LE FANTASME DES FORMES RONDES DU BALLON – Par Rony Akrich

 

« Après la victoire des Bleus contre la Belgique (1-0), hier soir, Ă  Saint PĂ©tersbourg, la France entière a fĂŞtĂ© la qualification de l’Ă©quipe de France en finale du Mondial. Aux quatre coins de la France, la folie s’est emparĂ©e des masses durant une grande partie de la nuit. Ajoutons que si la Belgique ou tout autre pays avait gagnĂ©, nous aurions Ă©galement assistĂ© Ă  une mĂŞme liesse populaire. Étonnamment beaucoup de Franco-IsraĂ©liens firent preuve d’un patriotisme souvent dĂ©placĂ© pour la France de leur enfance! »

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Le sport est une manifestation de masse, un domaine pleinement associé au vécu social. En tant que pratique populaire, le sport ne pouvait être laissé pour compte par un pouvoir économique et politique sensible à une telle masse. Les débauches liées aux jeux révèlent tous les déviationnismes de la société de consommation.
L’interprĂ©tation contemporaine vide peu Ă  peu le sport de son essence : celle d’ĂŞtre un exercice divertissant, dont le but serait d’encourager les qualitĂ©es spĂ©cifiques du  sport (esprit d’équipe, respect,…). Il devient au contraire, et trop souvent, une caricature de lui mĂŞme oĂą seule la rentabilitĂ© des investissements importe Ă  tout prix.
Toutes les valeurs post-modernes se rangent autour d’une valeur cardinale, celle de la valeur marchande.
Un thérapeute qui contribue au bien-être de ses semblables, est de ce fait moins «vénéré», ce qui, en clair, veut dire «rétribué», qu’une vedette de sport ou du show business. L’Art et le Jeu dans ce qu’ils ont de plus dominant, dans leurs propensions à troubler le cœur, et illuminer la destinée humaine, appartiennent à un monde à part, un univers autre que celui de la vie, un monde de spectacle.
De tout temps, la politique s’est mĂ©nagĂ© des amitiĂ©s très personnelles avec le sport, le recrutement des publicitaires sur la piste du cirque des jeux satisfait pleinement la discipline d’Ă©conomie de marchĂ© capitaliste. Ces mariages d’intĂ©rĂŞt encouragent le drainage de l’argent au profit tant des associations sportives, que des publicistes et des mĂ©dias.
Le sport est entièrement contrôlé par le capitalisme financier et subordonné à son impitoyable tyrannie.
La libĂ©ralisation de ce monde a exacerbĂ© les dĂ©lestages en sanctifiant le pouvoir de la seule cohĂ©rence budgĂ©taire. L’exercice divertissant du sport, consacrĂ© au bien ĂŞtre physique et moral mais aussi tenseur de l’ordre intègre, a dĂ©finitivement capitulĂ© et abandonnĂ© son espace au sport-spectacle-business, accessoire des finances et du pouvoir des classes dominantes.
Les témoins aujourd’hui restent pantois devant des comportements si éloignés des sages valeurs annoncées. À chaque réunion sportive, des entraîneurs fustigent leurs formations, des supporters rugissent et, sur tous les terrains du monde, des violences sont perpétrées en toute impunité ou presque. Ces masses sont une population à risques dont le montant dans les factures publiques gagnerait à être chiffré et connu.
Les opĂ©rations de sensibilisation et une fermetĂ© renforcĂ©e ne peuvent rien corriger Ă  l’agressivitĂ© naturelle du sport. La fĂ©rocitĂ© est banalisĂ©e, la violence des stades alimente la bestialitĂ©, le fanatisme, le nationalisme des tribunes. Le sport convie la foule, rĂ©unit les masses, les amoncelle pour honorer le culte martial du ballon rond ou ovale et il ne faut guère plus d’une erreur dans le show pour que l’escouade mugisse et que des supporters surexcitĂ©s deviennent une horde assassine. Erich Fromm Ă©crit : «La compĂ©tition sportive inflige des blessures au narcissisme l’une des sources les plus importantes de l’agressivitĂ© dĂ©fensive».
Dans la chimère gĂ©nĂ©rale, le sport profite d’un crĂ©dit sans faille, auprès du public, qui le protège de tout soupçon, et ne s’interroge d’ailleurs que très peu sur son sens sociopolitique. Souvenons-nous que pour se garantir de tous conflits sociaux, les Romains avaient su voir tous les avantages qu’ils pouvaient retirer des jeux du cirque en tant qu’exutoire. Procurez- leur «du pain et des jeux» et chacun n’en sera que plus satisfait, aujourd’hui la mondialisation et les medias ont rafraĂ®chi ce credo. Les dĂ©mocraties bourgeoises comme les gouvernements despotiques Ă©lèvent le sport en idĂ©al car intĂ©ressĂ©s Ă  dĂ©tourner  la plèbe d’attentions et de rĂ©flexions controversĂ©es.
Le sport est couramment dĂ©signĂ© comme un Ă©lĂ©ment d’intĂ©gration et d’assimilation, le principe mĂŞme de l’éducation. En vĂ©ritĂ©, il livre une conception dĂ©finie du monde et supporte une somme non nĂ©gligeable de donnĂ©es politiques latentes.
Il se rĂ©clame de concepts similaires Ă  la sociĂ©tĂ© libĂ©rale et utilise le mĂŞme glossaire: concurrence, profit, exploit. Il aspire au contrĂ´le de son corps afin de vaincre l’autre voire l’annihiler totalement.
Le sport s’est transformĂ©, d’une manière encodĂ©e et ritualisĂ©e, en agent du darwinisme social devenant ainsi le modèle d’une sociĂ©tĂ© hypostasiĂ©e oĂą le meilleur l’emporterait.

Le chien est satisfait quand sa niche est bonne et que son écuelle est bien garnie chaque jour. Il reste paisible car s’il se révoltait, il flairerait la chaîne qu’il a tolérée avec le joug : le blâme de la société, les injonctions de l’opinion, la contrainte des finances, les malédictions de la religion, la rigidité de la loi, le pouvoir de la police, etc. Autant demeurer imperturbable.

Le vide spirituel environnant est absorbant, comme la dĂ©glutition du lavabo dont parle Sartre pour signaler la complicitĂ©. Absorbant, dĂ©solant et dĂ©moralisant. D’autant plus qu’économiquement, il est dans l’intĂ©rĂŞt du marchĂ© qu’il se poursuive, car il y gagne Ă©normĂ©ment. Quand on est perdu, on croit Ă  tout ce qui pourra nous soulager, on accorde un crĂ©dit illimitĂ© Ă  n’importe quelle illusion, n’importe quel artifice publicitaire. Moins l’existence a de raison d’ĂŞtre, plus elle consomme.
Dans un univers oĂą la foi et la confiance en un idĂ©al ont Ă©tĂ© corrompues, ne soyons pas surpris que l’agressivitĂ© soit en perpĂ©tuel renouveau, car elle n’est en vĂ©ritĂ© que l’expression d’une insatisfaction dans laquelle l’existence se sent prisonnière. Nous nous trouvons dans un espace oĂą la colère et la rage endiguĂ©es n’espèrent qu’une rĂ©demption de l’homme par l’homme.
Nulle fureur doctrinale ou combattante mais un cri de douleur et d’épuisement.
Dans son for intĂ©rieur ce que l’existence recherche c’est d’être prĂ©cisĂ©ment tangible au travers de ses nombreuses capacitĂ©s si singulières. Elle aspire Ă  un total Ă©panouissement de ses propres facultĂ©s, une Ĺ“uvre responsable d’elle-mĂŞme. C’est justement la fonction des valeurs spirituelles que d’affranchir la nature de soi par soi mĂŞme. C’est seulement dans ces valeurs lĂ  qu’un rapport responsable, entre le soi et la vie, se bâtit.
Les naïfs remarquent un beau jour, après avoir encensé le sport, que le rêve sportif ne coïncide point avec la réalité: dopage, falsification, brutalité.
Il est vrai, pour quelle raison le sport serait-il diffĂ©rent des tares que la sociĂ©tĂ© vĂ©hicule et l’athlète l’archĂ©type de l’Ă©thique?
L’exercice sportif est une facette des relations collectives et financières qui ne bĂ©nĂ©ficient plus d’aucune diffĂ©rence.
Nulle zone franche dans la sociĂ©tĂ© libĂ©rale et le sport n’y Ă©chappe guère. Ce serait absurde de dĂ©noncer le seul sportif pas plus qu’il ne faudrait le dĂ©fendre. La culpabilitĂ© se repartit entre les publicistes qui drainent d’abondants bĂ©nĂ©fices grâce Ă  leur soutien, les patrons de clubs qui lorgnent ailleurs en souhaitant que tous agissent ainsi, les journalistes qui s’enivrent bĂ©atement face Ă  la performance et des spectateurs qui dĂ©sirent encore et toujours plus, oublier leur quotidien.

4 Commentaires

  1. Article un peu long.
    Ce n’est pas faux, le sport et la politique ont souvent été liés, les meilleurs athlètes faisaient connaître leur pays d’origine, et les politiciens de nombreux pays faisaient le déplacement pour effectuer entre eux des tractations à de nombreux niveau. Les Romains faisaient les jeux du cirque pour calmer les foules en colère.
    donc rien de nouveau depuis 3500 ans

  2. IntĂ©ressant dĂ©veloppement, mais fo pas ĂŞtre jaloux qu’IsraĂ«l n’ait pas passer les qualifications.
    On ne se pose pas trop de question lorsqu’on voit que mĂŞme l’Ă©quipe palestinienne de foot est meilleure que celle d’IsraĂ«l lol

  3. Article un peu long.
    Ce n’est pas faux, le sport et la politique ont souvent été liés, les meilleurs athlètes faisaient connaître leur pays d’origine, et les politiciens de nombreux pays faisaient le déplacement pour effectuer entre eux des tractations à de nombreux niveau. Les Romains faisaient les jeux du cirque pour calmer les foules en colère.

  4. Article un peu long.
    Ce n’est pas faux, le sport et la politique ont souvent été liés, les meilleurs athlètes faisaient connaître leur pays d’origine, et les politiciens de nombreux pays faisaient le déplacement pour effectuer entre eux des tractations à de nombreux niveau. Les Romains faisaient les jeux du cirque pour calmer les foules en colère.
    IntĂ©ressant dĂ©veloppement, mais fo pas ĂŞtre jaloux qu’IsraĂ«l n’ait pas passer les qualifications.
    On ne se pose pas trop de question lorsqu’on voit que mĂŞme l’Ă©quipe palestinienne de foot est meilleure que celle d’IsraĂ«l lol