« Les Juifs d’Iran ont peur » : la communauté vit en retrait et attend la chute du régime

Alors que l’Iran traverse l’une des périodes les plus instables de son histoire récente, la communauté juive du pays vit dans une discrétion extrême, oscillant entre prudence, peur et espoir. Selon le rabbin Shlomo Zavichi, rabbin de la communauté des Juifs de Mashhad en Israël et responsable de la communauté Tiferet Raphael à Tel-Aviv, les Juifs d’Iran adoptent aujourd’hui un profil extrêmement bas, évitent les synagogues et se tiennent à l’écart de toute agitation politique, tout en nourrissant une attente silencieuse : la chute du régime islamique.

Dans une interview accordée à la radio religieuse israélienne Kol Haï, le rabbin Zavichi, actuellement en mission auprès des communautés juives persanes aux États-Unis, a décrit une atmosphère lourde et anxieuse. « Tout le monde attend une nouvelle. Ici comme là-bas, les prières du shabbat n’avaient qu’un seul objectif : que le régime tombe », a-t-il déclaré.

Une communauté petite, tolérée… mais vulnérable

La communauté juive d’Iran est aujourd’hui estimée entre 9 000 et 15 000 personnes, concentrées principalement dans trois villes : Téhéran, Chiraz et Ispahan. Officiellement reconnue par le régime, elle dispose encore de synagogues, d’écoles communautaires et d’un représentant au Parlement iranien.

« Le régime ne les empêche pas de prier, cela a toujours été le cas », explique le rabbin Zavichi. « Mais il faut comprendre une chose : ils sont une minorité infime, visible, et donc extrêmement exposée. »

Avec l’intensification des manifestations contre le pouvoir, la prudence est devenue une règle de survie. « Ils sortent beaucoup moins, même pour aller à la synagogue. Ils ont peur qu’on les accuse de prier contre le régime. Tout se fait désormais dans la plus grande discrétion », précise-t-il.

Aucune participation aux manifestations

Contrairement à certaines rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, le rabbin Zavichi est catégorique : les Juifs d’Iran ne participent pas aux manifestations. « À Téhéran, ils n’y prennent absolument pas part. Ce serait suicidaire. Leur ligne est claire : ne pas se mêler aux troubles, ne pas attirer l’attention. »

Cette neutralité n’est pas idéologique, mais existentielle. « Ils savent que le moindre faux pas pourrait servir de prétexte à des représailles. »

Informations filtrées, réalité plus sombre

Malgré les coupures massives d’Internet imposées par les autorités iraniennes, le rabbin affirme recevoir des informations directes et inquiétantes. Il raconte avoir rencontré récemment un homme ayant fui l’Iran et réussi à quitter le pays.

« C’était un homme terrorisé. Il a parlé de choses que le monde ne voit pas », raconte-t-il. Selon ce témoignage, le nombre de victimes serait bien plus élevé que les chiffres officiellement relayés : jusqu’à 20 000 morts et des dizaines de milliers de blessés.

Ces chiffres ne peuvent être vérifiés de manière indépendante, mais ils reflètent, selon le rabbin, « une violence d’une ampleur inimaginable ».

Le souvenir des Pahlavi et l’espoir d’un autre avenir

Au cours de l’entretien, le rabbin Zavichi est également revenu sur ses contacts avec Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran. Il explique que ce lien est profondément enraciné dans l’histoire particulière des Juifs de Mashhad.

Depuis 1839, cette communauté avait vécu sous le statut d’anusim, des Juifs contraints de pratiquer l’islam en public tout en conservant le judaïsme en secret. « Ils vivaient une double vie. Ils passaient par des tunnels pour prier, de cour en cour », rappelle-t-il.

Selon lui, c’est le grand-père de Reza Pahlavi qui mit fin à ces persécutions : « Il a levé toutes les restrictions. Son père, le dernier chah, est lui aussi très bien vu par les Juifs. Les gens vivaient librement, sans les contraintes religieuses actuelles. »

Aujourd’hui cependant, l’avenir politique de Reza Pahlavi reste incertain. « Quand je l’ai rencontré et que je lui ai dit que les Juifs se souvenaient du bien que sa famille avait fait, il a pleuré. Mais il vit caché, il a peur. Personne ne sait s’il pourra revenir. »

Les États-Unis, dernier espoir ?

Selon le rabbin, de nombreux Iraniens placent désormais leurs espoirs dans une intervention américaine. « Les gens espèrent que les États-Unis agiront », affirme-t-il. Mais il souligne aussi les pressions exercées sur le président Donald Trump par les pays de la région.

« L’Arabie saoudite, le Qatar et d’autres États font pression. Ils ont peur qu’un nouvel Iran soit trop puissant économiquement et régionalement. Peut-être que Trump leur donne l’impression de céder, mais qu’en réalité il prépare autre chose. »

L’avertissement oublié du rav Ovadia Yossef

En conclusion, le rabbin Zavichi a rappelé un épisode marquant : la visite en Iran du Ovadia Yosef dans les années 1970. À l’époque, le grand rabbin avait exhorté les Juifs à quitter le pays tant que cela était possible.

« Il leur a dit : “Pourquoi attendez-vous ? Maintenant tout est ouvert. Si vous ne partez pas, vous ne pourrez peut-être plus vivre ici.” Deux ans plus tard, le régime est tombé. Ils disent encore aujourd’hui quelle erreur ils ont faite de ne pas l’avoir écouté. »

Pour le rabbin Zavichi, le message reste d’actualité : « Tant que la porte est ouverte, il faut partir. »


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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