Le pape Léon XIV dépose une gerbe sur la tombe d’Atatürk : un geste qui choque les communautés chrétiennes d’Orient

Le pape Léon XIV, élu en mai 2025, a déposé une gerbe sur la tombe de Mustafa Kemal Atatürk lors de sa visite officielle en Turquie. Ce geste, largement relayé par l’agence de presse turque Anadolu, a été salué par le gouvernement d’Ankara mais a provoqué une onde de stupeur parmi de nombreuses communautés chrétiennes du Moyen-Orient, qui rappellent que le régime kémaliste est associé historiquement à la destruction des dernières communautés arméniennes, grecques et assyriennes au XXᵉ siècle.
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Le Vatican a confirmé l’hommage dans un bref communiqué, évoquant un « geste diplomatique de respect envers la République turque ». Le quotidien Hürriyet rapporte que le président turc a personnellement accueilli le souverain pontife au mausolée d’Anıtkabir, où le pape Léon XIV a signé le livre d’or avant de prononcer quelques mots sur « la paix et la coexistence ».
Source : https://www.hurriyetdailynews.com/

Mais la visite du pape à la tombe d’Atatürk n’a pas tardé à susciter la controverse. Plusieurs organisations arméniennes, assyriennes et grecques ont dénoncé un geste « profondément blessant ». Le quotidien arménien Armenpress cite des responsables religieux qui rappellent que la période kémaliste a vu la disparition ou l’expulsion de nombreuses communautés chrétiennes d’Anatolie, après les génocides du début du XXᵉ siècle.
Source : https://armenpress.am/

Le pape Léon XIV, auparavant cardinal Robert Prevost, connaît bien la région après des années de service pastoral en Amérique latine. Toutefois, ses choix diplomatiques sont scrutés avec attention depuis son élection. Selon le National Catholic Register, plusieurs analystes estiment que sa visite vise à maintenir un canal politique avec Ankara dans un contexte de tension internationale croissante, notamment en Méditerranée orientale.
Source : https://www.ncregister.com/

Pour les communautés chrétiennes du Proche-Orient, ce geste réveille des blessures encore ouvertes. Les associations assyriennes rappellent que les survivants du génocide de 1915-1923, comme ceux des villages de Tur Abdin, ont vu leur héritage effacé par les autorités turques au fil des décennies. Les organisations grecques pontiques soulignent également la violence des campagnes d’expulsion des années 1920 et 1950. Beaucoup espéraient un message fort du Vatican en faveur de la reconnaissance des souffrances historiques — mais ce geste apparaît pour certains comme une caution symbolique donnée à un régime encore accusé de nier les crimes du passé.

En Israël, la visite papale est observée avec prudence. Les analystes rappellent que toute légitimation politique d’Ankara renforce indirectement la position de la Turquie dans ses alliances régionales, notamment avec le Hamas, dont la direction opère en partie depuis Istanbul. L’opinion israélienne, attentive aux questions de mémoire et de justice historique, reste sensible à la manière dont les grandes puissances traitent les génocides des peuples chrétiens d’Orient.

L’hommage rendu à Atatürk n’est pas anodin : il révèle les priorités diplomatiques du nouveau pape, qui cherche manifestement à maintenir des équilibres délicats entre dialogue et mémoire historique. Mais en ravivant le souvenir des tragédies du début du XXᵉ siècle, ce geste pourrait compliquer ses relations avec plusieurs Églises orientales déjà fragilisées par l’exil, la guerre et la persécution.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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