Le prĂ©sident de la Pologne s’est excusĂ© pour la dĂ©portation des Juifs en 1968 : « La Pologne demande pardon, votre perte est la nĂ´tre »

Le président polonais Andrzej Duda - Wikimedia

Au plus fort de la guerre froide, quand l’Union soviĂ©tique rĂ©gnait sur Varsovie et que les Ă©tudiants se rebellaient contre la censure et l’oppression, le Parti communiste utilisait cette manifestation pour expulser 13 000 Juifs de Pologne. A l’ombre de la loi sur l’Holocauste crĂ©ant une crise avec IsraĂ«l, le prĂ©sident a dĂ©clarĂ© aujourd’hui : « La Pologne demande pardon, votre perte est la nĂ´tre ».

Le prĂ©sident polonais Andrzej Duda s’est excusĂ© jeudi devant les 13 000 Juifs expulsĂ©s de Pologne il y a 50 ans, et a exprimĂ© ses regrets pour les pertes subies par son pays en les forçant Ă  partir.

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Andrzej Duda a dit cela dans un discours pour marquer la protestation Ă©tudiante de 1968 contre le rĂ©gime communiste qui a gouvernĂ© la Pologne, alliĂ©e de l’Union soviĂ©tique. Le Parti communiste a utilisĂ© ces manifestations pour se purger des Juifs et les expulser du pays. Parmi les Juifs dĂ©portĂ©s, il y avait des survivants de l’Holocauste et des intellectuels cĂ©lèbres.

« Je veux demander pardon Ă  ceux qui ont Ă©tĂ© expulsĂ©s… Au nom de la Pologne, nous demandons pardon, nous leur demandons d’accepter d’oublier le fait que la Pologne est vraiment dĂ©solĂ©e que vous ne soyez pas des nĂ´tres aujourd’hui ».

Andrzej Duda est un alliĂ© du parti au pouvoir « La loi et la justice ». Il est accusĂ© d’une politique nationaliste qui a encouragĂ© une vague de xĂ©nophobie contre ses opposants et a créé une grave crise diplomatique avec IsraĂ«l Ă  cause de la loi polonaise sur l’Holocauste. La nouvelle loi stipule que quiconque impose Ă  la Pologne ou aux Polonais la responsabilitĂ© des crimes de l’Holocauste dans leur pays peut ĂŞtre condamnĂ© Ă  trois ans de prison.

La protestation populaire de mars 1968 a commencĂ© lorsque les Ă©tudiants ont manifestĂ© contre la censure et la libertĂ© acadĂ©mique. Ils ont Ă©tĂ© expulsĂ©s par la force. Les manifestants ont protestĂ© contre l’interdiction d’une pièce du poète polonais Adam Mickiewicz, considĂ©rĂ©e comme une pièce de théâtre portant des messages contre la Russie. Deux Ă©tudiants ont Ă©tĂ© expulsĂ©s Ă  l’Ă©poque de l’universitĂ© de Varsovie, et d’autres Ă©tudiants ont manifestĂ© le 8 mars jusqu’Ă  ce que les manifestations se rĂ©pandent dans toute la Pologne.

A cette Ă©poque, des factions rivales du parti communiste utilisaient les manifestations pour prendre le contrĂ´le du parti. Au plus fort de la crise, les Juifs ont Ă©tĂ© expulsĂ©s du parti et renvoyĂ©s de leur travail. Beaucoup ont perdu leur carrière et ont Ă©tĂ© contraints d’abandonner leur citoyennetĂ© polonaise et de quitter le pays. Tout cela s’est produit moins d’un an après la guerre des Six Jours entre IsraĂ«l et les États arabes, une guerre dans laquelle l’Union soviĂ©tique a rompu ses relations avec IsraĂ«l.

Hier, le Premier ministre polonais Mateusz Moravitsky a condamnĂ© l’antisĂ©mitisme. Il a dit que les Ă©tudiants ont manifestĂ© pour une Pologne libre, mais ont aussi cherchĂ© Ă  mettre le blâme sur Moscou par la purification de l’antisĂ©mitisme, qui a gouvernĂ© la Pologne pendant des dĂ©cennies pendant la guerre froide. « Aujourd’hui, nous entendons souvent dire que mars 1968 est une honte pour nous », a-t-il dit, « mais je pense que cela devrait ĂŞtre une raison de fiertĂ©. » Il voulait dire un soulèvement contre le rĂ©gime soviĂ©tique.