La Direction générale de l’armement (DGA) a officiellement annoncé l’achèvement de l’intégration de roquettes guidées par laser de type Aculeus, d’un calibre de 68 mm et fabriquées par Thales, sur le chasseur Rafale de Dassault Aviation. Objectif affiché : doter l’avion d’une capacité dédiée à la lutte contre les systèmes aériens sans pilote, ce que les militaires désignent sous l’acronyme C-UAS.
Cette nouvelle capacité porte un nom : LADAC, pour « Lutte antidrone sur avion de combat ». Son principe est simple sur le papier mais stratégique dans les faits : permettre l’interception de drones d’attaque bon marché sans avoir à mobiliser des missiles air-air coûteux comme le MICA de MBDA. Le site spécialisé The Defense Watch a rapporté que les essais de tir réel menés sur le site d’essais de Biscarrosse se sont achevés le 7 juillet 2026, au terme d’environ treize mois de développement.
Selon le média Janes, ce programme avait commencé à être dévoilé publiquement lors du salon aéronautique du Bourget en 2025, avec une architecture de lancement baptisée Induction Rocket Solutions, développée par Thales. La roquette elle-même pèse environ 8,8 kilogrammes, mesure près de 1,4 mètre de long, et dispose d’un profil de portée anti-drone compris entre 3,7 et 5 kilomètres, avec un guidage laser semi-actif. Le tir s’effectue depuis des pods de lancement du modèle Telson JF12, chacun pouvant embarquer douze roquettes. Cette intégration s’appuie sur le radar RBE2 à antenne active AESA du Rafale — adapté pour détecter des cibles de petite taille — ainsi que sur le pod de désignation Talios, utilisé pour la désignation et le suivi des objectifs.
Le poids économique d’une guerre asymétrique
Le site The War Zone a mis en avant le contexte opérationnel qui a poussé la France à développer cette solution. Lors des déploiements de Rafale pour la défense de l’espace aérien dans le Golfe, face aux menaces de drones iraniens survenues début 2026, des dizaines de missiles MICA ont dû être tirés — une arme dont le coût unitaire dépasse le million d’euros — contre des cibles de type Shahed, bien moins onéreuses à produire. Le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace française, le général Jérôme Bellanger, a lui-même pointé cet écart économique. De son côté, le chef de la DGA, Patrick Fayolle, a confirmé devant l’Assemblée nationale que la capacité serait opérationnelle dès l’été 2026. Toujours selon ce même rapport, un premier lot de pods, de roquettes et de pods Talios configurés en mode LADAC doit être livré aux forces d’ici la fin du mois de juillet.
Le magazine Aviation Week confirme que la période d’essais s’est achevée le 7 juillet, et que la DGA a annoncé le 13 juillet être prête à livrer roquettes, lanceurs et pods aux forces armées — ce qui laisse entrevoir une déclaration de capacité opérationnelle de base d’ici la fin du mois. Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large observée chez plusieurs puissances occidentales : les États-Unis ont intégré des roquettes APKWS II sur leurs F-15E, F-16 et A-10, tandis que le Royaume-Uni avance dans une direction similaire sur son Typhoon. La France s’aligne ainsi sur une approche de défense en couches, moins coûteuse, pour répondre à une menace de drones en pleine expansion.
Pour les Rafale destinés à l’export, y compris chez des opérateurs situés au Moyen-Orient, cette capacité pourrait à terme se transformer en un véritable pack de mise à niveau. Les limites de cette solution existent néanmoins : une portée relativement courte comparée à un missile dédié, et une dépendance à la désignation laser. La fusion des capteurs propre au Rafale devrait toutefois permettre de réduire une partie de ces contraintes. Pour la France, LADAC constitue, selon le rapport publié par Thedefensewatch, une réponse pragmatique à l’asymétrie économique du champ de bataille moderne — tout en préservant les missiles les plus sophistiqués pour les menaces les plus lourdes.
Pour prolonger la lecture sur les défis posés par la guerre des drones au Moyen-Orient, notre article sur Eilat frappée par un drone houthi : un ex-général de l’armée de l’air israélienne dénonce « un échec de la défense aérienne » revient sur les limites des systèmes de défense face aux essaims low-cost. Et sur la recherche de parades moins onéreuses face à ces menaces, notre article La réponse à la menace iranienne : le nouveau drone qui pourrait changer les règles du jeu explore une piste développée en Ukraine.






