Arrêté à l’aéroport Ben Gourion alors qu’il s’apprêtait à quitter Israël sous une nouvelle identité, Alexander Block (anciennement Alexander Gurevich) affirme aujourd’hui que son extradition vers les États-Unis serait juridiquement illégale. L’homme de 48 ans, détenteur des nationalités israélienne, russe et allemande, est recherché par les autorités américaines pour une vaste escroquerie numérique liée au monde des cryptomonnaies. Au cœur du dossier : un vol de 2,89 millions de dollars commis, selon l’accusation, en exploitant une faille du système informatique de la société californienne Nomad. La Cour suprême israélienne devra trancher dans les prochaines semaines.
Les faits remontent à environ neuf mois. Alexander Block se rend à l’aéroport Ben Gourion afin de remplacer son ancien passeport par un nouveau document officiel, après avoir changé légalement son nom de Gurevich à Block. Son objectif, selon les enquêteurs, était clair : embarquer pour la Russie et disparaître avant que les autorités ne puissent mettre la main sur lui. Mais au moment du contrôle aux frontières, son nom apparaît dans les bases de données de la police israélienne comme faisant l’objet d’un mandat. Il est immédiatement interpellé.
« Il était visiblement surpris », confie une source policière. « Il pensait que le changement de nom suffirait à effacer sa trace. »
Selon les autorités américaines, Alexander Block fait partie des hackers qui ont exploité une vulnérabilité critique dans le protocole de la société de cryptomonnaies Nomad, basée en Californie. Grâce à une manipulation technique sophistiquée, il aurait siphonné l’équivalent de 2,89 millions de dollars en actifs numériques. Il n’aurait toutefois pas été le seul : au total, l’entreprise aurait subi un préjudice estimé à 186 millions de dollars, causé par plusieurs hackers et experts en cryptomonnaies ayant profité de la même faille.
L’enquête américaine révèle également un épisode particulièrement troublant. Après avoir détourné les fonds, Block aurait contacté des représentants de l’entreprise Nomad et leur aurait proposé son aide pour corriger la faille informatique… en échange de 500 000 dollars en liquide, condition préalable à la restitution des cryptomonnaies volées. Un responsable de la société aurait tenté de négocier, proposant environ 250 000 dollars, mais aucun accord n’a été conclu et les fonds n’ont jamais été restitués.
Aux États-Unis, les chefs d’accusation sont lourds. En cas de condamnation, Alexander Block risque jusqu’à 20 ans de prison. Les documents transmis par les autorités américaines à la justice israélienne indiquent, selon le parquet, qu’il existe suffisamment d’éléments pour justifier son extradition. À noter que Block a fait son aliyah il y a environ trois ans et demi seulement. Sa mère, son épouse et son fils vivent en Russie. Il a passé l’essentiel de sa vie entre la Russie et plusieurs pays africains, tandis que son père réside en Israël. Il affirme par ailleurs posséder un navire en Afrique et employer de nombreux salariés, un argument présenté pour démontrer son enracinement économique hors des États-Unis.
Un point central du dossier concerne toutefois son statut juridique au moment des faits. Selon le parquet israélien, Alexander Block n’était pas citoyen israélien lorsqu’il a commis les actes reprochés. Si cette position est confirmée, cela signifie que s’il est extradé et condamné aux États-Unis, il ne pourra pas purger sa peine dans une prison israélienne. Le tribunal de district de Jérusalem a déjà statué qu’il était extradable vers les États-Unis, décision contre laquelle Block a fait appel.
Par l’intermédiaire de son avocat, Me Sharon Nahari, spécialiste du droit international, Block conteste vigoureusement cette conclusion. Sa ligne de défense repose sur un argument juridique précis : il ne s’agirait pas d’un piratage informatique, mais de l’exploitation d’une erreur de programmation laissée ouverte par la société elle-même.
« Il n’y a eu ni intrusion illégale ni contournement de systèmes de sécurité », soutient Me Nahari. « Il s’agissait d’une défaillance logique du code, qui permettait à de nombreux utilisateurs d’effectuer ces opérations. »
Selon la défense, le cœur du débat porte sur le principe fondamental de la double incrimination, pilier du droit de l’extradition. Ce principe exige que l’acte reproché constitue une infraction pénale à la fois dans l’État requérant et dans l’État requis. « Le simple fait qu’un comportement soit réprimé par le droit américain ne suffit pas », affirme l’avocat. « Il faut qu’il constitue également une infraction pénale selon le droit israélien. Or, en l’absence de piratage ou d’accès non autorisé, l’application de la loi israélienne sur les infractions informatiques est loin d’être évidente. »
Le parquet israélien rejette catégoriquement cette interprétation. Selon l’accusation, les actes commis par Block constituent des infractions pénales tant au regard du droit américain que du droit israélien, et la tentative de les présenter comme une simple “utilisation créative” d’un système défaillant ne saurait exonérer leur auteur de responsabilité pénale.
La Cour suprême israélienne devra désormais se prononcer sur cette question complexe, à la frontière du droit pénal classique et du cyberdroit moderne. Sa décision pourrait avoir des implications majeures pour la manière dont Israël traite, à l’avenir, les affaires de cybercriminalité internationale et les demandes d’extradition liées aux cryptomonnaies.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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