La mère d’Eden, Orin, a remerciĂ© ce matin les forces de sĂ©curitĂ© de lui avoir rendu le corps de sa fille : « Je suis très fière que nous ayons une telle armĂ©e. Nos soldats, les saints et les purs, ont risquĂ© leur vie, ont Ă©tĂ© blessĂ©s et tuĂ©s parce qu’ils savaient qu’il y avait des corps et ont menĂ© une opĂ©ration pour rĂ©cupĂ©rer les corps. Gal, le fils de Gadi Eizenkot, a Ă©tĂ© tuĂ© dans cette opĂ©ration. OĂą dans le monde avons-nous vu une telle armĂ©e ? «Â
« Ils m’ont rendu la chose la plus prĂ©cieuse de ma vie. C’est vrai, ma fille est revenue sans vie, mais elle est revenue. Ce n’est pas Ă©vident de nos jours, quand certaines personnes reçoivent cette nouvelle et ne reçoivent pas le corps. J’ai pu voir ma fille, l’embrasser, la caresser et l’enterrer dans la tombe d’IsraĂ«l. Pour moi, c’est la fermeture de la boucle. Il est important que toutes les familles aient « le droit » de recevoir cela.
L’armée israélienne a-t-elle rassemblé les pièces manquantes du puzzle, notamment à quel moment elle a été assassinée ?
« Je n’ai toujours pas reçu toutes les rĂ©ponses. On ne sait toujours pas si elle a Ă©tĂ© emmenĂ©e Ă Gaza sans âme. Nous ne le savons pas avec certitude, il y a des hypothèses. Ma douleur est Ă©norme, vous ne pouvez mĂŞme pas dĂ©crire la douleur que je ressens. Je serais très encouragĂ©e de savoir qu’elle n’a pas Ă©tĂ© emmenĂ©e vivante Ă Gaza, qu’au moins si elle mettait fin Ă ses jours ainsi, de savoir qu’elle n’a pas souffert ne serait-ce qu’une seule seconde. Cela me rĂ©conforterait grandement de savoir cela. Je pense qu’ils me rĂ©pondront plus tard avec plus de rĂ©ponses. Ils vĂ©rifient tout le temps. »
Comment commencer Ă se remettre et Ă restaurer la vie ?
« Mon esprit ne s’arrĂŞte pas de fonctionner. S’il s’arrĂŞte de fonctionner, je commencerai Ă penser Ă Eden et je ne pourrai pas m’en sortir. Je ne me laisse pas sombrer, parce que ça fait tellement mal. Je pense constamment Ă ce que je peux faire. Ils me demandent : « Orin, d’oĂą vient la force ? Celle-lĂ ? Donne-nous un peu aussi.  » L’Europe qui ne fait que nous poignarder davantage quand nous saignons ? «Â
« Je vois sur les rĂ©seaux sociaux que nous supplions littĂ©ralement, nous mettons Ă genoux, pour obtenir de l’attention, du soutien, de la sympathie. Une personne qui s’aime n’a pas besoin d’une autre personne pour l’aimer. Elle est suffisamment forte mentalement pour ne pas dĂ©pendre sur l’amour de quelqu’un d’autre. Aimons-nous nous-mĂŞmes, et il existe des moyens de l’appliquer. MĂŞme maintenant, dans la pĂ©riode la plus difficile de ma vie, j’Ă©cris chaque jour de la gratitude pour ce que j’ai. J’ai un enfant. Hier, j’Ă©tais juste avec mon fils, nous nous sommes bien amusĂ©s ensemble. Nous avons dĂ®nĂ©, nous avons parlĂ© de ce qui s’est passĂ©, de la façon de digĂ©rer cette situation. »
« Nous devons ĂŞtre reconnaissants pour les nombreuses bonnes choses qui existent dans ce pays. Nous avons l’armĂ©e la plus Ă©tonnante au monde qui parvient Ă Ă©quilibrer la moralitĂ© et le combat, qui se bat pour son peuple. Il y a des armĂ©es qui n’y vont pas pour se battre, mais au massacre, au meurtre, au viol, au pillage. Le Shabbat, je me suis levĂ© et j’ai priĂ© pour les familles des personnes enlevĂ©es. Je ne les quitterai pas jusqu’au retour de la dernière des personnes enlevĂ©es. J’en ai parlĂ© Ă la famille d’Inbar Hayman, qui malheureusement n’a pas reçue encore le corps, et je me battrai jusqu’Ă son retour. Ils m’ont vraiment remerciĂ©. Je leur ai dit : Vous n’avez rien Ă remercier, ce n’est pas pour vous. Pour moi, je ressens le besoin de le faire. Quand je suis montĂ© faire un discours, il pleuvait Ă verse, je n’ai vu personne mais seulement des parapluies. Quand j’ai parlĂ© des soldats de Tsahal, je les ai entendus crier pour renforcer les soldats de Tsahal. N’est-ce pas une chose Ă©tonnante ? Il y a beaucoup de bonnes choses dans cette nation. «Â
Que ressentez-vous lorsque vous voyez la politique recommencer Ă revenir ?
« Nous ne devons pas nous attendre Ă ce que la politique nous renforce, elle ne nous renforcera jamais. Cela doit venir de nous. Je vais crĂ©er un centre pour Eden, qui s’appellera Kaya – du nom du chien de ma fille. Ses chiens sont ses enfants, c’Ă©tait sa dernière volontĂ©. La signification du nom Kaya est force, victoire, mer, ocĂ©an. Trois choses qui reprĂ©sentent vraiment Eden. Peut-ĂŞtre qu’une pension pour chiens fonctionnera Ă©galement dans ce centre, parce que c’Ă©tait son rĂŞve. J’aimerais pouvoir le faire en tant qu’organisation Ă but non lucratif, juste pour donner de la force Ă cette nation. Les gens pourront venir lĂ -bas et devenir plus forts, car il existe des outils pour le faire. Le corps est temporaire, malheureusement. L’esprit n’est pas temporaire. L’esprit d’Eden restera ici dans le pays et deviendra plus fort. Eden ne doit pas se perdre, nous devons utiliser son esprit pour faire de bonnes choses. En ce qui me concerne, elle me parle Ă ma manière ».
Au quotidien, vous travaillez à la municipalité de Rishon LeZion. Vous avez beaucoup envie de contribuer. Quelle est la prochaine étape pour vous ?
« J’ai reçu une forte gifle sur la joue. J’ai parlĂ© avec le maire, Raz Kinstlich, pour le moment je ne peux pas retourner au travail. Je souffre Ă©normĂ©ment, je suis en deuil. J’ai enterrĂ© Eden le 15 dĂ©cembre, exactement le jour de son anniversaire, 28 ans. Je fais actuellement des choses qui me renforcent, comme crĂ©er un centre de renforcement intĂ©rieur. Je suis lĂ pour les personnes qui ont besoin d’ĂŞtre soutenue et je m’adresse aux familles qui ont perdu des proches : je suis lĂ pour vous, pour vous fortifier. Je suis lĂ pour quiconque le veut.
Il y a des familles kidnappĂ©es qui disent qu’une partie du public les attaque, les insulte et les accuse. Que pensez vous de cela ?
« Je suis contre ce comportement. J’ai dĂ©cidĂ© que quiconque pourra venir aus Shiva ou aux funĂ©railles, mĂŞme si je ne suis pas d’accord avec lui politiquement ou avec son comportement avant le 7 octobre, je le respecterai. J’ai Ă©tĂ© approchĂ© de tous les bords du spectre politique, tant pour la shiva que pour les funĂ©railles. Bibi et Sara Netanyahu sont Ă©galement venus me rĂ©conforter, tout comme Benny Gantz. J’ai dĂ©cidĂ© que je les traiterais avec respect. Si quelqu’un me respecte et vient Ă moi, je les respecte en retour. Ce n’est pas que je n’ai pas quelque chose Ă leur dire, j’en ai, mais ce n’est ni le moment ni le lieu de rĂ©gler leurs comptes avec eux. Les familles parlent d’un endroit très douloureux. Quand je les vois , faire le calcul, est-ce que ça vaut le coup ou pas : quand ma fille Ă©tait lĂ -bas, je ne me souciais de rien, juste qu’ils la rĂ©cupèrent. Je me fiche du prix, du sursis ou pas de sursis. C’est pareil pour ces familles. Elles sont très blessĂ©es et en colère. C’est leur façon d’exprimer leur colère, on ne peut pas les juger et il faut leur pardonner. »






