La menace des drones hors de contrôle

La menace la plus significative qui pèse actuellement sur les forces de Tsahal au Liban n’est ni le missile antichar ni le sniper embusqué dans un village frontalier : c’est le drone explosif. Ce n’est plus un incident isolé, une anomalie sur le champ de bataille. C’est une réalité devenue ordinaire, et c’est précisément là que réside le danger le plus profond.

La mort du caporal Idan Fox, 19 ans, originaire de Petah Tikva, n’est que la dernière d’une série d’événements graves survenus dans le cadre des opérations en cours au sud du Liban. Le Hezbollah envoie ses engins volants encore et encore, agissant sur le terrain comme si celui-ci lui appartenait entièrement. Et peu après la tragédie qui a coûté la vie à Idan et blessé six autres soldats, lorsqu’un hélicoptère est arrivé pour évacuer les blessés, un drone explosif a manqué de peu de le toucher aussi. La semaine précédente, un incident dramatique — dont les détails restent encore largement censurés — a failli déboucher sur une catastrophe que l’on aurait évoquée pendant des années, et qui aurait pu replonger Israël dans une guerre ouverte contre l’organisation terroriste.

Depuis l’opération « Rugissement du lion », seize soldats sont tombés au Liban. Ce chiffre aurait pu être bien plus élevé si une réponse adéquate à la menace des drones n’avait pas encore été trouvée.

Une anomalie stratégique qui interpelle

Ce qui dépasse l’entendement, selon l’analyste militaire Yossi Yehoshua de Ynet, c’est l’indifférence. À l’exception des commandants de brigade en première ligne et des habitants des localités du nord qui subissent quotidiennement des tirs, la menace des drones ne semble pas préoccuper suffisamment les hauts gradés de l’armée ni les décideurs politiques. Pourtant, lorsque Tsahal prend l’initiative, lorsque l’armée et le Mossad concentrent leurs efforts, les résultats sont là : ils savent atteindre les cibles les plus protégées, y compris localiser Ali Khamenei dans ses abris souterrains. Alors comment expliquer que les commandants de drones du Hezbollah opèrent dans le sud du Liban presque sans être inquiétés ?

La réponse réside peut-être dans l’écart entre tactique et stratégie. Tsahal pousse le niveau politique à intensifier les opérations et à reprendre les frappes sur Beyrouth. Mais Donald Trump n’autorise pas encore ce type d’escalade, et le front iranien, qui reste intrinsèquement lié au Liban, complique toute liberté d’action israélienne dans ce secteur.

Un piège géopolitique aux conséquences locales concrètes

L’une des avancées notables de la campagne actuelle est qu’Israël a réussi à internationaliser le problème iranien. Sous couvert de la guerre, Téhéran est devenu un défi commun à Israël, aux États-Unis et aux pays du Golfe — une évolution dramatique, aux implications régionales et mondiales. Mais le Liban, lui, reste dans une zone grise. Il importe à l’Iran, qui veut préserver son bras armé qu’est le Hezbollah. Il n’importe guère à Trump, dont la priorité reste un cessez-le-feu, quitte à le signer avec un Hezbollah encore opérationnel. Et le sud du Liban — théâtre de ces combats quotidiens — lui importe encore moins. C’est de ce fossé que naît la situation actuelle.

Ceux qui ne sont pas rentrés dans leur quotidien, ce sont les habitants du nord d’Israël. Ceux pour qui la guerre continue jour après jour, ce sont les soldats de l’armée régulière et des réserves déployés sur le terrain. Cette réalité est inacceptable.

Le commandant de l’armée de l’air, Tomer Bar, peut afficher des résultats impressionnants sur des théâtres d’opérations lointains. Mais sur la scène proche, au-dessus des têtes de ses propres soldats, les lacunes persistent — et elles se paient en vies humaines. Sur le terrain, la situation s’est certes améliorée par rapport à ce qu’elle était avant l’opération « Flèches du Nord ». Mais en matière de liberté d’action aérienne, le bilan est moins flatteur. On peut espérer que cet état de fait soit temporaire, en attendant que Trump reprenne la pression sur l’Iran et qu’Israël puisse créer de nouvelles réalités au Liban.

Le péril de l’accoutumance

Sauf que l’on ne peut pas se permettre que cette fenêtre d’inaction dure trop longtemps. Le danger réel, celui qui s’installe silencieusement, c’est la dérive vers une routine dangereuse — l’indifférence qui s’installe, comme le glissement vers ce que l’on pourrait appeler le bourbier libanais. La distance entre l’ennui et l’enlisement est courte. Et quand on en arrive là, ce sont les soldats sur le terrain qui se retrouvent en danger permanent, pendant que la question aurait dû être tranchée au niveau politique et militaire supérieur.

Dans l’armée de 2026, le principe affiché est celui qui préempte : « Celui qui se lève pour te tuer, lève-toi pour le tuer. » Il y a une amélioration réelle dans la disposition à prendre l’initiative par rapport à ce qui prévalait avant le désastre du 7 octobre. Mais ce n’est pas le standard requis. L’avenir ne peut pas être laissé au hasard d’une chronologie imposée par d’autres. Les drones et engins explosifs du Hezbollah constituent à ce stade le premier test opérationnel — et pour l’heure, la réponse reste insuffisante.

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