L’Admour de Karlin sur Bnei Brak : « Quel permis avons-nous de causer de la souffrance à la multitude ? »

L’Admour de Karlin sur Bnei Brak : « Quel permis avons-nous de causer de la souffrance à la multitude ? » – ces mots prononcés à l’occasion du début du mois d’Adar ont provoqué une onde de choc au sein du public orthodoxe israélien. Dans une allocution particulièrement ferme, le dirigeant hassidique a dénoncé les violences survenues à Bnei Brak, les blocages de routes et, plus encore, les images de profanation d’objets sacrés qui ont marqué les émeutes.

La ville de Bnei Brak, cœur historique du monde ultra-orthodoxe en Israël, s’est retrouvée au centre d’un tumulte qui dépasse le simple cadre d’une manifestation. Les scènes de rues bloquées, d’affrontements et d’incendies ont suscité des réactions indignées dans tout le pays. Mais la prise de position de l’Admour de Karlin revêt une dimension particulière : elle vient de l’intérieur même du secteur concerné.

Dans son discours, il n’a pas minimisé la difficulté du contexte social et politique. Il a reconnu que de nombreux membres du public orthodoxe traversent une période complexe, marquée par des tensions internes, des inquiétudes face aux évolutions législatives et des interrogations sur l’avenir. Toutefois, il a tracé une ligne rouge claire : aucune détresse ne saurait justifier une transgression de la loi religieuse ou une atteinte au bien commun.

« Nous avons une Torah, nous avons une halakha avant tout », a-t-il martelé, insistant sur l’interdiction explicite de nuire, d’endommager ou d’incendier. Pour lui, l’histoire juive, pourtant jalonnée de crises et de persécutions, n’a jamais autorisé un abandon des principes fondamentaux. Il a qualifié les débordements d’« effondrement moral » et averti que leur banalisation constitue un danger bien plus grave que le conflit à l’origine des protestations.

Le point le plus sensible de son intervention concerne les blocages de routes. L’Admour de Karlin a évoqué les conséquences humaines potentielles, notamment en cas d’urgence médicale. « Quel permis avons-nous de bloquer des routes et d’empêcher des gens d’atteindre leur destination ? » a-t-il interrogé avec gravité. Dans une société israélienne déjà sous pression sécuritaire constante, entraver la circulation peut signifier retarder une ambulance ou compromettre une intervention vitale.

Au-delà de l’aspect pratique, il a mis en avant le coût symbolique. Les images diffusées dans les médias nationaux et internationaux nourrissent une perception négative du secteur ultra-orthodoxe, renforçant les fractures internes de la société israélienne. Selon lui, ces actions ne renforcent en rien la cause qu’elles prétendent défendre ; elles fragilisent au contraire la position du public concerné.

L’épisode le plus choquant demeure l’incendie d’objets sacrés. Des témoignages et des images ont montré des phylactères et des livres de prière endommagés par les flammes. Pour l’Admour, il s’agit d’un seuil moral franchi. Il a exprimé son incompréhension et sa douleur face à un tel acte, soulignant que si un événement similaire avait eu lieu ailleurs, l’ensemble du monde juif aurait réagi avec indignation.

Cette dimension religieuse donne au débat une profondeur particulière. Dans la tradition juive, les objets rituels ne sont pas de simples accessoires ; ils incarnent un lien sacré. Leur destruction intentionnelle constitue non seulement une infraction juridique mais aussi une blessure spirituelle. La dénonciation publique de l’Admour vise à rappeler que la colère, même nourrie par des frustrations légitimes, ne peut se transformer en profanation.

La déclaration intervient dans un climat plus large de tension interne en Israël. Les rapports entre l’État et certaines franges du monde ultra-orthodoxe sont régulièrement marqués par des désaccords sur la conscription, l’éducation ou l’allocation des ressources publiques. Les manifestations récentes s’inscrivent dans ce contexte de crispation. Toutefois, la ligne adoptée par l’Admour de Karlin semble vouloir rompre avec une logique d’escalade.

Il appelle explicitement à un examen de conscience collectif. Le mois d’Adar, traditionnellement associé à la joie et au renouveau spirituel, devient dans son discours un moment de réflexion. L’idée centrale n’est pas la capitulation politique, mais la rectification morale. Il invite à « arrêter la dérive » et à réorienter l’action vers des moyens conformes à l’éthique religieuse.

Cette prise de position pourrait influencer le débat interne au sein du secteur orthodoxe. Les leaders spirituels jouent un rôle déterminant dans l’orientation des comportements communautaires. Une condamnation claire des violences peut contribuer à isoler les éléments les plus radicaux et à redonner une légitimité aux formes de protestation non violentes.

Dans une société israélienne confrontée simultanément à des défis sécuritaires, économiques et sociaux, chaque fracture interne résonne au-delà de son cercle d’origine. Bnei Brak n’est pas seulement une ville ; elle symbolise une composante majeure de l’identité nationale. Les événements récents et la réaction de l’Admour illustrent l’importance du leadership religieux dans la stabilisation des tensions.

L’enjeu dépasse les images d’émeutes. Il touche à la question fondamentale de la responsabilité collective. Peut-on défendre des intérêts communautaires en causant un préjudice à d’autres citoyens ? Peut-on revendiquer la fidélité à la tradition tout en transgressant ses principes ? Les questions posées par l’Admour de Karlin résonnent bien au-delà des rues de Bnei Brak.

Alors que l’opinion publique israélienne observe avec attention l’évolution de la situation, l’appel à la retenue et à la réflexion pourrait marquer un tournant. Dans un contexte régional instable où l’unité nationale constitue un atout stratégique, chaque initiative de modération interne revêt une dimension de sécurité nationale.

Reste à savoir si cette voix sera entendue et traduite en actes. Les prochains jours permettront d’évaluer si la condamnation ferme des violences et de la profanation sacrée contribuera à apaiser les tensions ou si les divisions continueront de s’approfondir.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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