La Française, la politique et la crise de Nesrin : les créateurs de « Michel » se dévoilent

La chanson s’appelle « Michel ». Elle mĂ©lange hĂ©breu, français et anglais, elle est interprĂ©tĂ©e par Noam Bitan, et elle reprĂ©sente IsraĂ«l Ă  l’Eurovision 2026. La demi-finale a lieu ce mardi 12 mai, la grande finale le samedi 16 — et toute la MĂ©diterranĂ©e musicale retient son souffle. Mais derrière cette chanson, il y a deux personnes que les IsraĂ©liens connaissent surtout Ă  travers leurs Ĺ“uvres plutĂ´t que leurs visages : Tsliil Kleifi et Navi Aharoni, alias Navi — auteurs-compositeurs prolifiques qui ont signĂ© ensemble une quarantaine de titres en quatre ans de collaboration.

Une rencontre à un mariage, une carrière construite en commun

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Ils se sont croisĂ©s pour la première fois au mariage de la chanteuse Nesrin Qadri. Des amis communs les avaient dĂ©crits l’un Ă  l’autre comme « absolument semblables ». Lors de cette soirĂ©e, malgrĂ© le bruit, Navi a senti « le vibe » de Tsliil et l’a invitĂ©e Ă  son studio. Dès la deuxième session, ils ont créé « HolĂ© YarĂ©ah » (Malade de la lune), qu’ils ont offert au chanteur Itay Levi. Depuis, leur liste commune donne le vertige : « Bridesilla » de Noa Kirel, « Ben Adam » et « Papillons » d’Odia, « Shuarma ve Dema » d’Omer Adam, « Mademoiselle » de Lihi Toledano, « Larmes de bonheur » d’Agam Bouchbot… Environ quarante titres, selon leur estimation approximative — ils n’ont pas comptĂ© prĂ©cisĂ©ment.

L’origine de « Michel »

La chanson est nĂ©e d’une intuition de Tsliil. Elle voulait Ă©crire une chanson sur Marilyn Monroe — « Marilyn ta-ta-ta, Marilyn ta-ta-ta… » Elle a enregistrĂ© le fredonnement sur son tĂ©lĂ©phone, l’a réécoutĂ© le lendemain et s’est dit que c’Ă©tait « effroyable ». Elle a racontĂ© l’idĂ©e Ă  Navi et lui a demandĂ© de trouver un nom qui sonne sur la mĂ©lodie. Depuis le dĂ©but de la compĂ©tition « HaKokhav HaBa » (L’Étoile suivante), Noam Bitan avait brillĂ© dans des passages mi-hĂ©breux mi-français, et Tsliil a senti que ce mĂ©lange lui correspondait. Plusieurs prĂ©noms ont Ă©tĂ© essayĂ©s sur la mĂ©lodie. « Au moment oĂą j’ai dit « Michel », Navi m’a dit : « On le tient. » » De lĂ , la chanson s’est Ă©crite en quelques minutes. Les paroles et la mĂ©lodie : un quart d’heure. La production complète : trois heures.

Yobel Rafael, ancienne gagnante de « HaKokhav HaBa », a ensuite rejoint l’Ă©quipe pour apporter sa contribution en français — une langue qu’elle maĂ®trise — et est crĂ©ditĂ©e comme co-autrice des paroles avec Noam Bitan.

La question du français

Certains ont critiquĂ© le recours au français pour reprĂ©senter IsraĂ«l. Les deux auteurs balaient la question rapidement. « Le public a choisi Noam pour reprĂ©senter IsraĂ«l grâce aux chansons qu’il a interprĂ©tĂ©es en hĂ©breu et en français — c’est lĂ  qu’il brille le plus. Écrire pour lui une chanson uniquement en anglais aurait Ă©tĂ© trahir l’objectif. » Pour eux, la langue n’est pas un artifice : elle amplifie les capacitĂ©s du chanteur et sonne naturellement dans sa bouche.

Sur la question politique — comment une ballade romantique peut-elle reprĂ©senter un pays en guerre ? — Tsliil rĂ©pond avec sĂ©rĂ©nitĂ© : « Il y a une place pour tout. Quand un Ă©tat d’esprit collectif nous touche, qu’il vienne d’un Ă©vĂ©nement sĂ©curitaire ou de la mĂ©tĂ©o, nous recevons davantage de demandes pour des ballades et des choses qui apaisent. » Et Navi ajoute, sur le choix de rester Ă  l’Ă©cart du discours politique : « Je crois qu’on peut encore faire ressentir quelque chose aux gens grâce Ă  la musique sans parler de politique. »

Deux humains derrière la machine à tubes

L’article de Ynet est aussi le portrait de deux ĂŞtres dont la rĂ©ussite professionnelle ne s’est pas encore traduite par une aisance financière ordinaire. « On n’est pas millionnaires, on espère l’ĂŞtre un jour, mais bĂ©ni soit Dieu, on vit de ce qu’on aime. Il n’y a pas de grâce plus grande », dit Navi. « Le rĂŞve de l’appartement est encore loin. » Tsliil, elle, formule ses ambitions autrement : « Parfois je regrette de ne pas ĂŞtre nĂ©e il y a cinquante ans, parce qu’il y a en moi quelque chose qui aurait voulu faire une chanson Ă©ternelle, une chanson pour le pays, avec la force de « Shir LaShalom ». »

Navi, lui, a peut-ĂŞtre dĂ©jĂ  eu son moment. Il raconte qu’il a co-Ă©crit avec Osher Cohen la chanson « Tirkedi » (Danse), inspirĂ©e par Maya Shem, une otage israĂ©lienne. « Maya a entendu cette chanson en captivitĂ© et m’a dit combien elle l’avait renforcĂ©e. Ça vous dĂ©chire le cĹ“ur. Quand tu Ă©cris, tu ne penses pas oĂą ça va atterrir. »


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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