La fin des otages ne marque pas la fin du combat contre le Hamas

La phrase circule depuis plusieurs heures dans l’espace public israélien, reprise, commentée, amplifiée : « Nous avons dit jusqu’au dernier otage et nous avons tenu. Maintenant, c’est jusqu’au dernier ravisseur. » Derrière cette formule, se dessine un durcissement assumé du discours politique et sécuritaire après la restitution du dernier otage depuis Gaza. Pour une large partie de la société israélienne, la fin du chapitre des otages ne signifie pas la fin de la guerre, mais l’ouverture d’une nouvelle phase, plus froide, plus longue, et centrée sur la responsabilité individuelle de chaque membre du Hamas impliqué dans les crimes du 7 octobre.

Ce changement de ton intervient dans un contexte émotionnel extrêmement chargé. Le retour des otages, vivants ou morts, a provoqué à la fois soulagement, douleur et colère. Soulagement d’avoir mis fin à une attente insoutenable, douleur face aux pertes irréversibles, colère face à l’ampleur des atrocités révélées au fil des mois. Dans ce climat, l’idée que « l’histoire est terminée » est largement rejetée. Pour beaucoup d’Israéliens, la justice n’a pas encore commencé.

Le message central est clair : la responsabilité du 7 octobre ne se limite pas à une poignée de dirigeants retranchés dans des tunnels ou à des porte-parole politiques. Elle englobe toute la chaîne opérationnelle du Hamas : les planificateurs, les exécutants, les combattants, ceux qui ont participé aux massacres comme de nombreux civils, aux enlèvements, aux combats contre Tsahal, mais aussi ceux qui ont détenu des otages, assuré leur garde ou facilité leur transfert. Cette approche marque une volonté de désindividualiser l’excuse et d’individualiser la culpabilité.

Dans le discours public, le Hamas n’est plus présenté uniquement comme une organisation abstraite, mais comme une somme d’acteurs concrets, identifiables, responsables de crimes précis. Cette évolution n’est pas anodine. Elle traduit un passage d’une logique de dissuasion collective à une logique de traque ciblée, inscrite dans le temps long, comparable à d’autres campagnes menées par Israël dans le passé contre des réseaux terroristes responsables d’attentats majeurs.

La référence répétée à certains chefs militaires du Hamas, dont Izz ad-Din al-Haddad, s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit pas seulement de figures symboliques, mais de responsables opérationnels considérés comme directement impliqués dans la conduite des combats et dans les crimes commis. Le message envoyé est que le rang, la fonction ou le lieu de dissimulation ne constituent plus une protection. Le temps, lui non plus, n’est plus perçu comme un allié pour ceux qui espéraient disparaître dans l’anonymat des ruines ou des réseaux clandestins.

Sur le plan stratégique, cette rhétorique s’aligne avec les objectifs déjà annoncés par le gouvernement israélien : le démantèlement militaire du Hamas et l’impossibilité pour l’organisation de se reconstituer comme force armée crédible à Gaza. Mais elle va plus loin, en affirmant que même après la fin des grandes opérations militaires, la responsabilité pénale et sécuritaire des individus restera active. Autrement dit, la fin des combats conventionnels ne marquera pas la fin de la poursuite des responsables.

Cette posture répond aussi à une fracture morale interne. De nombreuses familles de victimes et d’otages refusent que la page soit tournée au nom de la stabilité régionale ou de la fatigue internationale. Pour elles, renoncer à poursuivre ceux qui ont participé aux crimes reviendrait à normaliser l’horreur et à envoyer un signal dangereux aux ennemis futurs d’Israël. Le discours actuel reflète cette exigence : la sécurité ne se limite pas à empêcher la prochaine attaque, elle inclut la sanction de la précédente.

Il est important de souligner que ce durcissement verbal ne signifie pas nécessairement une escalade aveugle ou incontrôlée. Dans le cadre israélien, ce type de déclaration s’inscrit généralement dans une doctrine de responsabilité ciblée, fondée sur le renseignement, l’identification précise des acteurs et des opérations menées selon des calculs politiques et militaires stricts. L’objectif affiché est moins la vengeance que la prévention par la certitude de la conséquence.

Ce discours s’adresse aussi à l’extérieur. Il vise le Hamas, bien sûr, mais également ses soutiens, ses bailleurs, ses relais idéologiques. Le message est que la disparition médiatique du dossier des otages ne signifiera pas la disparition des responsabilités. La guerre du 7 octobre n’est pas considérée comme un épisode clos, mais comme un crime fondateur dont les auteurs devront répondre, tôt ou tard.

En affirmant que l’engagement passe désormais de « jusqu’au dernier otage » à « jusqu’au dernier responsable », Israël trace une ligne morale autant que sécuritaire. Cette ligne dit que la compassion pour les victimes ne s’oppose pas à la fermeté envers les coupables, et que la reconstruction nationale ne peut se faire sur l’oubli. Pour une société profondément marquée par le 7 octobre, cette position apparaît, pour beaucoup, comme la seule compatible avec la promesse faite aux morts, aux survivants et aux familles brisées : rien ne sera effacé, personne ne sera exonéré par le temps.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés

Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News

📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢