Le livre que lit Netanyahou sur le chemin du Nord : quand “l’âme du combat” éclaire la guerre actuelle

Sur le chemin du retour de Kiryat Shmona, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a été aperçu en train de lire un ouvrage qui n’a rien d’anodin dans le contexte actuel. Le livre en question, The Soul of Battle (L’Âme du combat), est un essai historique signé par l’historien et intellectuel américain Victor Davis Hanson.

Ce choix de lecture, relevé dans un post largement partagé sur les réseaux sociaux, interpelle par sa charge symbolique. The Soul of Battle ne traite pas de tactiques militaires modernes ni de technologies de pointe. Il s’intéresse à un facteur souvent jugé secondaire mais que Hanson place au cœur de la victoire : la dimension morale et spirituelle de la guerre.

La thèse centrale du livre est claire. Selon Hanson, la conviction morale, la certitude de combattre pour une cause juste, et la volonté assumée de vaincre un régime perçu comme injuste ou tyrannique, sont des éléments au moins aussi déterminants que la stratégie ou la supériorité numérique. Pour lui, la guerre n’est jamais un simple affrontement mécanique de forces, mais un choc de valeurs, de visions du monde et de détermination collective.

Hanson développe l’idée que les armées démocratiques, composées de citoyens-soldats attachés à des idéaux de liberté, peuvent l’emporter sur des forces plus nombreuses issues de régimes autoritaires. Cette supériorité ne viendrait pas d’un avantage matériel, mais de ce qu’il appelle la « soul of battle » : la certitude intérieure, presque existentielle, que la défaite n’est pas une option morale.

Pour étayer cette thèse, l’auteur s’appuie sur l’étude approfondie de trois figures militaires historiques, issues d’époques et de contextes très différents, mais unies par un même fil conducteur : une pensée militaire non conventionnelle et une compréhension aiguë de la psychologie du combat.

Le premier est Épaminondas de Thèbes, stratège de la Grèce antique, qui mena une armée essentiellement composée de citoyens-agriculteurs contre la puissance spartiate. Hanson souligne comment Épaminondas a brisé un ordre militaire considéré comme immuable, en combinant innovation tactique et conviction idéologique, renversant ainsi l’équilibre du monde grec.

Le second exemple est William Tecumseh Sherman, général de l’Union durant la guerre de Sécession américaine. Hanson analyse sa célèbre marche à travers le Sud non seulement comme une opération militaire, mais comme une guerre psychologique et morale, visant à briser la capacité de résistance de la Confédération pour mettre fin à l’esclavage. La destruction des infrastructures n’était pas un objectif gratuit, mais un moyen de saper la volonté de poursuivre une guerre jugée injuste.

Le troisième personnage étudié est George S. Patton, commandant de la Troisième Armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Hanson insiste sur la rapidité, l’audace et l’agressivité assumée de Patton, qu’il relie à une vision très claire de l’ennemi nazi comme incarnation d’un mal qu’il fallait écraser sans ambiguïté.

À travers ces figures, Hanson défend une idée forte : la retenue morale excessive, le doute constant sur la légitimité de son propre combat, peuvent devenir des faiblesses stratégiques. À l’inverse, une clarté morale assumée peut produire une efficacité militaire décisive.

Le livre a suscité des critiques contrastées, mais majoritairement positives, notamment parmi les amateurs d’histoire militaire. Les commentateurs ont salué la qualité de l’écriture, la profondeur de la recherche et l’éclairage original apporté à des figures parfois mal comprises, en particulier Épaminondas. Certains critiques ont toutefois pointé une vision jugée trop normative de la guerre, ou une idéalisation du concept de violence « justifiée ».

Dans le contexte israélien actuel, la lecture de The Soul of Battle par le Premier ministre ne peut qu’être interprétée comme un signal intellectuel et symbolique. Le livre ne propose pas de recettes opérationnelles, mais une grille de lecture : celle d’un combat perçu non seulement comme défensif, mais comme moralement nécessaire.

Sans extrapoler au-delà des faits, il est clair que cet ouvrage met en lumière une question centrale qui traverse aujourd’hui le débat israélien : comment préserver la force morale d’une société démocratique engagée dans une guerre longue, complexe et existentielle. Hanson n’apporte pas de réponses simples, mais rappelle que, dans l’histoire, la victoire a souvent appartenu à ceux qui savaient pourquoi ils combattaient — et qui n’en doutaient pas.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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