Dans les localitĂ©s du nord d’IsraĂ«l, lĂ oĂą le fracas de l’artillerie est devenu le mĂ©tronome d’un quotidien Ă©prouvant, une prise de conscience brutale s’opère. Le fossĂ© abyssal entre les dĂ©clarations tonitruantes des Ă©chelons politiques et militaires et la rĂ©alitĂ© sanglante du terrain n’a jamais Ă©tĂ© aussi flagrant. Les habitants du Nord mĂ©ritent que la vĂ©ritĂ© leur soit dite, sans fard ni artifice : personne ne peut garantir une dĂ©militarisation totale du Liban. Les promesses de dĂ©mantèlement dĂ©finitif de l’arsenal terroriste s’avèrent ĂŞtre un château de cartes diplomatique. Le Hezbollah, malgrĂ© les coups sĂ©vères qu’il a encaissĂ©s, conserve des capacitĂ©s lĂ©tales impressionnantes, incluant des milliers de roquettes et de drones.
Le mot-clĂ© de cette analyse stratĂ©gique est la vĂ©ritĂ©. La vĂ©ritĂ©, c’est que le dĂ©sarmement complet du Sud-Liban n’a jamais Ă©tĂ© dĂ©fini comme un objectif opĂ©rationnel atteignable de la campagne actuelle. Suite Ă des rĂ©vĂ©lations Ă©manant d’un haut responsable militaire, l’Ă©tat-major a tentĂ© de nuancer ses messages en expliquant qu’il s’agissait d’un « objectif Ă long terme » qui serait atteint par des moyens politiques plutĂ´t que strictement militaires. L’armĂ©e admet aujourd’hui, Ă demi-mot, que sans une fouille systĂ©matique, maison par maison, dans chaque ville et village du Liban — une mission que Tsahal n’a ni l’intention ni la capacitĂ© opĂ©rationnelle de mener — un dĂ©sarmement rĂ©el relève de l’illusion pure.
Si les sommets de l’appareil sĂ©curitaire se fĂ©licitent des premiers contacts diplomatiques en vue d’un accord, les voix internes sont nettement moins optimistes. Des sources bien informĂ©es soulignent que mĂŞme si le gouvernement libanais manifestait une volontĂ© sincère de dĂ©sarmer la milice chiite, sa capacitĂ© pratique Ă imposer une telle mesure est plus que douteuse. La preuve irrĂ©futable rĂ©side dans la pĂ©riode Ă©coulĂ©e entre le cessez-le-feu de novembre 2024 et l’adhĂ©sion renouvelĂ©e de l’organisation Ă l’opĂ©ration « Shaagat Haari ». La conclusion est sans appel : le Hezbollah utilise chaque trĂŞve, chaque respiration diplomatique, pour reconstituer ses stocks et revenir sur le devant de la scène avec une vigueur renouvelĂ©e.
La rĂ©alitĂ© tactique sur le terrain montre que la nouvelle « zone de sĂ©curité » tenue par Tsahal au Sud-Liban n’est pas seulement une monnaie d’Ă©change temporaire, mais un secteur oĂą l’appareil sĂ©curitaire se prĂ©pare Ă une prĂ©sence prolongĂ©e. L’affrontement est appelĂ© Ă se poursuivre avec une intensitĂ© variable, les forces israĂ©liennes devant faire face Ă des tactiques de guĂ©rilla et Ă des tirs de roquettes provenant de zones situĂ©es au-delĂ de leur contrĂ´le immĂ©diat. Les milliers de projectiles et de drones kamikazes encore aux mains du Hezbollah constituent une menace tangible et immĂ©diate, rappelant Ă quiconque que l’organisation est loin d’ĂŞtre neutralisĂ©e.
La critique envers le pouvoir politique est particulièrement acerbe concernant la gestion des attentes du public. Les promesses rĂ©pĂ©tĂ©es sur le dĂ©mantèlement du Hezbollah sont dĂ©sormais perçues comme de la poudre aux yeux jetĂ©e aux rĂ©sidents qui doivent continuer Ă vivre sous une menace constante. En vĂ©ritĂ©, le Sud-Liban demeure un espace saturĂ© de moyens de combat. L’infrastructure terroriste que l’organisation a bâtie pendant des dĂ©cennies ne s’Ă©vapore pas par la simple signature d’un accord diplomatique, aussi sophistiquĂ© soit-il. IsraĂ«l se retrouve une fois de plus piĂ©gĂ© dans le paradigme d’une zone tampon oĂą les soldats deviennent les cibles et l’arrière-pays l’otage des capacitĂ©s balistiques chiites.
D’un point de vue stratĂ©gique, Tsahal comprend que les succès militaires tactiques — aussi impressionnants soient-ils, Ă l’image de la reddition de certains commandos de la force Radwan — ne se traduisent pas automatiquement par un calme Ă long terme. La prĂ©sence prolongĂ©e au Liban exige des ressources colossales et entraĂ®ne une Ă©rosion constante des forces de rĂ©serve. La grande question qui reste en suspens est de savoir comment IsraĂ«l compte s’extraire du bourbier libanais sans permettre au Hezbollah de remplir Ă nouveau ses hangars et de se repositionner le long de la frontière.
En fin de compte, la vĂ©ritĂ© que le public israĂ©lien doit digĂ©rer est que la victoire absolue au Liban n’est pas Ă l’horizon. La guerre contre le Hezbollah est un conflit d’usure, oĂą les capacitĂ©s de l’ennemi sont prĂ©servĂ©es mĂŞme sous une pression extrĂŞme. Le dĂ©sarmement reste un rĂŞve lointain, et la rĂ©alitĂ© au Nord continuera d’ĂŞtre façonnĂ©e par les Ă©changes de tirs, une prĂ©sence militaire active au Liban et une menace de missiles incessante.
Pour mieux comprendre l’ampleur des capacitĂ©s militaires et les enjeux de la dĂ©fense du Nord, nous vous recommandons ces lectures :
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Shaagat Haari : les secrets de la nouvelle zone de sécurité au Sud-Liban
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Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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