brant la destruction de zones rĂ©sidentielles entières Ă Gaza ont Ă©galement Ă©tĂ© diffusĂ©es, ainsi que des appels Ă la destruction des Palestiniens sous le slogan « personne est impliquĂ© ! », entendus sur la chaĂ®ne de tĂ©lĂ©vision 14.Â
Selon la Convention pour la prĂ©vention du gĂ©nocide, IsraĂ«l, comme toutes les parties Ă la Convention, a l’obligation de rĂ©primer et de punir les appels au gĂ©nocide. Les procureurs sud-africains ont soulignĂ© que les autoritĂ©s israĂ©liennes chargĂ©es de l’application des lois ne se sont pas conformĂ©es Ă cette exigence. La Quatorzième chaĂ®ne, Inon Magal, a mĂŞme dĂ©clarĂ© Ă l’antenne que le bureau du procureur « Ă©tait d’accord » avec la nĂ©cessitĂ© d’une extermination non discriminatoire des habitants de Gaza.
« Cela ne sert à rien d’affirmer qu’Israël prend toutes les mesures pour protéger les civils » alors qu’Israël déclare ouvertement ses intentions génocidaires, a déclaré le représentant sud-africain. Il a souligné que les atrocités du Hamas du 7 octobre ne peuvent justifier le génocide – selon la Convention, le génocide ne peut en aucun cas avoir de justification, ni en paix ni en guerre.
Les procureurs ont dĂ©clarĂ© que la catastrophe humanitaire Ă Gaza Ă©tait d’une ampleur sans prĂ©cĂ©dent au cours des dernières dĂ©cennies, que Gaza Ă©tait dĂ©jà « inhabitable » – et cela Ă©tait le rĂ©sultat d’une politique israĂ©lienne dĂ©libĂ©rĂ©e visant à « dĂ©truire Gaza et ses habitants ». Ils ont fait valoir que l’ordonnance de « mesures provisoires » exigeant une cessation immĂ©diate des hostilitĂ©s Ă©tait nĂ©cessaire pour empĂŞcher IsraĂ«l de terminer le gĂ©nocide avant que le tribunal n’examine le bien-fondĂ© des accusations et ne rende une dĂ©cision finale.Â
En rĂ©ponse Ă l’argument de la partie israĂ©lienne selon lequel le Hamas est le seul responsable des morts massives Ă Gaza, les avocats sud-africains ont rappelĂ© que le Hamas, contrairement Ă IsraĂ«l, n’est pas un État, un sujet de droit international et une partie Ă la Convention sur le gĂ©nocide. Du point de vue du droit international, Gaza, mĂŞme après le retrait des forces israĂ©liennes, reste un territoire occupĂ© sous contrĂ´le militaire israĂ©lien. C’est donc IsraĂ«l, et non le Hamas, qui est responsable de ce qui se passe sur ce territoire.
Les reprĂ©sentants de l’Afrique du Sud ont Ă©voquĂ© des prĂ©cĂ©dents lorsque la Cour internationale de Justice est intervenue dans des conflits armĂ©s et a rendu des ordonnances concernant des « mesures provisoires ». Une telle rĂ©solution a Ă©tĂ© adoptĂ©e en mars 2022 Ă la demande de l’Ukraine, qui accusait la Russie de violer la convention sur le gĂ©nocide. La Russie avait alors annoncĂ© qu’elle ne reconnaissait pas la compĂ©tence du tribunal de La Haye et refusait de participer aux audiences. Les ordonnances de mesures provisoires sont considĂ©rĂ©es comme exĂ©cutoires, mais peuvent, Ă la demande de l’une des parties, « ĂŞtre annulĂ©es ou modifiĂ©es Ă tout moment avant que la dĂ©cision finale dans l’affaire ne soit rendue ». Il n’existe aucun mĂ©canisme permettant d’appliquer les dĂ©cisions de justice juridiquement contraignantes ; les plaintes concernant la non-exĂ©cution des dĂ©cisions sont examinĂ©es par le Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU.
La Cour internationale de Justice est la plus haute juridiction des Nations Unies, basée à La Haye aux Pays-Bas. Ses décisions sont théoriquement juridiquement contraignantes pour les parties à la Cour internationale de Justice, parmi lesquelles figurent Israël et l’Afrique du Sud, mais ne sont pas exécutoires.







