Les prochains jours de trĂŞve – probablement plus de quatre – vont ĂŞtre Ă©prouvants d’une manière qui profitera au Hamas, dont l’un des objectifs est de blesser les IsraĂ©liens et d’approfondir la division entre eux. Et pourtant, ce n’est pas l’objectif principal de l’organisation. Il souhaite principalement prolonger le cessez-le-feu autant que possible jusqu’Ă ce qu’il devienne permanent, et ce par l’intermĂ©diaire de la communautĂ© internationale, y compris des États-Unis, ce qui lui procurera deux Ă©normes avantages stratĂ©giques.
Le premier : si IsraĂ«l ne continue pas les combats, et n’achève pas la prise de contrĂ´le de tous les centres de terreur et de gouvernement dans la bande de Gaza, le Hamas continuera Ă la contrĂ´ler ainsi que ses habitants. Si cela se produit, IsraĂ«l n’aura pas atteint l’objectif le plus important pour lequel il est entrĂ© en guerre, qui est de s’emparer du pouvoir militaire et civil de l’organisation. Les implications pour la bande de Gaza et IsraĂ«l en gĂ©nĂ©ral sont claires.
Le deuxième objectif du Hamas, de ses parrains iraniens et du Hezbollah est d’ordre psychologique : dĂ©clarer la victoire dans la guerre contre Tsahal qui a commencĂ© le 7 octobre et s’est terminĂ©e sans que le Hamas et le Jihad islamique ne soient vaincus. Cette affirmation sera vraie sans prendre le contrĂ´le des deux principaux bastions du Hamas au nord de la bande de Gaza – Jabalia et Sa’iya – et en mĂŞme temps l’organisation contrĂ´lera sans aucune restriction le sud de la bande de Gaza, oĂą se trouvent tous ses principaux bastions militaires, ainsi que les personnes enlevĂ©es.
Affirmer que tel est l’objectif du Hamas n’est pas une supposition. Le Premier ministre du Qatar et son ministre des Affaires Ă©trangères, qui jouent le rĂ´le de mĂ©diateurs dans l’accord d’otages mais sont en mĂŞme temps partisans du Hamas, ont explicitement annoncĂ© leur intention de prolonger le cessez-le-feu autant que possible et de le rendre permanent.
Le ministre iranien des Affaires Ă©trangères, Hossein Amir Abdallahian, arrivĂ© hier au Qatar et auquel Ă©taient destinĂ©s de hauts responsables, serait venu s’assurer que c’Ă©tait bien le point final des nĂ©gociations. A cette Ă©poque, son prĂ©sident Ibrahim RaĂŻssi avait dĂ©jĂ dĂ©clarĂ© explicitement que le Hamas avait gagnĂ© parce que Tsahal avait dĂ©clenchĂ© l’attaque sans atteindre aucun de ses objectifs de guerre.
Si effectivement le cessez-le-feu devient permanent, RaĂŻssi avait raison. Cela sera considĂ©rĂ© comme une victoire pour le Hamas tout au long de la guerre dans le monde musulman et en Occident. La dissuasion d’IsraĂ«l recevra un coup fatal qui peut ĂŞtre dĂ©fini comme une menace existentielle.
L’hypothèse de base du Hamas et de ses partisans est fondée : plus le cessez-le-feu est long, plus la pression exercée sur Israël par les États-Unis et d’autres parties occidentales est forte pour qu’il mette fin aux combats et se contente des terribles destructions déjà causées à la bande de Gaza et aux arrangements sécuritaires à la frontière, ce qui améliorera le sentiment des habitants de la bande de Gaza.
L’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et d’autres pays de la rĂ©gion pousseront Ă©galement dans cette direction pour calmer leurs rues, oĂą se dĂ©roulent constamment des manifestations islamistes de soutien au Hamas.Â
Le Hamas, pour sa part, utilisera les personnes enlevĂ©es et les otages comme un joueur de poker utilise ses cartes. On sait actuellement, de sources proches des nĂ©gociations, que le Hamas admet avoir seulement 50 personnes enlevĂ©es entre ses mains, et 20 Ă 30 autres entre les mains d’« autres partis » qu’il peut rĂ©cupĂ©rer si ses membres sont autorisĂ©s Ă remonter Ă la surface pendant la trĂŞve. Il y a au total entre 70 et 80 IsraĂ©liens, des bĂ©bĂ©s, des enfants, des filles et des garçons de moins de 17 ans, ainsi que des hommes et des femmes plus âgĂ©s de 70 Ă 80 ans. En outre, bien que le Hamas ne fournisse aucune information, il compte environ 120 jeunes hommes et femmes dans la vingtaine et la trentaine, avec lesquels il semble avoir l’intention de mener des nĂ©gociations sĂ©parĂ©es qui lui permettront de prolonger le cessez-le-feu de plusieurs dizaines de jours et, en Ă©change, de prolonger le cessez-le-feu de plusieurs dizaines de jours et obtenir la libĂ©ration d’un grand nombre de prisonniers de sĂ©curitĂ© des prisons israĂ©liennes.
La direction du Hamas n’a aucun intĂ©rĂŞt Ă violer le cessez-le-feu, mais elle ne contrĂ´le pas tous ses agents dans le nord de la bande de Gaza. Selon l’expĂ©rience, ceux qui se trouvent encore Ă Jabaliya et Sajaiya ne se sont pas encore rendus, mais une partie importante d’entre eux devrait ĂŞtre assimilĂ©e Ă la population civile qui y est restĂ©e et tentera de s’enfuir avec eux vers le sud de Gaza.
Si tel est le cas, la rĂ©sistance militaire du Hamas aux forces de Tsahal Ă la fin du cessez-le-feu ne sera pas forte dans le nord de la bande de Gaza, mais au moins certains de ces barbares parviendront Ă vaincre les bastions du Hamas au sud. Les règles d’ouverture du feu ont Ă©tĂ© modifiĂ©es afin que Tsahal n’utilise pas de tirs rĂ©els contre les habitants sauf en cas de danger, mĂŞme contre ceux qui tenteront de retourner au nord de la bande de Gaza .
Des violations du cessez-le-feu sont Ă©galement attendues de temps en temps, et il est très possible qu’elles ne soient pas initiĂ©es par les dirigeants du Hamas, mais plutĂ´t par le fait que des militants locaux qui se cachent actuellement dans les tunnels n’en ont pas entendu parler ou remonter Ă la surface et rencontrer les forces de Tsahal par hasard. Il n’est pas nĂ©cessaire de se prĂ©cipiter et de reprendre les combats Ă la suite de violations locales. Cela, car le sort des personnes enlevĂ©es est plus important. Seulement s’il y a des violations significatives, par exemple des tirs de roquettes. En IsraĂ«l, faudra-t-il recalculer le cap et trouver un moyen de rappeler au Hamas, sans paroles, qu’il vit en sursis et que sa survie et celle des terroristes qui ont amĂ©liorĂ© le cessez-le-feu ne sont pas garanties.
Quand les réservistesrentreront à la maison
On peut supposer que la trĂŞve ne rendra pas particulièrement difficile la reprise des combats pour Tsahal, mĂŞme si elle est prolongĂ©e de quatre jours afin de libĂ©rer des otages supplĂ©mentaires. Au contraire, Tsahal pourra retirer des forces pour rafraĂ®chissements, continuer Ă dĂ©couvrir les tunnels de combat, les lance-roquettes et les charges, et accomplir le travail principal de destruction des infrastructures militaires et gouvernementales du Hamas. L’explosion des tunnels, qui pourrait ĂŞtre interprĂ©tĂ©e comme une violation du cessez-le-feu, pourra se faire après la reprise des combats. L’essentiel est entre-temps de mettre Ă nu les infrastructures et de les prĂ©parer Ă la destruction.
Le cessez-le-feu permet Ă©galement Ă Tsahal de mieux prĂ©parer et planifier ses actions dans le sud de la bande de Gaza, d’une manière plus crĂ©ative et plus surprenante. La collecte de renseignements ne sera pas non plus fatalement compromise par l’interdiction de voler sur la bande de Gaza pendant la majeure partie de la journĂ©e au nord et toutes les heures de la journĂ©e au sud. Chaque moyen et mĂ©thode de collecte a des substituts.
Le problème sera principalement mental. Les rĂ©servistes, dont la motivation et la dĂ©termination Ă Ă©radiquer le Hamas ont poussĂ© la plupart d’entre eux Ă avancer avec une intensitĂ© dans aucune des guerres israĂ©liennes, se souviendront dĂ©sormais des enfants, des problèmes familiaux et des moyens de subsistance endommagĂ©s. Cela peut nuire Ă la motivation, mĂŞme si sur le terrain, il ne s’agit pas d’un rĂ©el danger de perte de la combativitĂ© au sein de Tsahal.
Le grand mystère est de savoir ce qui se passera si le Hamas annonce qu’il est prĂŞt Ă nĂ©gocier pour les 120 jeunes hommes et femmes qui sont entre ses mains et exige pour cela que la trĂŞve soit prolongĂ©e de telle manière qu’elle se transforme en un cessez-le-feu Ă long terme.
Tel sera le grand dilemme auquel l’État d’Israël sera confronté. Le Hamas tente de saper la résilience mentale collective des citoyens de l’État d’Israël en jouant cyniquement avec les personnes enlevées. Si nous sommes des êtres vivants, nous devons être forts et ne pas montrer au Hamas, à ses partisans en Iran et à leurs émissaires que leurs efforts pour provoquer une dépression nerveuse portent leurs fruits. Il ne faut pas oublier qu’un État d’Israël fort et menaçant sera en mesure de libérer les personnes enlevées – toutes – plus rapidement et sans payer un prix stratégique inimaginable.