« Le peuple est souverain » ? Le chef d’état-major Eyal Zamir s’est perdu — et s’est endormi en faction

Il y a des questions que l’on pose rarement en temps de guerre — parce que l’urgence opérationnelle écrase tout le reste. Mais Avi Ashkenazi, dans une tribune publiée ce mercredi matin dans Maariv, les pose avec une franchise qui tranche : le général Eyal Zamir, chef d’état-major de Tsahal, a-t-il oublié qu’il est un fonctionnaire au service de l’État — et non un acteur politique autonome ?

Le titre de la tribune est sans équivoque : « Le peuple est souverain ? Le chef d’état-major Eyal Zamir s’est perdu — et s’est endormi en faction. » Le chapeau est tout aussi direct : Zamir « a oublié qu’il est un fonctionnaire et a perdu son épine dorsale face au niveau politique. C’est ainsi qu’il perd l’armée. Personne ne s’arrête pour monter la garde. »

La tension structurelle entre l’armée et le politique

Ce débat n’est pas nouveau en Israël. La relation entre le chef d’état-major et le gouvernement a toujours été l’une des zones de friction les plus sensibles du système institutionnel israélien — précisément parce que les frontières entre expertise militaire et décision politique sont, par nature, poreuses en temps de guerre.

Zamir a été conseiller militaire de Netanyahu de 2012 à 2015, avant de gravir les échelons jusqu’au poste de directeur général du ministère de la Défense. Sa proximité historique avec le Premier ministre lui avait valu, lors de sa nomination, des critiques de l’opposition qui craignait qu’il soit trop accommodant envers le pouvoir politique. La tribune d’Ashkenazi semble confirmer ces craintes — selon l’auteur, c’est précisément cette proximité qui a conduit Zamir à « s’effacer » là où il aurait dû tenir ferme.

« S’endormir en faction » — une accusation grave

L’expression hébraïque utilisée dans le titre — « נרדם בשמירה », s’endormir en faction — est une formule militaire lourde de sens. Dans l’armée, s’endormir de garde est l’une des fautes les plus graves : elle signifie qu’on a abandonné son poste au moment où on était censé protéger. Appliquée au chef d’état-major, c’est une accusation d’une sévérité rare : celle d’avoir failli à sa mission de gardien de l’institution militaire face aux pressions politiques.

Ce que reproche précisément Ashkenazi à Zamir n’est pas détaillé dans l’article court publié ce matin — mais le contexte est lisible. Depuis sa nomination en mars 2025, Zamir a navigué dans un environnement politique particulièrement tendu : crise de la conscription des haredim, guerre sur plusieurs fronts, pression de la coalition pour des nominations militaires alignées politiquement. Zamir avait lui-même averti que l’armée pourrait « s’effondrer sur elle-même » en raison d’une pénurie de soldats — un message fort, mais qui n’a pas nécessairement été suivi d’effets sur le terrain politique.

La démocratie israélienne à l’épreuve

La question posée par Ashkenazi est celle de toutes les démocraties en temps de guerre : comment maintenir la suprématie du civil sur le militaire, tout en garantissant que le chef militaire dispose de l’autorité et de l’indépendance nécessaires pour exercer son jugement professionnel sans pression politique indue ? En Israël, cette tension est particulièrement aiguë : l’armée est une institution centrale de la société, ses officiers sont des personnalités publiques, et les frontières entre carrière militaire et vie politique sont historiquement poreuses.

Quand un commentateur aussi respecté qu’Ashkenazi écrit que le chef d’état-major « a perdu l’armée » et que « personne ne monte la garde », c’est un signal d’alarme qui mérite d’être pris au sérieux — quel que soit le jugement qu’on porte sur la justesse de l’analyse.


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