La route d’Israël vers l’Eurovision 2026 commence à se compliquer

Dancers perform during a show at the start of the dress rehearsal for the first semi-final at the Eurovision Song Contest 2025 in Basel, on May 12, 2025. (Photo by SEBASTIEN BOZON / AFP) (Photo by SEBASTIEN BOZON/AFP via Getty Images)

Analyse de Dor Segal Alboquerk

Avant même que la chanson israélienne ne soit dévoilée, la course à l’Eurovision 2026 est déjà bien lancée — et elle s’annonce plus tendue que prévu. Orientation méditerranéenne assumée, concurrence sérieuse, emballement sur les réseaux sociaux et pression croissante sur Noam Betan et la délégation israélienne : une chose semble désormais claire, cette année, il n’y a plus de place pour les ballades.

Le titre qu’interprétera Noam Betan n’a pas encore été révélé, mais plusieurs indices importants ont déjà filtré. Le premier concerne les auteurs-compositeurs : Tzlil Klipi, Nadav Aharoni et même Yuval Raphael, la représentante israélienne de l’an dernier. Sur le papier, il s’agit d’une équipe créative de très haut niveau, ce qui laisse penser que la chanson sera particulièrement travaillée. La participation de Yuval Raphael apporte en outre une dimension symbolique forte : après avoir marqué l’Europe et décroché une remarquable deuxième place, elle revient dans la compétition, cette fois de l’autre côté de la scène, en tant que coautrice.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’histoire se répète à l’Eurovision. Avi Toledano, qui avait lui aussi offert à Israël une deuxième place avec « Hora », était revenu l’année suivante comme auteur du mythique « Hai », interprété par Ofra Haza — une autre deuxième place à la clé. Les superstitieux y verront peut-être un signe : pourquoi Noam Betan ne suivrait-il pas le même chemin, plus de 40 ans plus tard ?

Au-delà des signatures prestigieuses, quelques éléments sur la chanson elle-même ont déjà été confirmés. Elle sera interprétée en trois langues — hébreu, anglais et français — à l’image de New Day Will Rise de Keren Peles l’an dernier. Mais contrairement à ce titre à dominante émotionnelle et introspective, la chanson de 2026 s’orienterait vers un registre joyeux, rythmé et énergique.

Cette évolution correspond à une attente claire du public israélien. Après deux années marquées par des ballades puissantes, profondément liées aux périodes difficiles traversées par le pays, beaucoup estiment qu’il est temps de changer de ton. Les otages sont rentrés, la guerre appartient — du moins pour l’instant — au passé, et l’envie de célébrer, de danser et de respirer se fait sentir. Israël a d’ailleurs souvent brillé avec des morceaux pop entraînants : « Unicorn » de Noa Kirel, troisième en 2023, reste dans toutes les mémoires comme l’un des grands succès récents du pays.

Mais cette année, Israël ne sera pas seul sur ce terrain. Une autre candidate semble prête à conquérir l’Eurovision avec une pop méditerranéenne explosive, et elle vient d’un pays voisin et ami : Cyprus. La représentante chypriote, Antigoni, a dévoilé il y a quelques jours seulement sa chanson « JALLA » — et elle fait déjà beaucoup parler d’elle.

Antigoni n’est pas une inconnue. Elle a commencé à écrire très jeune, a étudié à la prestigieuse BRIT School de Londres (qui a vu passer des artistes comme Adele ou Amy Winehouse), et s’est fait connaître du grand public britannique lors de la saison 8 de Love Island en 2022. Son image, son charisme et sa sensualité sont des atouts indéniables dans une compétition où la mise en scène et la présence scénique comptent autant que la chanson. Récemment, elle a même rejoint la tournée internationale de Marina Satti, ancienne représentante grecque connue pour ses positions très critiques envers Israël.

« JALLA » — qui signifie « encore » — veut incarner l’abondance et l’énergie chypriotes. Musicalement, c’est une pop assumée, teintée d’influences grecques et méditerranéennes, exactement le style que le public attend traditionnellement de Chypre. L’inspiration d’Eleni Foureira, qui avait offert à son pays une deuxième place historique, est évidente. D’ailleurs, Antigoni a récemment assuré la première partie d’un concert de Foureira à Londres — un passage de témoin symbolique ?

Le morceau est déjà très relayé sur TikTok et Instagram, et les premières réactions sont enthousiastes. Bien qu’on n’ait pas encore vu de prestation live complète, beaucoup estiment qu’avec une bonne performance vocale, Antigoni pourrait viser un classement élevé. Les bookmakers l’ont déjà fait grimper à la 18ᵉ place — un rang modeste en apparence, mais rappelons qu’Eleni Foureira était elle aussi partie de très loin avant d’exploser lors des répétitions.

Dans ce contexte, la tâche de la délégation israélienne se complique. Si la chanson de Noam Betan adopte elle aussi une pop rythmée aux accents orientaux, la comparaison avec Chypre sera inévitable. Et à l’Eurovision d’aujourd’hui, les réseaux sociaux jouent un rôle décisif. TikTok et Instagram peuvent propulser un titre vers les sommets… ou le faire disparaître dans l’indifférence.

Le message est donc clair : Israël doit penser au-delà de la scène. Il faudra construire une stratégie digitale intelligente, transformer la chanson en contenu viral, créer des reels, des challenges, des moments authentiques capables de séduire le public international bien avant les demi-finales. L’Eurovision 2026 semble encore lointaine, mais dans la réalité médiatique actuelle, le travail commence maintenant.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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