Ce mardi matin, alors que la déclaration de Bezalel Smotrich affirmant que le 7 octobre n’était qu’un « échec tactique » — moins grave, selon lui, que la formation d’un gouvernement avec Mansour Abbas — se répandait sur les réseaux sociaux, les familles des victimes ont répondu. Non pas par des arguties politiques. Par des noms. Par des images. Par une douleur que les formules de tribune ne peuvent contenir.
« Viens lui expliquer qu’elle a brûlé vive à cause d’un échec tactique »
Eyal Eshel, père de Roni Eshel, jeune observatrice militaire assassinée au poste d’observation de Nahal Oz le 7 octobre 2023, a publié un message sur X qui a rapidement circulé à travers tout Israël. Il y invite Smotrich à le rejoindre au cimetière de Kfar Saba, où sa fille est enterrée. « Viens lui expliquer qu’elle a brûlé vive à cause d’un échec tactique », écrit-il. Il ajoute : « Le vrai échec, c’est que toi et tes collègues soyez encore ministres après le plus grand massacre de l’histoire de l’État d’Israël. C’est difficile d’élever une fille morte. Au moins, épargne-nous tes déclarations stupides qui nous achèvent. »
C’est une phrase qui se suffit à elle-même. Il n’y a pas de réponse rhétorique possible à cela.

La mère de Libi : « Ce n’est pas un échec tactique, c’est un abandon »
Sheli Mashal-Yogev, mère de Libi Cohen-Magouri, tuée lors de la fête de Supernova le 7 octobre, a elle aussi pris la parole — avec une précision qui fait mal. Elle a rappelé que des parents ont entendu, en direct, au téléphone, leurs enfants se faire tirer dessus. « Entendre en direct, dans un appel téléphonique, comment on tire sur ta fille — ce n’est pas un échec tactique, c’est un abandon. Et c’est pour ça que vous tous, responsables politiques et militaires, devez baisser la tête et rentrer chez vous. »
Elle a également rappelé un détail dont Smotrich lui-même avait été conscient le matin du massacre : il avait déclaré ce jour-là que « d’ici 48 heures, on nous demandera de démissionner à cause de l’échec, et ils auront raison. » La mère de Libi a exhumé cette phrase pour la confronter aux déclarations d’aujourd’hui.
Lishi Miran : « Il y avait du sang sur le canapé »
Lishi Miran-Lavi, épouse d’Omri Miran — otage libéré — a, elle, choisi un registre encore plus concret. Elle a rappelé à Smotrich sa visite dans leur maison détruite de Nir Oz, et le fait que la délégation ministérielle n’avait nulle part où s’asseoir ce jour-là — parce qu’il y avait du sang sur le canapé. « À mon avis personnel, il n’y a rien de pire que cette déclaration. Je connais encore quelques familles qui pensent comme moi. »
La « clarification » de Smotrich
Après le déluge de réactions, Smotrich a publié une mise au point. Il a affirmé que la question qui lui avait été posée portait exclusivement sur le plan politique — quel acte politique était le plus grave — et non sur une comparaison de la gravité humaine des événements. Il a conclu : « Le massacre perpétré par le Hamas est l’un des plus terribles que nous ayons connus depuis la Shoah, et rien ne lui est comparable. »
La clarification n’a pas apaisé les familles. Elle a été accueillie comme ce qu’elle est probablement : une tentative de contenir les dégâts d’une phrase lancée en plateau sans en mesurer pleinement la portée, dans une campagne électorale qui dépasse parfois les limites du dicible.
Ce que révèle cet épisode, au fond, ce n’est pas tant l’opinion de Smotrich sur la formation de coalitions que l’état d’une société israélienne dans laquelle les morts du 7 octobre restent présents, nommés, revendiqués — et que leurs familles refusent de voir instrumentaliser par quelque camp que ce soit.
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