Le cinéma allemand honore le « plus détesté » des chasseurs nazis : Fritz Bauer

Avec deux nouveaux films, le cinĂ©ma allemand a fait honneur au plus fĂ©roce des chasseurs de nazis du pays, l’ancien procureur Fritz Bauer,  un homme qui a luttĂ© contre l’amnĂ©sie post-guerre sur la Shoah.

Un juif athĂ©e et social-dĂ©mocrate qui a passĂ© du temps dans un camp de la mort nazi avant d’aller en exil en temps de guerre, Bauer est devenu « l’avocat le plus dĂ©testĂ© en Allemagne », après la Seconde Guerre mondiale, selon un de ses biographes, Ronen Steinke Ă  l’AFP.

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L’honorer sur le grand Ă©cran avec les histoires de ses deux plus grandes batailles le place « enfin de retour oĂą il appartient: dans la conscience collective», a dĂ©clarĂ© le quotidien munichois SĂĽddeutsche Zeitung.

« Labyrinth of Lies » par Giulio Ricciarelli est une prĂ©sentation prĂ©sĂ©lectionnĂ©e de l’Allemagne pour son meilleur long mĂ©trage en langue Ă©trangère aux Oscars de fĂ©vrier – dĂ©crit dans l’une des principales rĂ©alisations de Bauer, qui a traduit en justice 22 anciens responsables d’Auschwitz dans les annĂ©es 1960.

L’histoire se concentre sur un jeune, le procureur de fiction idĂ©aliste qui travaille sous Bauer et lutte contre une conspiration du silence et de la rĂ©sistance dans un Ă©tablissement judiciaire encore rempli avec des ex-nazis.

« Chaque Allemand s’est demandĂ© si leur père Ă©tait un assassin? » Le jeune procureur demanda avec colère dans le film. « Oui, voilĂ  exactement ce que je veux », rĂ©pond-il fermement. « Je veux que ces mensonges et ce silence prennent fin. »

Avant le procès de 1963 à 1965 à Francfort, « une proportion importante des Allemands croient que les images des camps (la mort) ont été la propagande des alliées»,a  écrit le procureur Erardo Cristoforo Rautenberg dans les nouvelles hebdomadaire Die Zeit.

Bauer « voulait briser le silence sur les crimes nazis » à un moment où la société ouest-allemande au cours de ses années de miracle économique »a préféré tourner la page» sur les horreurs de la Shoah, a déclaré Steinke.

Mais Bauer fut la cible de la haine, par courrier, par des appels tĂ©lĂ©phoniques antisĂ©mites et une menace Ă  la bombe. Le procureur en chef de l’Etat central Hesse Ă  Francfort, a Ă©galement Ă©tĂ© l’objet d’un «complot nĂ©o-nazi et d’assassinat », a dit son biographe.

«Dans la salle d’audience de Francfort, les chiens ont dĂ» rechercher des explosifs chaque matin», a dĂ©clarĂ© Steinke.

Un deuxième film, « The People vs. Fritz Bauer » de Lars Kraume a Ă©tĂ© diffusĂ© Ă  Locarno International Film Festival  Suisse, et raconte l’histoire de la façon dont Bauer a aidĂ© Ă  traquer le fugitif nazi Adolf Eichmann, connu comme « l’architecte de l’Holocauste » en Argentine.

Le film dĂ©peint Bauer âgĂ©s dans la cinquantaine – une silhouette trapue avec une barbe blanche, de manière bourrue et yeux perçants derrière d’Ă©paisses lunettes – Ă©voquant Ă©galement son homosexualitĂ© , qui est une rumeur, Ă  une Ă©poque oĂą l’homosexualitĂ© Ă©tait encore punie de prison.

« Dès que je sors de mon bureau, je rentre en territoire ennemi, » a dit Bauer apres qu’il est fait face Ă  une obstruction massive par les avocats qui avaient servi au cours du « Troisième Reich », selon l’historien Werner Renz.

En 1957, dans un acte dĂ©libĂ©rĂ© de « haute trahison » qui aurait pu l’envoyer en prison, Bauer a transmis au Mossad des informations qui a conduit Ă  l’enlèvement spectaculaire d’Eichmann.

Eichmann a été enlevé par des agents israéliens à Buenos Aires en 1960, reconnu coupable en 1961 et pendu en Israël un an plus tard.

Pour Bauer, c’Ă©tait seulement une victoire partielle: Eichmann n’a pas fait face Ă  la justice en Allemagne. Berlin n’a jamais demandĂ© l’extradition de ce nazie, dont le tĂ©moignage aurait impliquĂ© ses anciens collaborateurs nazis dans les endroits Ă©levĂ©s.

L’influence de Bauer – qui Ă©tait en 1933 internĂ© dans un camp de concentration, puis partit en exil au Danemark et en Suède pendant la guerre – a continuĂ© de croĂ®tre après sa mort, Ă  l’intĂ©rieur des tribunaux et au-delĂ .

Sa notion que les camps d’extermination nazis Ă©taient des «entreprises collectives de la mort », oĂą chaque « rouage de la machine » faisait partie commune de la culpabilitĂ©, n’a pas triomphĂ© au procès de Francfort.

Mais le principe a finalement Ă©tĂ© confirmĂ© par les tribunaux allemands dans les essais historiques d’anciens gardes du camp nazis près de 50 ans plus tard au procès de John Demjanjuk 2011, et dans le procès d’Oskar Groening de cette annĂ©e.

Bauer – un professeur passionnĂ© qui a passĂ© « sa confiance et son espoir » sur une jeune gĂ©nĂ©ration, selon Renz –  retrouvĂ© mort dans sa baignoire en Juillet de 1968, dans des circonstances non encore Ă©lucidĂ©es.

Ă€ l’Ă©poque, « la jeune gĂ©nĂ©ration se prĂ©parait Ă  demander la dĂ©mocratisation de la sociĂ©tĂ© et une rupture avec la tradition autoritaire de l’Allemagne, » un dĂ©veloppement Ă  laquelle le procureur dĂ©funt « avait contribuĂ© comme personne d’autre », a dĂ©clarĂ© Rautenberg.

Quelques mois plus tard, en Novembre 1968 une jeune militante appelĂ©e Beate Klarsfeld a choquĂ© le chancelier de l’Allemagne Kurt Georg Kiesinger au parlement et l’a appelĂ© un nazi, un acte qui est venu  symboliser la «maison-nettoyage» par la gĂ©nĂ©ration d’après-guerre de l’Allemagne contre leur  parents.