Le rabbin Yehezkel Bouchko, directeur de la yeshiva hesder de Kochav Yaakov, a lancé un avertissement sévère à l’encontre de Tsahal, affirmant que l’institution militaire ne tient pas suffisamment compte des besoins spirituels des étudiants des yeshivot engagés dans le service militaire. Invité du podcast animé par Dvir Amar dans les studios d’Arutz Sheva, le rabbin a décrit une réalité qu’il juge préoccupante, notamment dans le contexte des mobilisations répétées de réservistes.
Selon lui, certaines pratiques au sein de l’armée portent atteinte à ce qu’il appelle la « sainteté du camp ». Il cite en particulier le chant de femmes lors d’événements militaires ou la présence de monitrices sportives dans certaines bases, des situations qui créent, selon ses mots, « une grande difficulté » pour les élèves issus du monde des yeshivot. « Il existe un sentiment clair qu’au sein de l’armée, on ne comprend pas qu’il y a un public qu’il faut respecter. Un profond examen de conscience est nécessaire », a-t-il déclaré, visiblement ému.
Le rabbin Bouchko affirme que des officiers supérieurs reconnaissent en privé que des ajustements seraient faciles à mettre en œuvre, mais que le système, en tant que tel, refuse de changer. « Un général a admis devant un responsable de l’Union des yeshivot hesder que ces changements pourraient être faits sans difficulté, mais que l’institution n’est pas prête à évoluer. C’est douloureux et cela met les nerfs à vif », a-t-il dénoncé. Cette situation, selon lui, détourne les responsables spirituels de leur mission première. « Au lieu de nous concentrer sur la guerre, nous sommes contraints de nous battre aussi pour préserver la sainteté du cadre militaire. »
Au-delà de la critique, le rabbin s’est tourné vers le niveau politique. Il a appelé à une intervention directe des ministres Bezalel Smotrich et Israel Katz, estimant que le soutien matériel accordé aux yeshivot doit s’accompagner d’une action politique claire au sein de l’armée. « S’il faut modifier la loi, alors mettez cela à l’ordre du jour. Il y a ici une atteinte profonde au principe d’égalité. Les étudiants veulent servir, mais ils veulent le faire dans la sainteté et la pureté », a-t-il insisté.
Son appel s’adresse également à la hiérarchie militaire. Il dit s’adresser « au cœur profond du chef d’état-major », demandant que les élèves des yeshivot puissent servir sans renoncer à leurs valeurs religieuses. « Une part de la victoire dans cette guerre passe par le verset : “Que ton camp soit saint” », a-t-il affirmé, liant explicitement réussite militaire et exigence spirituelle.
Au fil de l’entretien, le rabbin Bouchko a également évoqué la réalité lourde et complexe d’une yeshiva hesder en temps de guerre : mobilisations quasi permanentes, pertes douloureuses parmi les anciens élèves, accompagnement de soldats blessés physiquement ou psychologiquement. Il a rappelé que plus de 260 étudiants fréquentent aujourd’hui la yeshiva, dont 82 en première année, et que certains enseignants passent tous leurs week-ends en réserve afin d’être présents pour les élèves en semaine.
Il a souligné que la situation actuelle n’est pas transitoire mais constitue une nouvelle normalité. « Les étudiants commencent à peine à retrouver un rythme qu’ils repartent déjà en réserve. Ils ne doivent pas penser que l’armée est une pause dans l’étude de la Torah. Il faut aussi se fixer des objectifs spirituels là-bas », a-t-il raconté, citant l’exemple d’un élève ayant achevé un important ouvrage halakhique durant son service.
Le rabbin a évoqué avec émotion la perte d’un ancien élève, Eliahou Ohana, tombé au combat, laissant derrière lui une épouse et deux enfants. Il a également décrit les efforts déployés pour soutenir les étudiants souffrant de stress post-traumatique, insistant sur l’importance de la présence humaine et de l’écoute avant toute orientation vers un suivi professionnel.
L’entretien a aussi mis en lumière un projet particulier de la yeshiva : l’accueil d’étudiants venus de France. Une mission de deux ans a été confiée à un ancien élève afin d’encourager l’alyah et l’intégration dans les yeshivot sionistes. Selon le rabbin, cette initiative a déjà triplé le nombre d’étudiants français en un an, illustrant l’importance qu’il accorde au rassemblement des exilés, qu’il qualifie d’objectif ultime, la guerre n’étant qu’un moyen.
Pour conclure, le rabbin Yehezkel Bouchko a réaffirmé sa vision : une yeshiva ouverte, diverse, enracinée dans la Torah mais pleinement engagée dans la défense du pays. « Le service militaire n’est pas un fardeau, il fait partie intégrante de la construction spirituelle. Une yeshiva sans armée n’est pas une yeshiva », a-t-il résumé, résumant ainsi une position qui continue de susciter un débat intense au sein de la société israélienne.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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