Le milliardaire israélien chargé de superviser la reconstruction de Gaza, et les dirigeants anti-israéliens conviés par Trump

La nouvelle architecture politique imaginée par Washington pour l’« après-Gaza » continue de provoquer des ondes de choc diplomatiques. Parmi les annonces faites dans la nuit de vendredi à samedi par le président américain Donald Trump, figure la nomination d’un milliardaire israélien, l’homme d’affaires Yakir Gabay, comme membre de la “Gaza Executive Board”, l’organe chargé de superviser concrètement la reconstruction et la gouvernance de la bande de Gaza.

Cette désignation intervient parallèlement à l’invitation adressée par Trump à des dizaines de dirigeants internationaux, parmi lesquels figurent également des responsables notoirement hostiles à Israël, dont le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman Al Thani.


Yakir Gabay, un profil international assumé

Âgé de 59 ans, Yakir Gabay est né à Jérusalem dans une famille profondément ancrée dans l’appareil d’État israélien. Son père, Meir Gabay, a notamment occupé les fonctions de directeur général du ministère de la Justice et de commissaire à la fonction publique, tandis que sa mère, Yemima, a exercé des responsabilités élevées au sein du parquet et du ministère de la Justice.

Après une carrière de haut niveau dans la finance, notamment comme directeur général de la banque d’investissement de Bank Leumi dans les années 1990, Gabay s’est tourné vers l’immobilier international à partir de 2004, d’abord à Berlin, avant d’étendre ses activités en Europe. Sa fortune personnelle est aujourd’hui estimée à 4,1 milliards de dollars. Il réside principalement à Chypre et au Royaume-Uni.

Selon ses proches, le lien entre Gabay et la Maison-Blanche ne date pas du retour de Trump au pouvoir. Dès novembre 2023, soit un mois après le massacre du 7 octobre, il avait présenté — avec d’autres hommes d’affaires américains, européens et arabes — une vision pour « le jour d’après » à Gaza. Ce projet a progressivement gagné en traction dans les cercles décisionnels de Washington.


Une nomination personnelle, pas israélienne

Point central souligné tant par Gabay que par l’administration américaine : il ne représente pas l’État d’Israël. Sa nomination est personnelle et professionnelle, effectuée directement par la Maison-Blanche. Il ne siège ni comme émissaire israélien ni comme représentant officiel de Jérusalem.

Après l’annonce de sa désignation, Gabay a publiquement remercié Trump, ainsi que Steve Witkoff et Jared Kushner, déclarant vouloir « mettre en œuvre la vision de paix du président des États-Unis pour le développement, la prospérité et une économie libre à Gaza », tout en insistant sur un point clé : le désarmement total du Hamas est une condition préalable non négociable.

Il a également affirmé poursuivre ses efforts pour la restitution en Israël du corps du combattant des gardes-frontières Ran Guily, toujours retenu à Gaza.


Une architecture à plusieurs niveaux voulue par Trump

Trump a en réalité annoncé la création de plusieurs structures distinctes.
La première, le “Board of Peace”, est appelée à traiter de dossiers de paix globaux, au-delà du seul cas de Gaza, avec une forte prédominance américaine.
La seconde, la Gaza Executive Board, se concentre sur la mise en œuvre opérationnelle sur le terrain, incluant des personnalités du Moyen-Orient, mais nommées à titre individuel et non étatique.

Dans les prochains jours, Trump devrait annoncer la création d’un troisième organe, composé cette fois de chefs d’État et de gouvernement.


Turquie et Qatar, malgré l’opposition israélienne

La présence de figures issues de la Turquie et du Qatar demeure l’un des points les plus sensibles. Trump a choisi d’inclure dans les différentes instances le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, un haut responsable qatari, ainsi que des personnalités issues de l’Égypte, des Émirats arabes unis et d’autres pays arabes.
Malgré les réserves israéliennes explicites, Washington a poursuivi cette ligne, estimant indispensable d’impliquer ces acteurs dans tout dispositif régional crédible.

Dans les lettres d’invitation envoyées aux dirigeants mondiaux, la Maison-Blanche évoque la nécessité de « restaurer une gouvernance fiable » et de bâtir « une paix durable dans les zones de conflit », assumant la volonté de créer un mécanisme plus efficace que les institutions internationales existantes, implicitement comparées à un ONU jugée inefficace.


Désarmement du Hamas : la ligne rouge commune

Selon des sources proches du dossier, un consensus inédit s’est formé : aucune reconstruction de Gaza ne pourra avoir lieu sans le désarmement du Hamas.
Les accords conclus entre Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prévoient que, si le Hamas refuse de se désarmer volontairement, Israël et la future force internationale de stabilisation seraient autorisés à le faire par la force.

Convaincue que le Hamas ne rendra pas ses armes — estimées à des dizaines de milliers de fusils d’assaut — Israël se prépare d’ores et déjà à une reprise des opérations militaires, en coordination étroite avec Washington, après une dernière fenêtre donnée à une solution volontaire.


Une transition sous haute tension

La phase initiale de reconstruction devrait débuter à Rafah, avec l’ouverture prochaine du point de passage frontalier. Les États-Unis ont fait savoir qu’ils n’entendent pas bloquer ce processus même si la restitution du dernier otage décédé n’intervient pas immédiatement, estimant que le Hamas ferait « des efforts réels » pour le localiser.

Israël, de son côté, s’est engagée à dégager les décombres dans les zones concernées — une opération présentée comme un intérêt sécuritaire direct, afin d’éliminer tunnels, mines et munitions non explosées susceptibles d’être réutilisées par le Hamas.


Un pari diplomatique à haut risque

La nomination de Yakir Gabay symbolise la tentative américaine de confier la reconstruction de Gaza à des acteurs économiques globaux, tout en impliquant des puissances régionales controversées. Entre pragmatisme stratégique, opposition israélienne persistante et exigence absolue de désarmement du Hamas, le projet de Trump s’annonce comme l’un des paris diplomatiques les plus risqués de son mandat.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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