Le choc dans le secteur ultra-orthodoxe — et le combat des rabbins contre l’espionnage au profit de l’Iran

Le rabbin Yigal Cohen, membre du Conseil de la Rabbinat central et figure suivie par un large public sur les rĂ©seaux sociaux, a publiĂ© rĂ©cemment un message inhabituel Ă  l’attention de ses abonnĂ©s : ne cĂ©dez pas aux sollicitations d’agents iraniens. Dans une vidĂ©o largement diffusĂ©e, il a racontĂ© que des responsables de la sĂ©curitĂ© israĂ©lienne l’avaient personnellement contactĂ© pour lui demander de mettre en garde le public.

Selon ses explications, les Iraniens Ă©tablissent le contact avec des IsraĂ©liens par internet et leur proposent de l’argent en Ă©change de photographies de sites sensibles, de l’achat d’armes et de leur dissimulation dans des lieux dĂ©terminĂ©s Ă  l’avance — certaines sollicitations allant mĂŞme jusqu’Ă  demander l’exĂ©cution d’un assassinat. Le rabbin Cohen a implorĂ© ses fidèles, rappelant qu’il n’existe pas de profanation plus grave que de voir un juif pratiquant trahir son peuple. Il a averti qu’une telle collaboration mènerait Ă  l’emprisonnement et dĂ©truirait la vie des personnes impliquĂ©es ainsi que celle de leurs familles.

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Une campagne organisée jusque dans les yeshivot

Selon un article du New York Times, le recrutement du rabbin Cohen et d’autres rabbins fait partie d’une vaste campagne israĂ©lienne destinĂ©e Ă  contrer les tentatives d’espionnage iraniennes. Ces derniers mois, des actes d’accusation ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s dans plus de soixante dossiers visant des soldats et des civils, juifs comme arabes, religieux comme laĂŻcs. L’un des suspects les plus rĂ©cents est un citoyen amĂ©ricain ayant Ă©tudiĂ© dans une yeshiva ultra-orthodoxe de JĂ©rusalem, arrĂŞtĂ© le 9 juin. Selon l’acte d’accusation, il Ă©tait en contact avec un agent du renseignement iranien et photographiait des sites sensibles contre rĂ©munĂ©ration.

La mĂ©thode iranienne suit gĂ©nĂ©ralement un schĂ©ma identique : elle commence par une offre d’argent facile en Ă©change d’une tâche simple, comme photographier la rue ou le quartier oĂą rĂ©side la personme recrutĂ©e. Les exigences deviennent ensuite plus lourdes et portent sur la collecte d’informations concernant des infrastructures essentielles, des systèmes de sĂ©curitĂ©, des bases militaires et des dispositifs de dĂ©fense aĂ©rienne.

Les services de sĂ©curitĂ© se sont aussi tournĂ©s vers des figures connues du public ultra-orthodoxe. L’homme de mĂ©dias IsraĂ«l Cohen a mis en garde contre ces sollicitations dans son Ă©mission de radio et a mis en relation des responsables sĂ©curitaires avec des rabbins et des influenceurs haredi. Selon lui, le public ultra-orthodoxe a d’abord Ă©tĂ© « sous le choc » en apprenant que des Haredim avaient coopĂ©rĂ© avec l’Iran, avant de comprendre la nĂ©cessitĂ© d’alerter contre ce phĂ©nomène et de l’endiguer. DĂ©but juillet, un avertissement spĂ©cial a mĂŞme Ă©tĂ© publiĂ© en yiddish.

Les responsables sĂ©curitaires expliquent que les mĂ©thodes iraniennes ne sont pas particulièrement sophistiquĂ©es : TĂ©hĂ©ran envoie des milliers de messages en espĂ©rant que, parmi un grand nombre de sollicitations, une ou deux personnes finiront par accepter de coopĂ©rer. Shalom Ben-Hanan, ancien haut responsable du Shin Bet, a racontĂ© que son Ă©pouse reçoit presque quotidiennement des messages prĂ©tendant Ă©maner du renseignement iranien et proposant une compensation financière Ă©levĂ©e. Pour l’Iran, recruter ne serait-ce qu’une seule personne parmi des milliers de contacts constitue dĂ©jĂ  une rĂ©ussite.

L’une des affaires les plus marquantes concerne Meir Nachum, Ă©tudiant haredi de 24 ans en informatique, originaire de Beitar Illit. Selon l’acte d’accusation, il a créé, avec l’aide de son frère aĂ®nĂ© et de l’intelligence artificielle, un personnage fictif d’officier de l’unitĂ© 8200, sous l’identitĂ© duquel il a gĂ©rĂ© un contact avec un agent iranien. Lorsque l’agent lui a demandĂ© si IsraĂ«l Ă©tait impliquĂ© dans le crash d’hĂ©licoptère ayant coĂ»tĂ© la vie Ă  l’ancien prĂ©sident iranien Ebrahim RaĂŻssi, Nachum a rĂ©pondu par l’affirmative. Selon la police, il a utilisĂ© ChatGPT pour falsifier un document militaire portant l’emblème de l’unitĂ© 8200 et prĂ©sentant de faux dĂ©tails supplĂ©mentaires.

Les deux frères ont ensuite transmis Ă  l’agent l’identitĂ© d’un citoyen iranien pris au hasard, prĂ©tendant faussement qu’il avait aidĂ© IsraĂ«l dans une frappe ayant tuĂ© des hauts responsables iraniens. D’après les Ă©changes, ce citoyen a Ă©tĂ© interrogĂ© en Iran avant d’ĂŞtre relâchĂ©, les soupçons contre lui ayant Ă©tĂ© Ă©cartĂ©s. Les frères ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s en janvier et inculpĂ©s en mars. La police affirme qu’ils ont reçu ensemble environ 100 000 shekels en cryptomonnaies et que leur seul mobile Ă©tait l’argent. Leur avocat, Ariel Atari, soutient qu’ils ne nient pas le contact avec l’agent iranien mais affirment avoir en rĂ©alitĂ© soutirĂ© de l’argent aux Iraniens en Ă©change de fausses informations, sans mettre en danger la sĂ©curitĂ© d’IsraĂ«l — une version que les autoritĂ©s rejettent, la procĂ©dure judiciaire suivant son cours.

D’autres dossiers rĂ©cents illustrent l’ampleur du phĂ©nomène. DĂ©but du mois, le parquet a dĂ©posĂ© devant le tribunal de district de Tel-Aviv un acte d’accusation contre Bahrouz Shahriev Dodubayev, 33 ans, rĂ©sident illĂ©gal originaire du Tadjikistan, poursuivi pour espionnage au profit de l’Iran après avoir transmis des informations Ă  des Ă©lĂ©ments hostiles via Telegram contre paiement. Selon l’acte d’accusation, dĂ©posĂ© par l’avocate Aviv Bar Or du parquet du district de Tel-Aviv, Dodubayev a Ă©tĂ© activĂ© entre fĂ©vrier et juin par des agents du renseignement iranien opĂ©rant sous les pseudonymes « Anna », « Uri » et « Polina ». Il a systĂ©matiquement rassemblĂ© des renseignements sur des infrastructures stratĂ©giques et militaires israĂ©liennes, transmis ensuite aux agents Ă©trangers contre paiement en cryptomonnaies.

Quelques jours plus tĂ´t, le parquet avait dĂ©posĂ© devant le tribunal de district de JĂ©rusalem un acte d’accusation contre Eli Lawen, 21 ans, de JĂ©rusalem, pour avoir entretenu un contact avec des Ă©lĂ©ments agissant pour le compte du renseignement iranien, exĂ©cutĂ© diverses missions pour eux et reçu en Ă©change des paiements en cryptomonnaies. Le parquet a parallèlement demandĂ© son maintien en dĂ©tention jusqu’Ă  la fin de la procĂ©dure. Selon l’acte d’accusation, dĂ©posĂ© par l’avocate Ronit Shentzer Yaacobi du parquet du district de JĂ©rusalem, Lawen a Ă©tabli, fin 2025 et dĂ©but 2026, un contact avec des individus se prĂ©sentant sous les noms de « Sina » et « Alexander », agissant pour le compte du renseignement iranien, et a poursuivi cette collaboration bien qu’il aurait dĂ» savoir qu’il s’agissait d’agents Ă©trangers.

Sur ce mĂŞme sujet, notre rĂ©daction avait dĂ©jĂ  couvert l’affaire du couple de Raanana soupçonnĂ© d’espionnage pour le compte de l’Iran, ainsi que les rĂ©vĂ©lations sur le rĂ©seau d’espionnage israĂ©lien actif en plein cĹ“ur de l’Iran.